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La cité antique d’Hasankeyf bientôt submergée par les eaux à cause du barrage d’Ilisu

La cité antique d’Hasankeyf bientôt submergée par les eaux à cause du barrage d’Ilisu

27 septembre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Dans le Sud Est de la Turquie, la cité antique d’Hasankeyf, vieille de 12000 ans va bientôt être engloutie par un lac artificiel, à cause du projet Anatolie du Sud Est (GAP). Ce projet consiste à aménager le territoire par la construction de vingt-deux barrages, dont dix-neufs hydroélectriques pour développer économiquement, industriellement et socialement la partie Est de la Turquie, une des régions les plus pauvres du pays. L’inondation a commencé cet été.

Le projet du barrage

La construction du barrage d’Ilisu est le troisième plus gros projet hydraulique de la Turquie, et est le plus gros barrage sur les vingt deux que comprend le projet GAP, lancé dans les années 1970. L’objectif de ce barrage est de relancer le dynamisme régional en utilisant l’énergie de deux fleuves, l’Euphrate et le Tigre. Le bâtiment, qui  est sensé promouvoir la création d’emplois, tout d’abord pour la construction puis par la maintenance du site, d’obtenir un périmètre irrigué pour développer l’agriculture, mais surtout pour avoir un contrôle des eaux vers les pays limitrophes comme la Syrie ou l’Irak, raison de dissonances politiques entre ces différents pays. Les dix neufs barrages hydrauliques, sur les vingt deux appartenant au projet, doivent accroître l’industrialisation de la région en développant l’accès à l’électricité.

Conséquences sur les habitants

Mais la construction d’un barrage obligerait l’immersion de l’intégralité du site antique ainsi qu’une partie de la ville d’Hasankeyf, plus une centaine de villages sur toute la vallée. Selon le site The Guardian, les 60 000 habitants concernés, dont 3000 à Hasankeyf, ont jusqu’au 8 octobre pour évacuer les lieux et être relogés dans de nouvelles habitations promises par le gouvernement. En ce qui concerne l’ancien cimetière, les sépultures pourront être elles aussi installées dans un nouvel espace après en avoir fait la demande au préalable. Une mobilisation active s’est alors lancée contre ce projet. Un collectif, « Initiative to keep Hasankeyf alive » a même vu le jour en 2006, regroupant un ensemble de 86 municipalités, représentants d’ONG, syndicats, ou encore associations, pour empêcher l’aboutissement du projet. L’autre problème évoqué est que le barrage risque, si ce n’est de développer la région en amont, d’assécher celle située en aval, notamment dans les régions déjà touchées par une pénurie d’eau, comme en Irak. Ainsi, une campagne irakienne pour lutter contre le projet à vous le jour en mars 2012 sous le nom de Save the Tigris

Comment se passe la conservation du site ?

Pour le moment, l’idée est de déplacer certains monuments pour mettre à l’abri une partie de ce patrimoine, comme il a été fait pour la construction du barrage de Birecik, construit en 1999, qui avait englouti la cité hellénistique de Zeugma alors qui aurait représenté un patrimoine plus grand que celui de Pompéi. La cité antique avait vu ses mosaïques partir au musée archéologique de Gaziantep, ouvert en 2005 pour conserver les œuvres sauvées, laissant les trois quart du reste du site submergé par les eaux. La peur d’une même situation est alors née quand le projet du barrage d’Ilisu à été lancé. Pour « Initiative to keep Hasankeyf alive », fouiller sérieusement la cité d’Hasankeyf prendrait des dizaines d’années à cause de la grandeur du site et de sa richesse, car il pourrait abriter des caves, des galeries, mais aussi des vestiges de différentes sources et époques. Comme pour le site de Zeugma, le gouvernement veut déplacer des monuments, comme une mosquée Eyyubi du XVème siècle, mais le reste serait alors englouti. Pour The Guardian, huit monuments ont été protégés pour le moment, comme une tour qui appartient à un bâtiment considéré comme la plus ancienne université du monde, ou un hamman réservé aux femmes, vieux de 1400 ans, pour ouvrir un musée de l’ancien Hasankeyf. Mais les maisons troglodytes, ou encore un pont-levis du Moyen Âge seront perdus. Les habitants ont par ailleurs demandé de reculer la position du barrage, qui est actuellement à quatre vingt kilomètre d’Hazankeyf, pour permettre d’aboutir le projet de développement économique, tout en préservant le site. 

Ainsi, malgré la rétractation de certaines banques occidentales qui devaient financer le projet, comme la Société Générale pour la France, la construction du barrage est maintenue, et l’eau à déjà commencé à envahir le site.

 

Visuel : ©Attribution 2.5 Generic (CC BY 2.5)Licence CreativeCommons, vue du nouveau pont Hansankyef, construit par Selim Baysal en 1957, photographie de 2004.

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Chloé Coppalle

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