Politique culturelle

Des chorégraphes à l’Académie des Beaux-Arts

Des chorégraphes à l’Académie des Beaux-Arts

25 avril 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis

A l’Académie des Beaux-Arts, où des sièges sont à pourvoir, on se propose d’élire des chorégraphes qui n’offrent pas un profil vraiment convaincant.

Il y a peu, au sein de l’Institut de France qui regroupe l’Académie française, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l’Académie des Sciences, l’Académie des Sciences morales et politiques ainsi que l’Académie des Beaux-Arts, cette dernière recevait dans ses rangs le très talentueux chorégraphe Jiri Kylian, cet artiste d’origine tchèque établi aux Pays-Bas, fondateur du Nederlands Dans Theater dont il fit l’une des plus brillantes compagnies au monde. Le choix était judicieux, inattaquable tant l’œuvre de Kylian recèle de merveilles. Et il illustre parfaitement le rôle de l’Académie des Beaux-Arts, fondée par Louis XVIII en 1816, et qui est de « contribuer à la défense et à l’illustration du patrimoine artistique de la France » ainsi qu’au « développement des relations artistiques internationales ». Y siègent des peintres, des sculpteurs, des compositeurs, des architectes, des graveurs, des artistes cinématographiques, des photographes. Et depuis 2018, quatre sièges ont été réservés pour des chorégraphes.

Quatre sièges à pourvoir

Voilà que pris d’une frénésie nouvelle, certains ont conçu l’idée d’y faire entrer quatre chorégraphes d’un coup, d’un seul. Cela eut été une très bonne nouvelle du temps que les plus grands créateurs vivaient encore. Mais aujourd’hui que Martha Graham, Merce Cunningham, Alwin Nikolais, Pina Bausch, Trisha Brown ou Dominique Bagouet sont morts, il est un peu tard pour réaliser que la Danse pouvait tenir une place plus considérable au sein de l’Académie. On pourrait élire encore, il est vrai, des personnalités comme l’Américaine Lucinda Childs, l’une des plus grandes chorégraphes de la seconde partie du XXe siècle, comme le Suédois Mats Ek ou comme la Française Maguy Marin qui se rangent l’un et l’autre parmi les auteurs les plus singuliers et prolifiques de notre temps.

Un choix déplorable

Mais une académie est une académie. On n’y brille pas toujours par des jugements pointus et en phase avec l’époque. Fatiguée sans doute d’avoir fait un juste choix avec Jiri Kylian, et méconnaissant sans doute totalement le monde chorégraphique, la voilà, ce mercredi 24 avril 2019, qui devait élire quelqu’un parmi quatre noms qui lui sont proposés. Ou les quatre en bloc. Un choix assez consternant à la vérité, dû, semble-t-il, au chorégraphe Pierre Lacotte, remarquable spécialiste du ballet romantique, mais piètre juge dans le domaine de la danse contemporaine. Un choix surtout qui va s’effectuer au moment où la France ne compte pratiquement plus de chorégraphes d’envergure. La liste des noms proposés à l’élection est édifiante : Angelin Preljocaj, Thierry Malandain, Karine Saporta, Marie-Claude Pietragalla.

Preljocaj qui s’est taillé une place impensable dans le paysage chorégraphique, qui n’est certes pas un grand créateur, moins encore un novateur, mais plutôt un très habile artisan, et qui n’a pratiquement jamais créé de chorégraphies dignes de passer à la postérité, à une ou deux exceptions près.
Thierry Malandain, très honnête auteur, chorégraphe parfaitement respectable et parfois remarquable, même si ses dernières productions se sont révélées de piètre facture. Parce qu’il est parfaitement consensuel, il est l’exemple même de qui pourrait entrer dans une académie, ce qui n’est pas nécessairement flatteur.
Karine Saporta qui fut certes une artiste singulière et flamboyante dans sa grande époque, mais qui, en s’enivrant d’elle-même, aura fini par se caricaturer dans des productions devenues pénibles à voir. Elle a depuis des années totalement disparu de la scène chorégraphique.
Enfin Pietragalla, cette danseuse de l’Opéra de Paris naguère propulsée à la tête du Ballet de Marseille où elle se fit en peu de temps si violemment détester que l’ensemble des danseurs et du personnel de la compagnie exigèrent sa démission. De toute cette liste, elle est assurément le seul nom qui soit parfaitement indéfendable tant ses productions relèvent d’une esthétique kitsch et de ce que l’on pourrait nommer une imposture artistique.

Dans cette liste si mal conçue, qui choisir ou plutôt qui ne pas choisir ?
Après avoir reçu un étranger en son sein, l’Académie des Beaux-Arts tient sans doute à nommer aujourd’hui un chorégraphe français. Il fallait s’y prendre quand il y avait encore de grandes figures : Dominique Bagouet évidemment, ou Jean-Claude Gallotta, du temps où il créait des spectacles d’une grande beauté. Ou se rattraper avec Maguy Marin, la rebelle, mais qu’on voit mal en académicienne. Alors que la danse française, était si prometteuse, si fertile et novatrice dans les années 1980, c’est alors qu’il eut fallu l’honorer en portant certains de ses représentants à l’Institut. Mais ils étaient bien jeunes ! Aujourd’hui qu’elle traverse une crise dont on ne voit pas la fin et que la production chorégraphique française, pléthorique, mais de médiocre niveau, connaît, saison après saison, trop peu d’exemples de réussites, c’est maintenant qu’on pense à l’honorer. Avec plus de vingt ans de retard !

Raphaël de Gubernatis

Visuel :
Nitot — Recadrage de File:Institut-de-france-pont-des-arts.jpg
CC BY-SA 2.5

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Raphaël de Gubernatis

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