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Doit-on s’effrayer de ressembler à nos mères?

Doit-on s’effrayer de ressembler à nos mères?

12 décembre 2014 | PAR Nina Farge

Neurosciences et psychologues le certifient: les interactions avec notre mère sont la matrice de nos comportements sociaux. Cela est particulièrement sensible chez les filles: le lien fusionnel doit en effet permettre une construction identitaire en tant que sujet, femme et mère. De quoi tisser une relation complexe et ambivalente avec celles qui les ont mises au monde…

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Elisabeth Vigée-Lebrun, "Mme Vigée-Lebrun et sa fille", ou "la Tendresse".
Elisabeth Vigée-Lebrun, « Mme Vigée-Lebrun et sa fille », ou « la Tendresse » (1789)

Elles sont protectrices, distantes, attentionnées ou maladroites. Jamais « parfaites » en tout cas! Nos mères vont pourtant façonner nos comportements sociaux, composante essentielle de la personnalité- tout particulièrement chez les petites filles en recherche d’une identité féminine.

Pendant l’enfance, il faut répondre à leurs désirs, quitte à faire taire sa voix intérieure pour ne pas mettre en danger ce lien d’amour primordial: alors, on met sa petite robe à fleurs, on range sa chambre, on coupe la télévision pour aller prendre sa douche, et on se couche de bonne heure sans (trop) de colère…  Au fil des années, c’est toute une série de comportements qui va ainsi se trouver privilégiée ou prohibée chez l’enfant, formant la base d’une éthique personnelle au quotidien. Citée par le magazine Vice, la thérapeute et spécialiste des relations mère-fille Rosjke Hasseldine nomme « habitudes héréditaires » ces « croyances et attitudes que nous héritons de nos mères parce que nous avons passé notre enfance à les observer » – et à nous adapter à elles.

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Couverture du magazine "MUM", premier numéro
Couverture du magazine « MUM », premier numéro

Mais l’adhésion soumise et fusionnelle n’est pas le but d’une éducation en bonne et due forme: en tant qu’individu en germe, la petite fille est vouée à se différencier de sa pourvoyeuse de soins afin de voler de ses propres ailes. Une quête d’autonomie s’amorce à l’adolescence, avec parfois force gueulantes et revendications! De ce « couple » auparavant idéalisé, il ne reste alors que deux membres fragilisés et mis à l’épreuve, de l’émancipation pour la petite-fille, de la perte de pouvoir chez la mère.

De là les ambivalences du lien entre mère et fille, entre tendre interdépendance, idéalisation, déceptions, sacrifice voire rivalité… Les médias investissent d’ailleurs massivement ce terreau émotionnel contrasté et fascinant: face aux campagnes touchantes ou convenues du Comptoir des Cotonniers et aux numéros du magazine MUM auréolant ce couple sur papier glacé; des émissions plus vulgaires telles Hotter than my daughter révèlent sans langue de bois – mais avec mauvais goût – la jalousie parfois si prégnante.

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Emission britannique "Hotter than my daughter", épisode 1 (capture d'écran)
Emission britannique « Hotter than my daughter », épisode 1 (capture d’écran)

Nombreuses sont les femmes à renouer en fin de compte avec les habitudes héritées de leur mère, une fois dissipée la période trouble de l’adolescence. Si certaines s’indignent avec effroi de ces comportements qu’elles s’étaient jurées jadis de ne jamais reproduire, le phénomène témoigne néanmoins de la pérennité de l’attachement. Une fois l’autonomie acquise, affirmée et reconnue; ces coutumes deviennent modes de vie délibérés, témoignant non plus d’une subordination mais d’une filiation acceptée et assimilée. Un hommage à une mère qu’on comprend enfin et qu’on aime tant, malgré tout!

Visuels:

Elisabeth Vigée-Lebrun, « Mme Vigée-Lebrun et sa fille », ou « la Tendresse » (1789).

Couverture du premier numéro de MUM.

Emission britannique « Hotter than my daughter », épisode 1 (capture d’écran).

 

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Nina Farge
Étudiante en deuxième année de master "Administration de la musique et des arts du spectacle vivant" à l'université d'Evry, licenciée en "Lettres et Arts"; je me passionne depuis toujours pour la culture, et plus particulièrement pour la danse.

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