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Une soirée de Grand Romantisme avec l’Orchestre National de Lille, Arabella Steinbacher et Mark Shanahan [Lille]

Une soirée de Grand Romantisme avec l’Orchestre National de Lille, Arabella Steinbacher et Mark Shanahan [Lille]

23 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Ce jeudi 22 février, place au grand romantisme avec le Concerto pour violon de Tchaikovski et la Troisième Symphonie de Brahms à l’Auditorium du Nouveau Siècle.

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C’est le chef anglais et Premier chef invité de l’Orchestre Symphonique des Pays-Bas, Mark Shanahan, qui a replacé Jean-Claude Casadesus à la direction de l’Orchestre National de Lille. Pour le Concerto de Tchaikovski (1881), le public lillois a pu entendre une violoniste allemande (et japonaise par sa mère et ses études) très connue Outre-Rhin et qu’on entend peu en France : Arabella Steinbacher. Sylphide, habillée de bleu pailleté, la virtuose trentenaire s’est faite connaitre en 2004 dans le Concerto de Beethoven avec l’Orchestre Philharmonique de radio France, sous la Direction  de Sir Neville Marriner. Ce jeudi soir de février, avec Tchaikovski, elle séduit le public du Nouveau Siècle. Si le fameux premier mouvement demande un peu d’adaptation, une fois le tempo pris, l’orchestre et la soliste plus complices, le Stradivarius « Booth » mieux accordé et le public habitué au jeu puissant de la soliste, la pastorale et les bois du deuxième mouvement, ainsi que les couleurs folkloriques du final sont d’une fluidité et d’une gaïté irrésistibles. Après un bis où Arabella Steinbacher.se montre plus tranchante que jamais et un bouquet de fleurs blanches, la violoniste se prête au jeu des signatures de CDs à l’entracte, et les fans sont si nombreux que certains ont failli renoncer à la deuxième partie du concert.

Et pourtant, il ne fallait pas manquer cette Troisième Symphonie de Brahms (1883) où Mark Shanahan semble avoir étendu et détendu sa direction avec longue baguette blanche et où l’orchestre semblait danser en terrain connu. On est accroché dès le premier mouvement qui commence avec lenteur et infiniment de douceur. Les cuivres mènent ce bal romantique où l’éclat monte lentement comme un orage de son. Les vents semblent d’abord une lame de fond jusqu’à ce qu’on atteigne au grave et presque à la menace. Alors les percussions ramènent la douceur dans cet Allegro con brio qui se termine comme une caresse. Le deuxième mouvement Andante commence dans un nuage lent. Les flûtes semblent parler à voix haute d’une peine immémoriale, les cordes battent le rythme et reprennent le dessus pour plus d’éclat. Au coeur du mouvement, la langueur immobilise le temps dans un jeu d’échos où les pupitres se répondent. Les Trompettes et cuivres soutenus se font lancinants. Et l’on atteint le sommet du romantisme et surtout de l’émotion de cette soirée à thème soigneusement choisi avec le célèbre troisième mouvement où la voix humaine des violoncelles se fait entendre et où les cors et les hautbois atteignent au sublime. Le ralentissement tragique de la fin du mouvement brûle comme une flèche au cœur. Enfin, l’orchestre semble encore se surpasser et s’unir d’avantage pour le dernier mouvement Allegro qui commence dans un envolé de clarté portée par les violons. La gravité a ses moments, comme des pousses de maturité, mais la lame de fond est une fête folklorique dominée par les flûtes qui ne désarment pas quand les archets tombent dans un final qui nous laisse en suspens, tendu vers l’orchestre, qui est applaudi à la hauteur de sa performance.

L’on ressort du concert plein de sentiments diffus, Brahms en tête se mêlant parfois à Gainsbourg comme une rapprochement du grand romantisme vers cette nuit froide mais claire dans ce Lille de février 2018. Un concert à entendre ou réentendre le 23 février à la Maison de la Culture d’Amiens et le 24 à la salle Alfred Ramet de Linselles.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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