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Des lettres de Maurice Béjart vendues aux enchères

Des lettres de Maurice Béjart vendues aux enchères

07 décembre 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis


Écrites par Maurice Béjart à celui qui fut son interprète-fétiche, des lettres intimes sont misérablement dispersées lors d’une vente aux enchères

Ces lettres de Maurice Béjart, une quinzaine, dont certaines écrites à l’un des plus emblématiques danseurs du Ballet du XXe Siècle, à Jorge Donn, à celui qui fut son amant, son inspirateur, le créateur de nombre de ses chorégraphies, ces lettres où l’amour se mêle à l’art vont être vendues aux enchères ce lundi 10 décembre dans une salle des ventes proche de l’Opéra Comique.

Que de telles missives, éminemment personnelles, soient dispersée à l’encan si peu d’années après la disparition de leur auteur et de leur destinataire a quelque chose d’infiniment choquant, d’obscène même. Mais qu’elles soient vendues de surcroît au bénéfice d’une Maison Maurice Béjart censée défendre le patrimoine et la mémoire du chorégraphe paraît plus incroyable encore.

A Bruxelles effectivement, au 49, rue de la Fourche, au sein de ce qu’on appelle l’Ilot sacré, non loin du Théâtre royal de la Monnaie, le vaste studio où logea Maurice Béjart durant les trente années qu’il passa à la tête du Ballet du XXe Siècle, ce vaste logement atypique, après avoir été racheté par la Ville, a été transformé en musée, en centre d’archives et en lieu d’exposition. Le tout pour cultiver le souvenir du chorégraphe dans la cité où il créa « Le Sacre du printemps », chorégraphie géniale qui établira sa gloire dans le monde entier. Mais comment un musée consacré à l’un des chorégraphes les plus célèbres du XXe siècle, et qui doit avoir pour vocation de conserver des documents aussi intimes et aussi éloquents, comment peut-il accepter de permettre que ces derniers soient ainsi vendus, et de plus à son bénéfice, alors que sa mission première serait de les conserver pour la postérité?

Car ces lettres, outre leur caractère très personnel, sont des documents emblématiques de l’épopée béjartienne. Elles révèlent combien le chorégraphe mêlait ses sentiments personnels à son processus de création, combien l’être aimé devenait le moteur de son inspiration. Elles représentent donc l’essence même de la création chez un artiste qui disait n’être vraiment inspiré que par le corps masculin et qui œuvrait dans la passion, c’est à dire quand il était ému, inspiré par ses interprètes, quand son inspiration était portée à la fois par l’amour et le désir, et par celui qui les cristallisait.

Raphaël de Gubernatis

Salle Favart, 3, rue Favart Commissaire priseur Ader. Ventes de lettres et manuscrits autographes, lots 52 à 64, le lundi 10 décembre à 14h.

Visuel : CC

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Raphaël de Gubernatis

2 réflexions au sujet de « Des lettres de Maurice Béjart vendues aux enchères »

Commentaire(s)

  • Malguy

    Une lettre provenant d’un créateur tel que Béjart peut être considérée comme « Une création de l’esprit », donc protégée par le Droit d’Auteur pendant 70 ans après la mort de l’auteur. Il faut juste faire respecter la loi. PM

    décembre 8, 2018 at 16 h 25 min
  • arnold wohlschies

    Bravo Monsieur Raphaël de Gubernatis pour votre article, je suis moi aussi choqué, obscène, honteux, pas d’ autres mots, faites tourner. Merci.
    Arnold Wohlschies ex danseur ballet du XXème siècle. Maurice Béjart

    décembre 8, 2018 at 21 h 58 min

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