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Hommage à Jacques Higelin – entre deux gares

Hommage à Jacques Higelin – entre deux gares

06 avril 2018 | PAR Antoine Couder

Nous avons appris ce matin la mort à 77 ans du chanteur, auteur, compositeur et poète Jacques Higelin; L’un de nos rédacteurs a souhaité lui rendre un hommage personnel, entre deux gares. Récit à la première personne.

C’était il y a quelques années, deux mille treize je crois. Grâce à l’amicale complicité de Dominique Mahut, j’ai accompagné Jacques Higelin dans le train qui l’emmenait en concert jusqu’à Strasbourg. Le chanteur évoque son père et ses racines alsaciennes. Une partie de cet entretien a été diffusée par la Bande Passante, sur RFI.

Salut. D’abord, il y a ce morceau lancinant que vous entendrez ici.  « Entre deux gares »  est un interlude entre « Beau ou laid » et « Le fil à la patte » sur le disque Caviar. Un morceau inattendu où l’on entend le chanteur dire « salut » à l’arrivée d’un train. Ce « salut » très adressé et en même temps timide m’a toujours hanté ; parce qu’il était celui d’un acteur mais un acteur capable de faire croire qu’il ne joue pas, que ce qui est en train de se raconter n’est pas une comédie, que c’est bien la réalité comme si celle-ci pouvait être spontanément « délirée ».

unnamedHold Tight. « Est-ce que vous êtes capable de délirer ? » C’est ce qu’Higelin demandait à son public en ouverture de ce fabuleux triple live à « Mogador » en 1981 où l’extension des morceaux se marie habilement avec des moments de stand-up succulents (« ce n’est pas la peine d’applaudir, il est beaucoup plus important de chanter en mesure »). Entre deux gares donc, entre Paris et Strasbourg, Jacques Higelin m’a parlé et encore parlé et sans doute oublié tout ce qu’il avait dit, jusqu’au moment où je lui ai révélé que tout jeune, encore mineur, j’avais fui mes montagnes auvergnates pour rejoindre Paris en stop, espérant vaguement m’installer chez lui, du côté de la porte de Bagnolet où j’imaginais qu’il vivait (mais peut-être était-ce chez Jacno, peut-être était-il voisins vu qu’ils étaient très amis). Il a compris alors, ce qui faisait que j’étais là, avec lui dans les backstages de la Laiterie de Strasbourg, et ça m’a suffit ou, plutôt ça nous a suffit. Il a alors évoqué son goût du ciel, sa peur du vide et ses différents essais de parachutisme jusqu’à tomber du ciel, la libération…

Harmonica. Dans cet entretien « entre deux gares », entre deux états, entre le voyage et la scène,  il laisse vagabonder son esprit pour finalement évoquer son enfance et surtout, son père qui dit-il chantait et jouait de l’harmonica  le soir pour l’endormir, son frère et lui. Presque la façon dont Theodor Adorno évoque l’éducation musicale dans ses livres : des enfants qui s’endorment en écoutant au loin, les parents jouer de la musique au salon. C’est presque ça, presque mais pas tout à fait.

Image à la Une : CC BY-SA 2.0

Page interne : Jacques Higelin ( à gauche) et Alain Bashung ( à droite) ©Mathieu Alterman

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

Une réflexion sur « Hommage à Jacques Higelin – entre deux gares »

Commentaire(s)

  • Hubert Modezétravo

    Maître Jacques…
    Au début des années 70, il est passé au Ranelagh à Paris, pour la sortie de « Crabouif », fabriqué dans la famille Saravah de Pierre Barouh.
    Peu de commentateurs semblent s’en souvenir…
    Qui allait voir et écouter Higelin, en ces temps reculés ?
    Ceux qui y étaient se souviendront de ses impros délirantes, emmenant , par exemple le public à travers les rues désertes du seizième arrondissement pour les funérailles du Roi…
    Avec son accordéon, son banjo et sa voix caillouteuse, il racontait des histoires enchanteresses et chantait des chansons délirantes : « Tiens, tiens… j’ai dis « tiens ! »
    Arthur avait quelques années (« Pompiers, pompiers, j’ai les pompiers dans mon zizi ») et Higelin savait déjà qu’il serait bientôt un grand, un très grand, un immense artiste…
    Salut, Maître Jacques, so long…

    avril 7, 2018 at 2 h 10 min

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