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Rencontre avec Gilles Verdiani, le fondateur de Subjectif, premier hypermédia de culture contemporaine

Rencontre avec Gilles Verdiani, le fondateur de Subjectif, premier hypermédia de culture contemporaine

23 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Subjectif, c’est un hypermedia culturel qui se repose sur la subjectivité de l’accès au savoir de ses auteurs et fait feu de tous les formats pour nous accompagner dans notre quotidien et le sublimer avec vision large et profonde de la culture. Ce projet riche en contenus et fonctionnant par épisodes a lancé sa campagne de crowdfunding sur kisskissbankbank pour financer ses pilotes.

Alors que vous pouvez déjà consulter certains programmes en ligne, nous avons rencontré l’un des fondateurs de Subjectif, Gilles Verdiani, pour qu’il nous parle de ce projet inédit.

Pour participer, c’est ci-dessous :

Racontez-nous comment vous est venue l’idée de ce projet ?
Il y a un moment où je discute avec des amis qui ont créé le site « Profondeur de champs », de Quentin Jagorel et Paul Grenelius, un site pluridisciplinaire qui avait un rapport souple avec la notion d’actualité. Ses contributeurs avaient la possibilité de parler de ce qui les animait au moment où ils écrivaient. Ce pouvait être sur un tableau qui était au Louvre depuis toujours, mais aussi sur une exposition temporaire.. Bref, on a discuté ensemble, et on s’est demandé comment ça pouvait évoluer. J’ai pensé qu’il faudrait « l’audiovisualiser ». Et finalement, ils ont décidé de ne pas le faire eux même mais parce qu’ils étaient engagés dans autre chose mais c’est resté dans ma tête et je me suis dit que quand on produit un site culturel aujourd’hui sur internet, faire du texte de l’image, de la vidéo, de l’audio c’est à peu près la même chose. Il n’y a plus de raisons de séparer d’un côté la télévision de l’autre la radio.

Et c’est ça que vous appelez hypermédia ?
Hypermédia c’est tous les médias, plus le réseau social y compris le média 2.0, c’est-à-dire celui où on interagit, on dialogue, on répond aux commentaires, etc….

Quelle différence avec le 360 degrés ?
360 degrés c’est le même message mais diffusé de manière différente. Or, ce que vous allez avoir en vidéo chez nous vous ne l’aurez pas en audio. D’où le nom d’hypermedia. Nous avons tous des disponibilités différentes. Il y a des choses que vous faites volontiers en écoutant un podcast … La vaisselle, le ménage, le courrier… Vous pouvez écouter un podcast par contre vous ne pouvez pas regarder une vidéo à ce moment-là. En revanche, il y a des moments où on est bien, où on a envie de se poser, de tourner le bouton et de regarder la télé. Avec les contenus vidéo de subjectif, vous avez la même disponibilité, vous êtes dans la même tranquillité que quelqu’un qui regarde la télé mais vous avez un contenu intéressant et pareil pour la lecture dans les transports en commun. Les gens aiment bien lire pendant leurs trajets plutôt qu’écouter, parce que dans le métro ou le train on n’entend pas bien. A ces usages s’ajoute l’évidence du média social depuis que Facebook a vraiment triomphé. On ne peut plus imaginer un média qui soit simplement un robinet avec un émetteur et un récepteur. Il faut que ça joue dans les deux sens, il faut qu’on puisse parler aux gens qui nous parlent, qu’on puisse écrire.

Comment choisissez-vous les sujets à traiter?
D’abord je ne parle pas de sujets, je parle toujours d’un auteur et on voit avec lui de quoi il a envie de parler en ce moment. Par exemple le premier auteur que j’ai contacté c’est Pacôme Thiellement. Il a décidé de parler de poésie et on a décidé que parce que Pacôme Thiellement avait un univers, une personnalité, un parcours qui sont vraiment singulier, ça serait bien qu’il ait un programme où il décide de quoi il parle, sous quel format et même du lieu. Parce que ça se passe dans un théâtre, parce que c’est un personnage, parce qu’ils sont deux, parce qu’il y a du public, le contenu mérite des images : on a donc choisi le format vidéo. A contrario, Flore Vasseur va faire un programme où elle rencontre des acteurs, des témoins, des expériences démocratiques dans les ZAD, Podemos, Occupy, le parti pirate islandais etc. Non seulement on n’a pas tellement besoin d’entendre ces gens parler, il suffit de les entendre mais en plus, si elle a besoin d’aller les voir à l’étranger, pour nous, c’est plus simple et plus léger de le faire en audio que de devoir transporter un cameraman etc.… Généralement, l’audio répond à un besoin d’écoute précise, alors que la vidéo c’est quand on a plus besoin d’une atmosphère. Enfin, dernier exemple, on a un programme qui va s’appeler la zone érogène, sur l’imaginaire érotique des créateurs. On va inviter des créateurs à parler de leur imaginaire érotique et là on va leur demander un extrait de film, une image, une musique, un texte. L’on pourrait se dire ça serait bien de montrer l’extrait de film mais en fait mieux vaut en parler. En matière d’érotisme, l’oreille est importante … Ce n’est pas la même chose que la pornographie parce qu’on a besoin de voir, alors que pour ce qui est de l’éveil, de l’imagination, l’oreille, ça marche mieux

Où est la frontière entre le média culturel et l’organe de recherche scientifique ?
Subjectif est un média parce qu’on s’adresse aux gens. Par exemple, le chercheur en astrophysique Aurélien Barrau, s’exprime différemment dans un labo ou à un colloque avec les gens qui font les mêmes choses que lui et chez nous, où, en plus d’être un astrophysicien, il est passionné par les autres disciplines et par les gens qui font autres choses que lui : les poètes, les danseurs, les cinéastes, les peintres… Son programme s’appelle « Les Confluences » avec face à lui, dans le premier épisode, Vincent Message, chercheur en littérature et un penseur de l’écologie. On a enregistré le premier numéro au Musée des Confluences à Lyon, au-dessus de la confluence des fleuves. De même quand Laurent de Sutter fait « Shaker » pour Subjectif, lui qui est philosophe du droit, penseur et essayiste évoque plein de sujets comme ça lui traverse l’esprit sur lesquels il réfléchit. Et comme c’est aussi un spécialiste du cocktail, on va le mettre dans un bar, on va servir des cocktails. Il y aura deux invités en désaccord sur un point, l’invitant donc Laurent de Sutter a aussi un avis et on va les filmer avec leur verres un peu comme dans une bagarre d’un film de Scorsese. Il y a une mise en scène, on fait un spectacle. On veut rendre spectaculaires, intéressants, beaux à regarder la parole, l’intelligence, le déploiement du savoir. La plupart des gens que j’ai conviés sont très bons dans leur domaine, ils ne sont pas dans une case. Souvent, ils sont un peu hybrides. Non universitaires, il faut qu’ils produisent pour vivre, il faut qu’ils fassent des livres, des conférences, etc…Ils sont beaucoup plus libres, plus créatifs. Ils ne sont pas spécialisés comme l’Université oblige à l’être et ils ne sont pas professionnalisés à outrance comme l’édition, le cinéma par exemple, peut l’obliger à l’être. Ce sont des sujets avec des univers, des caractéristiques, c’est gens singuliers et talentueux avec un charisme. C’est le cas de Cécile Coulon qui a vingt-cinq ans et un talent incroyable, sympathique, très agréable. Les gens l’adorent parce qu’elle est généreuse. Son talent est généreux et les gens y adhèrent.

Quelle est votre définition de la culture ?
J’en ai une qui elle vaut ce qu’elle vaut et qui en plus change jour après jour. Je dis qu’une pièce de Molière, ce n’est pas de la culture au moment où elle est écrite. Cela devient de la culture au moment où il pense à la jouer devant des gens ; que ces gens-là réagissent en la voyant. Ensuite, ils vont sortir du théâtre et ils vont commencer à en parler. Et puis la pièce va continuer ou pas. Après d’autres gens vont la jouer après la mort de Molière, les gens vont écrire dessus… Voilà la culture c’est tout ça : comment à partir d’une production de l’esprit humain, tournée vers autrui, on parle, on échange, ça évolue et ça rentre.

Qu’est ce qui fait la différence entre culture et savoir, entre votre média et une encyclopédie ?
Alors une encyclopédie c’est une promesse : vous allez avoir le résumé des connaissances sur un certain nombre de sujets et ça ce n’est pas du tout notre promesse à nous. Notre promesse c’est d’avoir des gens qui vous parlent de choses qui les passionnent. Il n’y aucune promesse vis-à-vis du fait que vous allez apprendre des choses. Evidemment, on apprend parce que ces gens sont plus savants que nous dans leurs domaines et quelque fois c’est pas le fait de savoir quelque chose qui est intéressant mais c’est la manière dont on pense. Même quelqu’un qui sait plus de choses que vous et qui se met à y réfléchir beaucoup devant vous c’est intéressant, ça vous fait réfléchir. Le savoir dans la culture c’est comme l’information dans le travail du journaliste. L’information, ce sont les faits. Mais le journaliste va choisir les éléments et développer un angle pertinent. Le journalisme c’est un peu plus que de l’info et la culture c’est pareil, c’est un peu plus que du savoir. C’est même beaucoup plus que du savoir.

SUBJECTIF – Hypermédia de culture contemporaine from Subjectif on Vimeo.

Qu’est-ce qui est « contemporain » dans les contenus de Subjectif ?
Au départ, j’appelais ça un « média d’inactualité culturelle ». Je pense qu’aujourd’hui dans les médias ce qui est appelé culture c’est l’actualité culturelle : telle pièce, tel spectacle… C’est très bien, il faut le faire parce que sinon personne n’y va ! Mais l’actualité n’est qu’une des portes d’entrée sur une immensité. Et comme la surface de l’actualité est couverte par des tas de médias j’ai eu envie de faire tout le reste. D’autant plus que j’ai l’impression qu’on est maintenant dans cette position très particulière, où on n’a jamais eu un accès aussi vaste à d’aussi grands domaines. Grâce à Internet, vous pouvez véritablement tout connaitre. En tout cas, c’est un vraiment un moment unique c’est-à-dire que notre pensée si on aime remâcher, ruminer si on a le gout de la culture, on absolument tout sous la main tout le temps. Et non seulement on a tout sous la main mais en plus notre histoire s’est allongée par le début. Quand je suis né, je pensais qu’on était au début de l’histoire de l’humanité. On ne savait pas grand-chose sur ce qui avait précédé. Bien sûr on disait les hommes préhistoriques mais on ne savait pas énormément de choses, il y a une cinquantaine d’années. En si peu de temps, on a eu accès à 100 000 ans en arrière. Pour moi c’est le grand phénomène culturel de ces 50 dernières années.

Mais vous abordez tout ce reste tout de même à partir de questions d’aujourd’hui ?
Absolument ! On ne peut le lire que depuis aujourd’hui. L’actualité c’est une surface, c’est une pellicule, alors que ce qui est contemporain c’est tout ce qui est en plus de la pellicule.

Quel est votre modèle économique ? Comment ça marche pour s’abonner ?
Pour l’instant, on est dans une phase de souscription pour financer les premiers épisodes de chacun de nos programmes qui sont des séries, avec des saisons et des épisodes. On a d’abord essayé de chercher une grosse somme d’argent qui nous aurait permis de produire en avance et après d’aller chercher les abonnés. On n’a pas trouvé parce que notre proposition est tellement nouvelle qu’on ne pouvait répondre à la première question des financiers : “Vous avez un exemple d’un truc comme ça qui a marché ?”. Pour le prouver, jusqu’à mi-mars avec le crowdfunding, l’on commence par demander aux gens de souscrire à un pré-abonnement de 10 euros, avec lesquels ils auront accès à partir du mois du mai à 12 heures de programme avec tous les épisodes pilotes. Sur la page de souscription, on peut prendre le pré-abonnement à 10 euros, on peut même en prendre deux si on veut (à 20 euros), on peut se pré-abonner pour la suite à 50 euros, mais l’entrée de base c’est 10 euros. C’est le prix de l’abonnement lorsque l’on sera en capacité de produire 12 heures de programmes par mois. Il n’y aura pas de publicité, juste des abonnements. A terme, il faut qu’on ait 10 000 abonnés. Pour l’instant, on est cinq. Et il faut qu’on réussisse cette souscription, c’est la première étape. Il faut qu’on mette en ligne des programmes et que les gens soient contents, et que ces programmes, et les bandes annonces qu’on diffusera, donnent envie à d’autres de venir s’abonner. Après, on embauchera des gens au fur et à mesure où on pourra le faire.

Comment vous pensez l’animation sociale et l’animation du club de Subjectif ?
Sur le site de Subjectif, chaque programme aura sa page, avec un player, une présentation de l’auteur, une présentation de l’émission, de l’épisode proposé dans la semaine, et, en dessous, un espace de dialogue. Comme dans les forums, qui existent depuis très longtemps sur internet, vous êtes abonné, vous avez votre identifiant, votre avatar, votre pseudo, vous dites ce que vous pensez, quelqu’un vient vous répondre, etc. Et en plus les auteurs viennent se mêler aux conversations. Tout cela est réservé aux abonnés. En plus, si vous êtes abonné, vous pouvez créer une page sur un thème que vous voulez. Le troisième mode de communication est interpersonnel. Si deux personnes ont envie de se parler en privé, celui qui veut parler à l’autre lui envoie une invitation pour entrer dans un salon privé, et ce sera vraiment privé. On est obligés évidemment de tenir des traces de ça, mais on n’en tire pas d’informations. Quand vous parlez en MP sur facebook, tout ça est analysé par des robots qui en tirent des informations. Ce n’est pas le cas chez nous. Sur subjectif, il n’y a pas non plus de principe d’amitié. On n’est pas amis, on est abonnés à la même chose. On discute ensemble en public, et si on veut discuter en privé, c’est toujours avec l’accord de l’autre. Et ce n’est valable qu’une fois. Si vous voulez vous reparler, il faut renvoyer une invitation. On veut essayer de “policer”. Il y aura une charte au nom de laquelle on pourra toujours réprimander quelqu’un, mettre des blâmes et même virer quelqu’un qui se comporte mal. Il faut être très attentif à ça. Et puis nos community managers seront là aussi pour orienter les discussions plutôt dans un sens d’ouverture et d’échange que dans un sens de polémique et de propagande.

Visuel : ©KissKissBankBank

Retranscription par Mariama Darame et Lili Nyssen

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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