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Paul Fourier : « je serai très heureux si mon podcast permet de faire mieux connaître l’opéra à des néophytes »

Paul Fourier : « je serai très heureux si mon podcast permet de faire mieux connaître l’opéra à des néophytes »

24 avril 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Paul Fourier est un fou d’Opéra. Il écrit régulièrement dans nos pages et vient de lancer « Le podcast opéra de Paul Fourier ». « Le podcast des gens qui font l’opéra pour ceux qui aiment l’opéra ».  Il passe de l’autre côté aujourd’hui et devient l’interviewé.  Il nous dit tout à la fois de son beau projet et surtout de son amour pour les belles voix.

Tout d’abord, pourquoi un podcast ?

Je suis très attaché à la forme écrite des entretiens tels que je la pratique pour toutelaculture. Mais le podcast peut permettre de faire ressentir des choses différentes, car il s’agit de spectacle vivant et, qui plus est, d’opéra. Lorsqu’il s’agit d’une chanteuse ou d’un chanteur, on découvre, en général, sa voix parlée alors que l’on ne connaissait que sa voix chantée ; on découvre aussi une façon de s’exprimer qui en dit beaucoup sur sa personnalité ; une part d’émotion –propre à l’art de l’opéra – peut également parfois plus facilement surgir. J’ai eu beaucoup de retours positifs sur ces aspects-là.

Mais pourquoi lancer un podcast en temps de coronavirus quand tous les opéras sont fermés ?

Je réfléchissais à ce projet de podcast depuis l’été dernier et j’avais prévu de le lancer au printemps. Lorsque je suis allé à Nice et à Monaco pour couvrir La Dame de Pique et Il Pirata, j’avais emmené mon matériel d’enregistrement, au cas où une occasion se présenterait. Comme Anna Pirozzi (l’interprète d’Imogène dans Il Pirata) était disposée à être ma première invitée, je me suis lancé alors que je n’avais aucune expérience en la matière et sans savoir si le son serait vraiment utilisable. La gentillesse et la spontanéité d’Anna ont fait le reste ! J’ai fait cet enregistrement le samedi 7 mars, le lendemain j’écoutais Il Pirata à l’Opéra de Monte-Carlo et Anna Pirozzi filait vers sa maison (à Lugano en Suisse), juste après la représentation, car les frontières étaient en train de se fermer. Le temps de faire le montage et mon premier épisode est sorti au début du confinement ! Je me suis ensuite dit qu’il était bien de tenter une interview à distance et j’ai pu réaliser, par téléphone, celle de Marina Rebeka.
Le hasard a fait que mes premiers épisodes sont sortis en plein début d’épidémie, mais, comme le reste, mon podcast ne vivra que si les opéras rouvrent et si les entretiens que je fais s’appuient sur des vraies représentations en salle avec des équipes formidables d’artistes. Pour le spectacle vivant, on ne va pas pouvoir rester très longtemps dans le virtuel !

Après avoir longtemps utilisé votre nom de plume Maria Stuarda, vous écrivez dans TLC et lancez votre podcast sous votre vrai nom, avec votre image : quel changement cela fait de ne plus avancé masqué par temps confiné !

(rires) J’avais créé ce pseudo Maria Stuarda à un moment où j’intervenais sur un forum et où je ne voyais pas l’intérêt de mélanger ma passion pour l’opéra avec mes autres activités, notamment professionnelles. Lorsque je suis rentré à toutelaculture, j’ai décidé de me détacher progressivement de ce pseudo. Cependant, comme beaucoup de gens me suivaient sous ce nom, je ne voulais pas le saborder. Je peux vous raconter une anecdote à ce propos : un jour, un ami qui déjeunait avec un artiste lyrique et lui parlait de moi ; l’artiste ne voyait qui j’étais jusqu’au moment où mon ami lui a montré mon profil Facebook et que l’autre s’est écrié « Ah ! Mais c’est Maria Stuarda !?» Comme quoi, s’il y a du fond, on peut le communiquer même sous un faux nom ! Désormais, je mixe les deux, je poste encore sous mon pseudo sur Facebook, Instagram et Twitter, mais mon nom, Paul Fourier, et ma photo sont immédiatement accessibles. Et puis, ça permet de limiter les moments où je me fais draguer par des mecs qui croient que « Maria Stuarda » est une femme ! (rires)

Pouvez-vous nous parler un peu de vous : quel est votre premier coup de foudre avec l’opéra ? Vous voyagez beaucoup pour en entendre ? Vous aimez réentendre les plus grands classiques ou la création vous intéresse-t-elle aussi ?

C’est difficile de remonter au moment où le déclic a eu lieu. Je pense que le fait que ma mère me faisait écouter l’opérette « l’Auberge du cheval-blanc » pour m’endormir lorsque j’étais petit a permis de mettre la petite graine qui a prospéré plus tard. Puis, à l’âge adulte, j’ai eu un copain passionné d’opéra qui, je pense, a réveillé ce qui sommeillait en moi. Comme la plupart des passionnés d’opéra, j’ai mes préférences – et d’ailleurs cela transparait dans les spectacles que je couvre pour toutelaculture. En ce qui me concerne, mon terrain de prédilection est le XIXe siècle du côté italien et français : le bel canto, Verdi qui est un Dieu pour moi, Gounod, Bizet, Meyerbeer, Massenet, Offenbach, Puccini… Cela ne m’empêche pas néanmoins pas de me faire – si je puis dire – un Wagner ou un opéra baroque de temps en temps. Mais point trop n’en faut ! (rires) Et j’adore aussi Richard Strauss, Pelleas et Melisande de Debussy ou l’Iphigénie de Gluck. Certaines créations contemporaines sont très belles même si je pense qu’il est plus difficile d’y trouver des repères à partir du moment où l’on n’est pas soi-même musicien afin de pouvoir comprendre les codes.
Enfin, oui je fais chaque année des milliers de kilomètres pour voir et écouter des opéras, car c’est un art qui est et a toujours été mondialisé. Je ne suis pas, pour autant, certain que je vais pouvoir aussi facilement continuer sur ce rythme.

Qui sont vos chanteurs absolus ?

Si je dois citer spontanément une artiste absolue, c’est forcément Maria Callas tant elle a révolutionné l’art de l’opéra, participé à la résurrection de pans entiers de répertoire et ouvert la voie à ses successeur.e.s. Ensuite, je pourrais passer la journée à vous citer les artistes qui me passionnent ou, a contrario, ceux qui m’ennuient. Je ne me lasse jamais d’écouter certain.e.s grand.e.s qu’ils soient du passé ou contemporain.e.s.

Qu’est-ce qui vous touche chez un artiste ?

Pour les artistes actuels, je dois avouer que suis très sensible à la personnalité, au volontarisme, à la spontanéité. Être journaliste et chercher à avoir des interviews vous permet de distinguer ceux qui, naturellement, aiment avoir un contact direct et sont prêts à partager facilement leur art. Ceux qui s’abritent derrière leur agent ou leur attaché de presse, qui sont difficiles d’accès ou vous répondent « envoyez-moi donc vos questions par mail » ne peuvent pas m’intéresser en tant que journaliste, même s’ils sont très talentueux et m’intéressent en tant que spectateur. À l’opposé, lorsque j’obtiens un après-midi entier avec Roberto Alagna – pourtant star planétaire – en pleines répétitions de Don Carlos et que j’en tire une très longue interview en trois parties qui va loin dans l’intime, non seulement ça montre la générosité de l’artiste et c’est absolument passionnant, pour moi comme pour les lecteurs.

Quelle place joue la mise en scène dans votre appréciation d’une oeuvre ?

Une place fondamentale pour moi ! L’opéra c’est aussi du théâtre, il y a une construction dramatique indissociable d’une composition musicale. Si les compositeurs avaient voulu que cela soit joué sans mises en scène, ils auraient écrit des oratorios. Mon jugement ne se fait pas sur le critère classique / moderne. Je sais qu’une partie du public rejette les relectures contemporaines d’œuvres composées il y a quelques siècles. En ce qui me concerne, je peux adorer des mises en scène très modernes, voire provocatrices, tant qu’elles ne dénaturent pas le propos et apportent un éclairage, une puissance dramatique supplémentaire. Je peux également adorer des mises en scène classiques ou néo-classiques tant qu’elles ne sentent pas la poussière à dix kilomètres. Je pourrais vous citer des exemples de représentations d’opéras qui ont réuni les plus grands chanteurs, mais qui, faute d’une bonne mise en scène, ont perdu une grande partie de leur puissance.

Prendre le temps de longuement rencontrer les interprètes, c’est une spécificité de l’opéra ? C’est rare même dans ce monde ?

Je ne sais pas si tout le monde le fait, mais, pour moi, c’est fondamental ! Lorsque l’on interviewe un.e artiste, si c’est seulement pour lui faire citer ses prochains rôles, c’est modérément intéressant ! En revanche, si vous pouvez aller chercher, derrière l’artiste, la femme ou l’homme qui a une vraie vie, une famille, des passions, des plaisirs et des souffrances, un lieu où il / elle aime à se ressourcer, cela permet de la / le remettre dans toutes ses dimensions, non seulement artistiques, mais également humaines. Et je ne sais faire ça que si j’ai le temps de me poser un bon moment avec elle ou lui.

Comment se passent les entretiens ? Après la représentation ? Avant ? Une atmosphère originale ? Un peu dans les coulisses du glamour ?

Trouver un moment avec un artiste est toujours quelque chose de difficile et il faut se plier à son calendrier notamment lorsque les entretiens sont faits avant ou après une représentation. Si j’adore aller saluer les artistes après les représentations, car on ressent cette excitation de l’après-immédiat du spectacle, cela n’est pas du tout propice à un entretien, car les coulisses sont des vraies fourmilières et l’artiste a autre chose à faire à ce moment-là. En revanche, c’est souvent un bon moment pour lui faire faire une petite vidéo (comme j’aime en mettre sur l’Instagram de toutelaculture ou le mien), car il /elle est encore dans une belle énergie. Pour le podcast et l’enregistrement du son, il faut trouver un endroit avec peu de bruits parasites. L’idéal reste un bureau ou un appartement… autour d’un bon café. Pour autant, il y a quelque chose de bizarre à dire cela dans une période où les cafés nous sont interdits tout comme nous déplacer chez quelqu’un.

Et techniquement, vous faites tout tout seul ?

Je travaille, pour le moment, avec une monteuse professionnelle pour la finalisation de l’épisode. Ceci étant, lorsque je réalise la première épreuve de montage, c’est passionnant, car c’est le moment où, à partir de plusieurs sons, l’on commence à voir apparaître un produit composite et excitant. Par ailleurs, je compte bien illustrer prochainement mes podcasts avec des photos ou des vidéos que je réalise moi-même.

Comment obtenez-vous les fichiers et les droits pour les extraits ?

Faire un podcast sur l’opéra sans musique est pour moi inconcevable. On se trouve donc, comme vous dites, confronté à un problème de droits qu’il faut régler au cas par cas. Pour Marina Rebeka, elle est propriétaire de sa maison de disques et donc des droits dont elle pouvait m’accorder facilement la jouissance. Pour les autres artistes, l’idéal est de négocier les droits d’extraits de représentations enregistrées en live avec les théâtres. Ils sont heureusement, en général, très coopératifs.

Les deux épisodes de lancement nous font découvrir des femmes, des divas, des stars internationales et qui parlent français, pouvez-vous nous parler d’Anna Pirozzi et de Marina Rebeka ?

Voilà deux artistes qui ont été tout de suite enthousiastes à l’idée de faire un épisode de podcast. Elles ont été très proactives, ont accepté le format et la règle du jeu. Ce sont, de surcroît, deux femmes absolument adorables que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer, que je connaissais donc déjà un peu et avec qui je n’avais pas de travail d’approche à réaliser. J’aime toujours rencontrer en préalable ceux que je vais interviewer, car cela permet de cerner leur caractère, leur personnalité et de savoir jusqu’où l’on peut aller dans l’entretien.
Marina Rebeka parle un peu le français, mais nous avons trouvé que cela serait plus confortable pour elle de faire l’interview en anglais ; j’ai ensuite trouvé intéressant de faire deux versions, une en français, une en anglais même si cela a demandé un gros travail de doublage.
Avec Anna Pirozzi, que j’ai rencontrée physiquement à Monte-Carlo, après avoir essayé plusieurs endroits, finalement trop bruyants, nous avons migré dans l’appartement mis à disposition pour elle par l’Opéra et l’entretien s’est fait autour d’un bon café.
J’ai trouvé formidable de pouvoir réaliser l’entretien en français, car cette langue fait partie de son histoire personnelle ; à ce propos, je trouve intéressant qu’elle ait voulu dire qu’elle a très envie de chanter plus en France. Se faire le passeur de messages directs des artistes aux directeurs d’opéra, les aider même, n’est-ce pas la moindre des choses vis-à-vis de gens qui nous donnent tant de plaisirs !

Allez-vous surtout interviewer des grandes voix ou aussi des musiciens et des directeurs et directrices d’opéra pour aborder d’autres aspects peut-être plus « politiques » pour nous parler d’opéra ?

Je compte alterner. D’une part, bien sûr, les spectateurs sont très attachés aux chanteurs.euses car ils les connaissent – et, parfois même, suivent leurs faits et gestes au quotidien via les réseaux sociaux ; ils adorent les écouter raconter leur art et c’est génial de pouvoir faire l’intermédiaire entre les uns et les autres. J’ai déjà quelques noms en tête pour la suite, mais j’attends que nous y voyions plus clair avec l’épidémie pour leur faire des propositions.
Par ailleurs, oui, je veux aussi interviewer des « faiseurs », des gens qui sont plus dans l’ombre, mais dont les choix sont décisifs dans les plaisirs que nous prenons dans les salles. Je parle là des directeurs et directrices d’opéra. Ils sont dépositaires de l’histoire des spectacles, car ce sont souvent eux qui ont initié l’idée même de ce que nous allons voir 3, 4 ou 5 années après. Je pense qu’il est passionnant de les faire parler de la façon dont ils ont contacté tel chef, tel metteur en scène, tel chanteur, des moments où l’alchimie du spectacle total qu’est l’opéra a commencé à prendre.
De plus, ils travaillent dans des lieux extraordinaires ! Les théâtres d’opéra ou les salles de concert sont des lieux uniques, magiques, chargés d’histoires, peuplés de fantômes, des endroits aussi souvent incroyablement beaux. Je veux les faire aussi parler des lieux, car le public, avant même de pénétrer dans la salle et d’assister au spectacle, rentre dans un hall spectaculaire, côtoie les statues des grands compositeurs, foule le sol qu’a peut-être foulé Callas, Pavarotti, Toscanini, Karajan, Visconti, Chereau, voire Verdi ou Rossini ! Tout cela participe de l’excitation qui nous habite, nous spectateurs, avant même que ne résonne la première note de musique. C’est irremplaçable et cela doit être raconté et partagé.
J’aimerais également réaliser des épisodes sur le « making-off » de spectacles, le moment des répétitions, le moment où les chanteurs.euses, le ou la metteur.e en scène, le ou la chef.fe accordent leurs violons, si je puis dire, et apportent les dernières touches à ce qui va peut-être nous procurer quelques semaines après un plaisir intense. Enfin, pourquoi ne pas aussi donner la parole aux techniciens ou à des métiers d’art, à ceux qui conçoivent et fabriquent costumes et décors… ?

Mais il va falloir attendre que l’activité des théâtres redémarre…

Nous savons que le milieu de la culture va être sinistré, que tous les acteurs vont être impactés, que les choses vont mettre du temps à revenir à la normale, en admettant même que cela soit possible. C’est quelque chose qui va être déterminant pour moi pour les prochains épisodes. Je pense que nous allons devoir, chacun à notre niveau, avoir une démarche militante visant à valoriser les démarches des directeurs d’opéra, des artistes, à aider les spectateurs à retrouver en masse le chemin des salles et aux différents acteurs de survivre au cataclysme. Il y a un danger mortel qui pèse sur le spectacle vivant et nous pouvons, nous qui écrivons des articles, offrons des tribunes, racontons et jugeons, jour après jour, ce qui se passe dans les salles, apporter notre petite pierre à l’édifice. Mes prochains entretiens seront, j’espère, l’occasion de contribuer à l’effort global.

Quels sont les retours sur les premiers podcasts, quelles sont les prochaines étapes? Notamment, avez-vous envie que ceux qui n’y connaissent rien vous écoutent ?

Tout en restant assez critique moi-même sur ces deux épisodes, je dois reconnaître que les retours que j’ai eus sont très positifs ; j’ai aussi reçu des remarques que je prends en compte afin d’améliorer le concept. Le plus difficile lorsqu’on lance un nouveau produit de ce genre est de se faire écouter notamment en assurant sa diffusion sur les bonnes plateformes. Je suis distribué sur les grandes comme celles d’Apple, de Google, de Deezer, mais il faut ensuite faire savoir aux gens que cela existe. Je le fais via mes réseaux sociaux et plus les gens qui les aiment partageront auprès de leurs propres amis, plus je pourrais faire connaître ce podcast.
Pour le public qui m’écoute, il doit y avoir un bon équilibre. D’une part, je ne veux pas faire « l’opéra pour les nuls », mais je serai très heureux si mon podcast permet de faire mieux connaître l’opéra à des néophytes et leur donne envie d’aller dans les salles. D’autre part, je ne veux pas être trop pointu et ne m’adresser qu’aux spécialistes de l’opéra. Il y a de nombreux sites et forums qui sont réservés à ce public, qui discutent des heures durant de la qualité de la note émise par tel gosier ; ça ne m’intéresse pas. Je veux que les gens qui m’écoutent même s’ils ne connaissent pas tout ce qui leur est raconté puissent, néanmoins, ressentir le plaisir simple de découvrir la qualité d’une voix, un air d’opéra, l’histoire d’une institution culturelle ou d’un spectacle. Ma démarche a toujours été de faire partager mes passions. À côté de mon métier de journaliste pour toutelaculture, le format podcast peut aider à cela.

 

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Visuel : ©Heidi Zickler

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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