Rap / Hip-Hop
HYL : portrait triptyque d’un artiste moderne

HYL : portrait triptyque d’un artiste moderne

24 avril 2020 | PAR Clara Bismuth

Depuis plus de 40 ans, le rap ne semble jamais tomber en pane.  Des textes et des revendications, en voici à foison. Qu’il s’agisse de rap conscient, politique, poétique, gangsta, hardcore, commercial ou encore d’égo-trip, l’industrie du rap serait-elle increvable ?

A chaque décennies ses nouvelles recrues. Si le genre était à l’origine un langage réservé aux jeunes de banlieues, il est desormais un art que toutes les classes sociales s’arrachent. Alors on s’est demandé comment ce choix de carrière est devenu courant chez les nouvelles générations.

Aujourd’hui sort le clip Triptyk d’un de ces nouveaux talents, le surprenant HYL. Trois lettres, pour trois personnages, trois caractères et trois univers dévoilant un rap psychédélique qui ne laisse pas insensible ! En voilà un qui a de l’énergie à revendre et des choses à dire. Entre rap et performance théâtrale, il y a dans la caboche de cet artiste un tas d’éléments qui s’agite, une réflexion en constante ébullition et une appétence pour la musique indéniable. HYL fait partie de ces artistes qui n’ont pas peur de travailler. Le « don », s’il existe, il le laisse aux artistes fainéants. Pour le jeune artiste, il est temps de bâtir des textes solides et de faire vibrer son public à travers ce métier de passion.

Votre premier contact avec la musique ?

Je suis dedans depuis tout petit. J’ai commencé par la guitare et un premier groupe de hard-rock. Puis je me suis tourné vers le funk-Reggae, avant de ne plus trop faire de musique pendant presque 2 ans au début de mes études. C’est pendant cette période que j’ai vraiment découvert le rap français, en écoutant pour la première fois Hocus Pocus. J’ai rapidement rattrapé tous les classiques en tombant littéralement dedans.
À coté de ça j’écrivais depuis toujours. Des chansons, des textes, des poèmes, et naturellement je me suis essayé au rap. Avec ce style musical je pouvais m’exprimer et interpréter plus librement ces textes. C’était il y a 6 ans et ça ne me quitte plus !

D’où vient le projet HYL ?

J’ai commencé à rapper pendant mes études, sans trop réfléchir. Une fois diplômé, j’ai travaillé en tant que Directeur artistique / Graphiste dans une agence de communication pendant. C’est la que le projet HYL dans l’état actuel, avec ses triplés et ses 3 personnages est sorti de ma tête. Je me suis donc associé à Nik Pearce un dessinateur professionnel talentueux qui m’aide sur toute la réflexion et la direction artistique du projet.

En 2018, j’ai donc décidé de quitter mon travail pour me consacrer uniquement à la musique et monter ce projet sérieusement et sans relâche.

Comment a réagi votre entourage quand vous avez décidé de vous lancer dans une carrière artistique, et de plus dans le rap ? 

Mon entourage n’était pas surpris. Au début, oui on ne me prenait pas au sérieux avec des réflexions comme : « T’as une chance sur un million d’y arriver ». Puis comme je travaillais de plus en plus leur réaction a commencé à changer. Une fois diplômé, j’ai décidé de lancer un Crowdfunding en 2018 et s’il réussissait j’arrêtais tout. Résultat quatre mois après je me lançais dans cette aventure. Aujourd’hui mon entourage me soutient énormément et je leur dois beaucoup pour ma motivation et mon énergie.

La psychologie et la psychanalyse touchent de plus en plus notre société. On en a davantage conscience. Comment expliquez vous  votre création de 3 personnages ? 

Ces trois personnages ne sont pas nés au hasard non ! Plusieurs raisons en sont la cause.

D’abord après quatre ans à rapper sans réel objectif je voulais absolument mêler mon travail de directeur artistique à ma passion pour la musique. Amener le projet au delà d’un simple projet musical. Bâtir un cadre cohérent qui me permettait de créer un univers et une signature visuelle forte. Mais ces personnages sont vraiment nés de mon écriture. Pour la petite histoire, avant de créer ce projet, j’ai fais du trie dans tous mes textes et brouillons, donc des centaines de pages. Je me suis rendu compte que j’avais plus ou moins trois façons d’écrire et de m’exprimer. Pas étonnant avec du recul, puisque l’écriture est une sorte de psychologue à mes yeux. Je lui parle principalement quand je suis triste ou angoissé, énervé ou au bord de la crise de nerf, mais aussi pour le plaisir de jouer avec les mots ou de faire rire. Trois états psychologiques d’écriture qui se sont retranscrits exactement dans le caractère de chacun de mes personnages. 

Aujourd’hui j’accentue un peu leur traits pour bien différencier ces « triplés ». Mais je suis persuadé que chacun de nous, avons ces trois facettes, à différentes échelles bien sûr.

Une journée de votre quotidien ça ressemble à quoi ? 

Wow ! Les journées peuvent être radicalement différentes d’un jour à l’autre ! Puisque pour l’instant nous sommes auto-produits et que je gère la plupart des choses qui se passent autour du projet, je suis amené à faire plein de choses entre le booking, les mails, les rendez-vous, les formations, la communication, la création des visuels, les montages vidéos etc… et évidemment la musique ! Entre la création, les répétitions, les concerts et les enregistrements je ne m’ennuie pas du tout ! En fonction des périodes je suis souvent plus concentré sur certains aspects. Je travaille de chez moi, avec mon équipe. C’est loin d’être un projet solo bien au contraire.

En résumé « la journée type » est dure à définir !

Vos influences ? 

Mes influences sont assez larges grâce au projet « Schizéclectique » comme j’aime le dire ! Naturellement je suis influencé par Hocus Pocus, ou des artistes comme Demi Portion assez positif dans leur flow. Puis par des artistes comme Grand Corps Malade, Kerry James, Orelsan, Keny Arkana, Dinos, Scylla et j’en passe, pour les textes. Mais aussi par mon passé de rockeur, l’électro ultra basse que j’écoute et du rap plus « agressif » comme Lino ou Davodka pour une des facettes du projet.
Et plus généralement par des artistes comme Stupeflip, Gorillaz, ou même Stromae pour tout l’univers et le storytelling construit autour de leur projet, de la mise en scène à chacun de leurs morceaux.

 

Si vous deviez faire un morceau avec le rappeur de votre choix ? Pourquoi ? 

Sans hésitation, de par mon amour pour Hocus Pocus, ma plus grande victoire serait d’arriver à collaborer avec 20Syl sur un morceau. C’est un artiste qui a un parcours pro qui ressemble un peu au mien et je suis admiratif de tout ce qu’il a pu faire avec Alltta, C2C, et Hocus Pocus. 

L’aspect le plus compliqué dans votre vie d’artiste c’est ?

Pour moi le plus compliqué c’est de ne pas craquer. Vouloir vivre de la musique c’est compliqué et ce n’est pas nouveau. A moins d’avoir un gros coup de chance sur un titre, c’est un travail de longue haleine et les résultats arrivent petit à petit. Pour l’instant je n’en vis pas encore, et ça fait 2ans que je travaille sur le projet. Je dis souvent « La chance ne sourit pas aux plus talentueux mais aux plus têtus ». Je me remets souvent en question, les choix ne sont pas toujours faciles pour moi et c’est tout ce travail de réflexion permanent qui demande beaucoup d’énergie. 

Le deuxième point que je trouve compliqué c’est la « solitude ». Même si j’ai la chance d’avoir une super team autour de moi, ils ont tous un travail à côté, et je passe pas mal de temps seul à bosser sur le projet. Après avoir vécu en agence pendant 2ans, avoir des collègues de travail c’est quand même quelque chose de cool et parfois ça me manque !

C’est quoi vos routines pendant ce confinement ? 

Ecrire principalement ! Je filme aussi beaucoup de freestyles Instagram avec mon acolyte Nik Pearce pour occuper les personnes qui me suivent. On prépare les prochains clips, et on a notamment beaucoup travaillé sur le clip « Triptyk ! (Exclamation) » qui vient juste de sortir !
Sinon je suis en famille, je regarde pas mal de films et de séries et on a ressorti les jeux de société. 

Est-ce que cet événement aura un impact sur votre vision des choses en tant qu’artiste ? 

En tant qu’artiste je pense que cela aura un impact sur l’implication de mon public dans mes créations et dans le projet en général. Je trouve que ce confinement a rapproché les gens, et c’est une bonne chose de voir toute cette solidarité ! De notre coté on a lancé une série de freestyles collaboratifs et on va la maintenir après le confinement.
Sinon cet événement aura un impact encore plus important sur ma conscience écologique sans aucun doute. Je faisais déjà de plus en plus attention, mais là de voir qu’en quelques semaines on pouvait radicalement réduire la pollution à l’échelle planétaire, ça motive encore plus. Que cet épisode marquant dans nos vies soit utile à ça. 

Un découverte à partager avec votre public confiné ? 

Pour parler série, comme beaucoup de rappeurs et d’amoureux de la culture Hip-Hop j’ai adoré « Validé » de Franck Gastambide ! Je conseille fortement la série !

Du côté musique j’invite les personnes qui lisent cette interview à aller écouter « Effets Secondaires » de Grand Corps Malade, c’est la plus grosse claque que j’ai prise pendant le confinement. C’est un texte que tout le monde devrait écouter ! Sinon « Seyté » a sorti un nouvel album magnifique comme toujours que j’invite fortement à aller écouter aussi.

Et s’il vous reste du temps allez voir sur le compte de Roman Frayssinet. Ses vidéos « Minuit », font du bien pour garder le sourire en cette période particulière.

Vous aller faire quoi après le confinement ?

Je vais commencer par aller voir tous les potes que je n’ai pas vus depuis trop longtemps ! C’est ce qui me manque le plus ! Après je foncerai au studio finaliser tous les morceaux maquettés pendant le confinement pour préparer la suite. Et je finirai par organiser un showcase dans l’appart de mon meilleur pote Rémi pour faire un petit concert privé en attendant que les salles ouvrent à nouveau !

 

Visuel : ©Edouard Ducos

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Clara Bismuth
Rédactrice pour le magazine Toute La Culture depuis mars 2018, principalement dans les rubriques Musique et Cinéma.

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