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Mort de Jacques Lassalle : une vie toute entière consacrée au théâtre

Mort de Jacques Lassalle : une vie toute entière consacrée au théâtre

03 janvier 2018 | PAR Stacie Arena

Le metteur en scène et dramaturge Jacques Lassalle s’est éteint le 2 janvier dernier, à l’âge de quatre-vingt-un ans. Il était l’un des piliers du théâtre des années soixante-dix avec plus d’une centaine de spectacles à son actif, tels que Tartuffe avec Gérard Depardieu ou encore une Médée dans la Cour d’Honneur d’Avignon. 

lassalle

Jacques Lassalle est né dans la ville de Clermont-Ferrand en 1936. Après avoir étudié de longues années au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique à la capitale dans la classe de Fernand Ledoux, ce jeune clermontois ne se retrouve pas dans le paysage parisien, et interrompt sa carrière de comédien tout juste commencée, pour se lancer dans l’enseignement : « J’ai détesté le théâtre officiel de ces années-là! La guerre d’Algérie battait son plein, la maison de Molière me paraissait si coupée du monde, si superficielle. J’avais besoin d’un théâtre qui prenne l’histoire à bras-le-corps… » expliquait Jacques Lassalle.

Ainsi, le jeune comédien enseignera à l’Institut d’Études Théâtrales de l’université de la Sorbonne de 1969 à 1981, puis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de 1981 à 1983.

Le nouveau souffle du Studio-Théâtre de Vitry

C’est au théâtre d’Avignon que Jacques Lassalle découvre Jean Vilar et Gérard Philippe. Véritable élément déclencheur de sa carrière de metteur en scène, c’est à ce moment qu’il fondera le Studio-Théâtre de Vitry en 1967 à la demande du maire Marcel Rosette. Il s’intéresse principalement aux grands noms du théâtre classique comme Molière – qu’il considérait comme le Chaplin du théâtre – mais aussi Marivaux, Goldoni ou Wagner.


« Je venais de la province, du Conservatoire de Paris comme jeune acteur. Et tout à coup je me retrouvais dans un grand ensemble et je découvrais tout à la fois une réalité quotidienne qui pouvait être très âpre, rugueuse. Et surtout, moi qui ne savais plus pourquoi j’avais voulu faire d’un théâtre, qui ne savais que faire de l’enseignement très académique que j’avais reçu… tout à coup je retrouvais quelque chose de Jean Vilar et ce théâtre populaire qui m’a appris qu’on pouvait être simultanément artiste et citoyen (…) Vitry m’a initié au monde réel. « 


À sa grande surprise, Jacques Lassalle se retrouve dans les grands ensembles de banlieue rouge. Son engagement qui s’apparente tout d’abord à de l’animation de quartier dans les gymnase de Vitry, ouvrira la porte à de grands classiques revisités au Studio-Théâtre avec notamment Comme il vous plaira, de Shakespeare, mais aussi de nombreuses pièces qu’il écrira lui-même. L’époque Vitry sera celle de la magnificence pour le clermontois, il excellera en tant que metteur en scène, dramaturge mais aussi traducteur pour faire briller ce qu’il appelait « l’essentiel dans le presque ».

Dans la continuité du Studio-Théâtre de Vitry, Jacques Lassalle mise sur l’alliance de l’ancien et du moderne. Il propose sa première mise en scène à la Comédie Française avec La Locandiera de Goldoni et fait ses armes à l’Opéra de Paris avec Lohengrin de Wagner puis Lear de Reimann. Cette période fleurissante pour le metteur en scène, finira en apothéose avec sa nomination à la direction du Théâtre National de Strasbourg. Pour l’inauguration, il présentera le fameux tartuffe avec Gérard Depardieu et François Périer.

De la Comédie Française au retour aux sources 

En 1990, Jacques Lassalle est nommé à la Comédie Française. Malheureusement, après la fin du mandat de Jack Lang trois ans plus tard, le nouveau ministre de la Culture ne renouvellera pas sa nomination. Pour le taulier du théâtre des années soixante-dix, cette éviction restera une plaie ouverte jusqu’à ses derniers jours. « Le seul argument qu’il m’ait donné (ndlr : Jacques Toubon) c’était : « Vous êtes un créateur, je vais vous libérer des contraintes et vous rendre à votre art… ». Jacques Lassalle disparaitra des écrans pendant de longs mois.

Après un retour raté en 1994, avec Andromaque au Festival d’Avignon, Lassalle annonce qu’il quitte le monde du théâtre définitivement. Une annonce heureusement, qu’il ne respectera pas et reviendra avec une Médée incarnée par Isabelle Huppert dans la Cour d’Honneur en 2000. Il lui confiera le rôle de la grande mystérieuse, la petite-fille du Soleil, au service d’une réflexion sur le personnage de Médée et de son intelligence.

Après l’avoir présenté en 1993 dans la Cour d’Honneur du Festival d’Avignon, Jacques Lassalle remonte Dom Juan de Molière à la Comédie Française en 2002, dans lequel il explore « l’illimité des métamorphoses » que peuvent offrir les planches du théâtre. Une occasion de plus pour le metteur en scène d’allier théâtre et pédagogie dans cette pièce : « Je ne positive pas. Don Juan est une créature qui effraie son créateur autant que Médée a probablement effrayé Euripide (…) Il le fascine et le révulse. Je crois qu’à défaut de faire croire au Ciel, Dom Juan fait croire à l’Enfer. Reste sa mystérieuse méchanceté.« 

Après de longues années passées à promouvoir la scène du théâtre international (Norske Teatret à Oslo ou encore au théâtre de Vidy-Lausanne), Jacques Lassalle revient dans ses terres natales. En 2017, son épouse Françoise Lassalle, avec qui il a eu trois enfants, décède et laisse l’homme alors âgé de quatre-vingt ans dans une profonde tristesse.

Il devait proposer lors de la prochaine saison à la Comédie Française La Cruche Cassée de Kleist en avril dernier, mais avait dû renoncer, trop atteint par le décès de sa femme.

 

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Stacie Arena

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