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Le rabbin Adin Steinsaltz, érudit spécialiste renommé du Talmud a été inhumé ce vendredi à Jérusalem.

Le rabbin Adin Steinsaltz, érudit spécialiste renommé du Talmud a été inhumé ce vendredi à Jérusalem.

10 août 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Le lauréat du prix d’Israël, rav Adin Steinsaltz, éminent spécialiste des textes juifs qui a passé plus de quarante ans à rédiger une traduction et un commentaire en 45 volumes du Talmud de Babylone est décédé vendredi à Jérusalem après une longue maladie. Il avait 83 ans. 

 

Petit de taille, de santé fragile,  Adin Steinsaltz, son prénom signifie tendre en hébreu, offrait toujours son sourire au monde et son immense force de travail doublé d’une incroyable intelligence à l’étude du judaïsme.  Sa vie et son oeuvre s’imprimeront pour des siècles car il avait oser traduire le Talmud en langue vernaculaire, en hébreu mais aussi en Français, Anglais, Espagnol  le rendant accessible à des centaines de milliers de lecteurs homme et femmes.  Steinsaltz a propulsé le Talmud au 21e siècle.

Steinsaltz naît à Jérusalem dans une famille juive polonaise. Son père Avraham, arrière-petit-fils du premier rebbe de la dynastie Slonim, a émigré en Palestine mandataire en 1924 ; bien que formé aux œuvres de Marx, Freud et Lénine plutôt qu’à la Bible (il lira le Nouveau Testament avant la Torah), le jeune Adin décide de retourner à l’observance du judaïsme vers ses quatorze ans, davantage par curiosité intellectuelle que par inclinaison mystique ; il étudie la chimie puis commence sa carrière professionnelle en tant qu’éducateur et a même travaillé comme directeur d’école, tout en écrivant divers livres juifs. Il a notamment collaboré avec le gouvernement israélien et l’Institut israélien des publications talmudiques qui porte désormais son nom. Considéré comme un commentateur essentiel il a édité des publications et des traductions dans environ 60 langues, et ses livres ont été distribués dans le monde entier et lus par des millions de personnes. Écrivain prolifique et observateur averti de l’humanité il a écrit plus de 60 livres sur la philosophie, le mysticisme, la théologie et même la zoologie. Son étude de la Kabbale, Les treize pétales de rose, est considérée comme un classique et a été traduite en huit langues. Il a également traduit le Talmud dans sa version de Jérusalem, le récit le moins complet et le moins étudié des débats juridiques des rabbins à Jérusalem entre 350 et 400 après JC.

C’est en 1965, alors qu’il n’a que 27 ans que Steinsaltz se lance dans la grande œuvre de sa vie, traduisant en hébreu moderne le Talmud et les anciens commentaires comme ceux du savant médiéval français Rachi. Alors que le Talmud ne s’imprimait qu’en araméen sans ponctuation ni espace et se commentait principalement en yiddish à cause de l’interdit d’utiliser la langue sainte pour étudier ce recueil de jurisprudence rabbinique, Adin Steinsalz ose modifier l’imprimatur, ajoute les espaces entre les mots, la ponctuation et traduit le texte en hébreu, un hébreu d’aujourd’hui, expliquant les anciens vocables, les mots grecs ou araméens. Son travail rend l’étude de la Michna et de la Gemara enfin possible pour un large public grâce à  un langage clair et compréhensible.

Rav Steinsaltz était un disciple dévoué du rabbin Menachem Mendel Schneerson, décédé en 1994, et de son école de judaïsme Habad-Loubavitch. Cette secte juive qui affiche des portraits porte-bonheur du rabbi et qui est la seule à pratiquer le prosélytisme auprès des Juifs non observants se situe hors de la doxa. Aussi Steinsaltz se trouvait parfois en désaccord avec les rabbins orthodoxes qui rejetaient ses écrits. Néanmoins, la puissance de son oeuvre a dépassé largement ce compagnonnage avec la secte des Loubavitch ; elle constitue désormais et pour toujours un canon du judaïsme et de Delphine Horvilleur à Benjamin Netanyahu chacun rend hommage à son immense érudition et sa cardinale contribution.

Adin Steinsaltz a vécu la majeure partie de sa vie avec sa famille à Jérusalem. Il laisse son épouse, Sarah, deux fils Menachem et Amechaye, une fille, Esther et 18 petits-enfants.

 

 

 

 

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

One thought on “Le rabbin Adin Steinsaltz, érudit spécialiste renommé du Talmud a été inhumé ce vendredi à Jérusalem.”

Commentaire(s)

  • Yehoshoua

    Dommage d’avoir simplement oublier de dire ou nous pouvons nous recueillir sur son kever.
    Ce fut sans doute une des plus grandes figures de l’étude d’aujourd’hui.
    Il était modestie et d’une érudition sans limite.

    août 10, 2020 at 14 h 53 min

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