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Olivier Chaudenson : « la base c’est de considérer la littérature comme un art vivant »

Olivier Chaudenson : « la base c’est de considérer la littérature comme un art vivant »

29 octobre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival Paris en toutes lettres, c’est de la littérature, et bien plus. En amont de la dixième édition, du 7 au 18 novembre, Olivier Chaudenson, le directeur de la Maison de la Poésie,  nous parle de son rapport très libre aux mots.

Le festival Paris en toutes lettres est monumental : on parle de 47 évènements, mais également de 16 lieux. Mais tout ne se passe pas ici, à la Maison de la Poésie !

C’est un feu d’artifice pour mieux faire connaître ce qui se passe dans la Maison. Il se passe des choses durant le festival et peut-être encore plus qu’à l’accoutumée, mais la vraie spécificité c’est l’ouverture vers d’autres lieux pour faire connaître le type de propositions qu’on peut développer.

Donc le festival part d’ici, de la Maison de la Poésie.

Oui, la production part d’ici, et donne des formes de co-production. D’ailleurs si je prends l’exemple de La nuit de la poésie, c’est vraiment une co-production au sens intellectuel, artistique, et financier,  avec l’Institut du monde arabe. Mais ce sont des propositions que la Maison de la Poésie porte vraiment, dans d’autres lieux et donc vers d’autres publics.

Vous avez vraiment transformé la Maison de la Poésie en lieu de création et de spectacles vivants, qui dépasse largement le cadre de la poésie. Est-ce que l’on va retrouver cette touche-là pour ce festival ? Est-ce que vous avez tissé un fil conducteur, un angle pour le festival Paris en toutes lettres, édition 2019 ?

Les fondamentaux du festival sont faits pour exprimer le travail de la Maison de la Poésie à l’année, et peut-être que la base c’est de considérer la littérature comme un art vivant. Cela nous permet toutes sortes de façons de faire entendre le texte. Je dis littérature délibérément parce qu’il y a la poésie, mais il y a toutes ces formes dont on ne saurait dire exactement s’il s’agit de poésie ou non,  parce que les frontières évoluent, les genres se superposent, se fertilisent, et c’est ça qui m’intéresse. Mais en tous les cas, il va y avoir une approche vivante, ça veut dire que l’auteur peut venir parler de son texte. Bien souvent, et plus particulièrement dans Paris en toutes lettres, il viendra peut-être plutôt pour le lire… avec un musicien, avec un vidéaste. Voilà, faire entendre la littérature plutôt que de théoriser dessus.

Vous citiez le terme « musicien » : dans le programme, on note Emily Loizeau, Barbara Carlotti qui sont des fidèles du lieu. Est-ce que c’est une volonté d’utiliser le son, la musique, pour mieux faire entendre un texte ? 

A plein d’égards. Je travaille beaucoup sur la notion de lecture. Selon moi, la lecture est plus proche de la musique et du concert que du théâtre. Je trouve que les croisements entre musique et littérature sont très souvent stimulants, fertiles artistiquement, et ce sont de nouveaux territoires qui ont été assez peu creusés je trouve. Et puis, c’est aussi une façon de s’adresser à un public plus large et plus divers, qui serait possiblement effrayé par une proposition qui ne comporterait que de la poésie et de la littérature et qui, avec la musique, s’autorise à venir pour  entendre autant du texte que de la poésie. C’est donc aussi un facilitateur.

Une chose que j’aime bien faire chez vous, à peu près tous les ans, c’est venir faire la sieste ! Les siestes acoustiques sont de nouveau au programme cette année, est-ce qu’il y a d’autres tubes du festival que l’on retrouve ? 

Le bal littéraire assurément ! Ce sont cinq auteurs qui se réunissent vingt-quatre heures avant, et qui imaginent une histoire inédite, qu’ils découpent en séquences de quelques minutes chacune.

Cela aura lieu où ?

Au Centquatre cette année. La contrainte d’écriture, c’est que chaque fin de séquence doit s’achever par le titre d’une chanson très connue. Le soir venu, les cinq auteurs sont sur scène, ils commencent à raconter, et à la fin de la première séquence, ils prononcent le titre de la chanson et d’un coup, tout s’arrête, ils « balancent » la chanson et le public qui écoutait se met à danser. Le titre s’arrête, on reprend l’histoire et ainsi de suite. Donc les gens écoutent/dansent, écoutent/dansent… Dit comme cela, cela pourrait apparaître artificiel, mais en fait c’est absolument phénoménal, c’est délicieux, c’est drôle, c’est malin, c’est joyeux et puis évidemment ça se termine en fête. C’est quelque chose qu’on fait depuis la première édition de Paris en toutes lettres donc ça va être le dixième bal. La nuit de la poésie, c’est la quatrième édition. Elle est née au lendemain des attentats du Bataclan. Nous nous sommes posé la question : comment passer le premier anniversaire du 13 novembre 2016 ? D’une discussion avec Marie Descourtieux à l’Institut du monde arabe a germé cette idée de Nuit de la poésie, c’est-à-dire passer cette nuit anniversaire avec quelque chose de vivant, d’hybride, fondé sur l’échange, fondé sur la douceur. Voilà comment est née La nuit de la poésie. C’est un vrai repère du festival.

Un autre repère, c’est celui d’aller dans des lieux qui ne sont pas forcément ceux de la littérature pour faire entendre des mots. On citait Barbara Carlotti. Elle va faire un concert littéraire dans l’église du musée des Arts et Métiers. On aime déplacer un peu les choses.

Vous l’avez évoqué, et j’ai l’impression que vous travaillez l’étirement du temps. Il y a cette performance très intéressante sur A la recherche du temps perdu, à l’Hotel Swann.

J’aurais pu le citer dans la rubrique « les tubes du festival » puisque c’est quelque chose qu’on accompagne depuis un moment à la Maison de la Poésie et dans le festival, avec une forme récurrente ici dans notre petite salle. C’est une tentative de résumer A la recherche du temps perdu en une heure. Véronique Aubouy, qui connaît parfaitement l’œuvre, se donne cette contrainte-là. Son seul « accessoire » est quelqu’un dans le public qui lui dit « quinze minutes, trente minutes, quarante cinq minutes, une heure », et lui permet de se repérer dans le temps. Mais évidemment, il y a mille façons de raconter une œuvre aussi foisonnante en une heure. Voilà pourquoi on le fait, et on le refait, et le sujet ne s’épuise pas. Et puis elle a voulu en faire un format XXL, en se disant « je peux aussi le faire en 7 heures » parce qu’il y a 7 tomes d’ A la recherche du temps perdu.  Pendant le festival, la Recherche durera 7 heures ! Cela se passera dans un salon de l’hôtel Swann qui peut accueillir une quarantaine de personnes, qui pourront boire un thé et manger des madeleines à un moment pour se remonter un peu ! Cet hôtel avait délibérément choisi de se nommer Swann et se revendique « hôtel littéraire », cela nous semblait approprié.

Vous ne m’avez pas répondu sur la question du fil du festival, même si les questions du son et de l’étirement des ondes sont très présentes.

Le croisement entre les musiques et les littératures, c’est une identité forte du lieu sur laquelle on veut insister pendant le festival. Je ne veux pas de thématique car elles peuvent enfermer et nous pousser à inclure ou au contraire à exclure une oeuvre  parce qu’elle ne rentre pas dans le thème. Pour moi le thème c’est la forme. Inventer des formes, pour faire entendre des littératures et de la poésie au plus grand nombre. C’est vraiment le moteur du festival, avec des propositions tellement différentes. Rodolphe Burger reprendra son magnifique concert littéraire construit autour du Cantique des cantiques et puis autour d’un poème de Mahmoud Darwich qui y répond complètement, et c’est pour moi un éblouissement. C’est dit en français, en arabe, en hébreu. Ce sera à L’église Saint-Merri. Cette création, Cantique/Darwich, il n’a pu le faire que dans des lieux un peu exceptionnels, dans des moments un peu exceptionnels. Là, c’est le bon moment. 

Quelle est la part de création, qu’est-ce que vous avez repéré, qu’est-ce qui vous fait très très envie ?

La part de création c’est environ 80 % du festival. Ce qu’on évoquait en terme de concerts littéraires, que ce soit ceux d’Emily Loizeau, Barbara Carlotti ou Raphaële Lannadère, ce sont des spectacles qui vont naître ici pour la plupart.

Ce sont les dix ans du festival, est-ce que vous faites une fête particulière ? Est-ce que pour vous les anniversaires comptent ?

Il y a un côté joyeux de fêter un anniversaire, surtout un anniversaire littéraire. C’est que ça existe encore, que ça tient la route ! Mais on a dépassé aussi le caractère éphémère de l’événementiel, qui pendant dix jours permet de faire la fête et puis ensuite tout disparaît. Là, rien ne disparaît puisque ça se poursuit tout au long de l’année à La maison de la Poésie. C’est extrêmement gratifiant, de savoir que ce moment de feu d’artifice n’est pas le seul moment dans l’année où on peut entendre la littérature de cette façon-là. Et oui, nécessairement on fera un peu plus la fête au bal littéraire et le dernier jour, le 18 novembre, avec d’un côté Raphaële Lannadère qui met en musique et travaille autour de Sur la route de Jack Kerouac, et de l’autre dans la petite salle une lecture/dégustation de saké. 

Vous débordez souvent des cadres de la poésie, vous débordez vraiment. Manger et boire, ce n’est pas si fréquent.

C’est vrai, je l’ai fait à plusieurs reprises notamment avec Ryôko Sekiguchi. Là c’est une rencontre avec La Maison du Saké, qui avait envie qu’on invente avec eux un moment étonnant. Nous avons choisi un classique de la littérature japonaise  qui s’appelle Notes de chevet, qui est très poétique. C’est une sorte de longue litanie, une liste des choses que l’on aimerait peindre, de choses que l’on devrait oublier, de choses qui gagneraient à être pleinement vécues… On va lire ce texte, qui sera accompagné par un musicien très étrange et très élégant qui s’appelle Mahut, un percussionniste, qui a été celui de Jacques Higelin. Il va nous ouvrir aussi à sa façon les sensations, et entre chaque séquence de lecture, il y aura la découverte d’un saké, dont le choix aura été inspiré par la tonalité du texte. 

Tout est bon pour faire entendre le texte !

Exactement, et ce dernier soir, le 18, il y aura dans la grande salle Raphaële Lannadère, dans la petite salle, le saké, et puis ensuite tout le monde se retrouvera et on fera sans doute un peu la fête dans le hall de la Maison de la Poésie.

Informations pratiques ici 

Visuel : ©Gilles Vidal 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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