Théâtre

Un duo fraternel incomparable dans Les membres fantômes, au Théâtre La Flèche

Un duo fraternel incomparable dans Les membres fantômes, au Théâtre La Flèche

29 octobre 2019 | PAR Geraldine Elbaz

Sandra et Pascal Guichet sont frère et soeur. Assis autour d’une table envahie d’objets improbables, il nous font partager un morceau de leur quotidien, digne de la Famille Deschiens. Une interprétation de haute voltige.

 
On les croise parfois dans la rue, dans le métro ou au café du coin, on se dit que la vie c’est du théâtre, qu’on va chercher parfois sur les planches ce qui existe pourtant partout autour de nous, sans qu’on y prête vraiment attention. Ces personnages sont exposés ici avec une authenticité rare et dans une réalité peu montrée sous cet angle au théâtre.
 
Quand on entre dans la salle, Pascal (Gaëtan Peau), blouson en cuir et bagues aux doigts, est installé sur une chaise devant une table recouverte d’ustensiles insolites. Il fume, joue de la guitare électrique, boit. Arrive alors Sandra (Charlotte Laemmel), une brosse à cheveux dans les mains, elle porte un jean et un long pull blanc assorti à ses chaussons duveteux. Leurs cheveux sont gras et plaqués.

Est-ce que tu veux une Ricoré? 

 
Le ton est donné avant même qu’ils ne se donnent la première réplique, avec une sorte de gouaille populaire à peine caricaturale tant elle est criante de vérité. On retrouve même parfois dans leur façon de s’exprimer le parler de Coluche et l’élocution de Marina Foïs, quand elle campait des personnages à la niaiserie comique avec la troupe des Robins des Bois.
 
Le jeu des comédiens à lui seul vaut le déplacement ; de part leur gestuelle et leurs intonations, ce spectacle nous immerge dans un monde qui ne fait pas de cadeaux :

– Tu voulais quoi toi à dix ans? 

– Me barrer

 
Comme les Deschiens, ils revendiquent un style très personnel, incarnent avec maestria des personnages loufoques à la fois attendrissants et paumés, dont l’ignorance vire au burlesque et qui font ce qu’ils peuvent pour s’en sortir. 
 

– La famille Blanchard c’est la famille qui n’a pas de bol.
– Ils n’ont pas de bol?
– Mais non, ça n’existe pas les familles qui n’ont pas de bol.

 
Si plaisir et improvisation ont été les mots d’ordre pour une écriture travaillée directement à partir des personnages, la dramaturgie se construit sur cette idée d’interdépendance entre le frère et la soeur qui se raccrochent l’un à l’autre comme des naufragés sur un radeau qui prend l’eau…
Sur un fond sonore radiophonique, avec la voix de Caroline Loeb qui nous chante c’est la ouate, entre deux accords de basse et un entraînement chronométré pour faire un chignon, vous partagerez avec ce duo talentueux une tranche de vie mémorable!

Crédit photo :
© Marie Charbonnier et affiche du spectacle
Les membres fantômes
Durée : 1h15
 
 
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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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