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En conférence à Paris le 2 octobre, Rodger Kamenetz nous parle de bouddhisme, de judaïsme, de méditation et de Poésie [Interview]

En conférence à Paris le 2 octobre, Rodger Kamenetz nous parle de bouddhisme, de judaïsme, de méditation et de Poésie [Interview]

29 septembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Auteur américain du best-seller Le Juif dans le Lotus (1997, Calmann-Levy), qui a révélé au monde l’importance de la rencontre de rabbins avec le Dalaï-Lama et popularisé la notion de « Jubu » (Juif-Bouddhiste)Rodger Kamenetz est aussi poète, un essayiste qui a écrit sur l’identité juive, Kafka et Rabbi Nachman de Breslau et un spécialiste des rêves. Il est de passage à Paris la semaine prochaine et débat le lundi 2 octobre avec la moniale bouddhiste, Elisabeth Drukier, l’anthropologue Lionel Obadia et la spécialiste du phénomène juif-bouddhiste, professeure de méditation hassidique et fondatrice de l’association Neshama, à l’origine de la rencontre, Mira Miculescu.

Un concert de Jean Gabriel Davis est aussi au programme de cette soirée qui a lieu de 19h30 – 22h à l’Espace Culturel et Universitaire Juif d’Europe,  (75019, m° Gare du Nord) et sera filmé par AkademToute La Culture anime le débat et en prévision de la rencontre, nous avons eu quelques échanges précieux avec Rodger Kemenezt, un homme sage  et spirituel.

Pour s’inscrire : https://www.weezevent.com/judaismeetmeditation

Toutes les informations sont à retrouver ici.

Vous écrivez et des essais et des poèmes. Quel rôle joue la tradition et son étude dans votre expérience intérieure ?

Mon travail est poétique, bien qu’une partie soit en vers et une autre en prose. Mon premier livre, The Missing Jew (1979) était à la confluence de la mort de mon grand-père juif immigrant et le “vieux monde perdu”, une lecture d’un Talmud traduit bizarrement (celle de l’américain Michael Levi
Rodkinson) et ma réaction à ce texte, tout ceci écrit à la manière du poète américain objectiviste, Charles Reznikoff. Je dirais que dans un monde d’imagination j’ai toujours été hanté par les voix des rabbins, je pense que l’un de mes premiers poèmes Pilpul, écrit en 1976,exprime bien ma relation à la tradition, et comment cette dernière m’habite avec mes humeurs pour me rendre humain.

Pilpul
Rabbi, if a child is born with two heads
which head should wear the yarmulke
on which head the tefillin?
Some say the right head and some
say the left. All quote Torah.
Some say both heads, just in case.
But if a man is born with two heads
he is always confused. He never knows
on which head to wear the yarmulke.
Two heads and only two eyes.
He walks towards himself
in the old cemetery, where the rabbis
are buried. There seems to be some
disagreement: some are saying
we are dead; others, we are alive.
Some say both, all quote Torah.

Vous avez aussi inventé une nouvelle manière d’interpréter les rêves. Comment lier le rêve, la méditation et l’écriture de la poésie ?
Votre est question est trop grande pour une page ou même un livre ! J’ai écrit The History of Last Night’s dream pour explorer à la fois l’histoire de l’interprétation des rêves depuis la Genèse qui a sa propre et surprenante théorie des rêves et en passant par Berakhot 55B, le livre rabbinique des rêves, et après en allant jusqu’aux Actes des Pères de l’Eglise et puis Freud et Jung. J’ai commencé ma propre exploration des rêves avec un livre que m’a donné mon père, un livre mystérieux qui s’est révélé être un commentaire de la Genèse.
Mais bien sûr comme juifs nous recevons tous des livres de nos pères t de nos mères aussi – la Torah est un rêve et les rêves sont aussi une Torah comme l’enseigne le sage hassidique le Maggid de Mezritch. La pensée, les sentiments et certainement chaque rêve pourraient nous ramener au divin, si nous pouvions juste apprendre à en retrouver les racines. Les rêves approfondissent notre compréhension des sentiments, des relations et de la beauté et tout ceci même à la rencontre du sacré.

Croyez-vous au “dialogue inter-religieux”. Comment dépasser la controverse si l’on parle de vérité et de sacré?

Je crois dans le dialogue humain. Nous devons aimer nos voisins comme nous-mêmes et pour faire cela nous devons atteindre le point où la controverse cède le passage à l’amour. Apprendre à nous ouvrir à la beauté d’autres traditions approfondit notre appréciation de nous-mêmes. Comment peut-on dire le Shema (la prière la plus connue du judaïsme ndlr) et penser qu’il y a un autre tellement étranger ou différent de nous qu’on n’envisage pas de construire un pont ? Nous sommes le peuple qui prononcent l’Unique comme nom sacré. Quand nous plongeons assez profondément en nous, nous arrivons à la rencontre de l’autre. Bien sûr, il faut être prudent sur où commencer. Si nous commençons avec les différences, alors le dialogue ne peut pas commencer. Mais si nous cherchons d’abord ce que nous avons de commun, alors je crois que nous pouvons établir une base pour le dialogue. Dans le dialogue entre Juifs et Bouddhistes, le Dalaï-Lama a ouvert la conversation en demandant « le secret de la survie de la spiritualité juive en exil. C’était une question qui ouvre le cœur. Cela a donné envie au groupe juif d’échanger et d’apprendre du maître bouddhiste.
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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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