
Fragments d’une forêt de Patrick Mauriès
Journaliste, écrivain, éditeur, collectionneur amoureux fou des arts, Patrick Mauriès est un personnage aux multiples facettes. Né à Nice en 1952, il fonde la revue Le Promeneur en 1981, dans l’esprit des gazettes littéraires du 18ème. Revue qui deviendra par la suite une des collections de la maison Gallimard. Directeur des pages littéraires de Libération pendant un temps, il participe à la création de la revue FMR avec Franco Maria Ricci. C’est en 1979, qu’il publie Second manifeste camp, aux éditions du Seuil, grâce au soutien de son mentor Roland Barthes. Depuis, il a écrit une quarantaine d’ouvrages, biographies, essais et romans. Fragments d’une forêt qui n’entre dans aucune de ces cases là, vient de paraître aux éditions Grasset.
Sortant des sentiers battus, Patrick Mauriès rend ici hommage à un genre littéraire méconnu, qui existe pourtant depuis l’Antiquité. A la Renaissance, Erasme, Montaigne ou encore Francis Bacon avec le fameux « Sylva Sylvarum » ont participé à la survivance du genre. Mais qu’est-ce donc exactement que ces « Forêts » ? Pour un lecteur du 21ème siècle, ouvrir les pages d’une forêt, c’est un peu, osons la comparaison, comme faire défiler une page Tumblr ou un mur Facebook : on y trouve pêle-mêle des instants de vie, des réflexions, des souvenirs et des petites phrases qui en disent long (ou pas). Un fourre-tout qui rassemble aussi bien des émotions liées à des lieux, que des sensations furtives ou encore de véritables rencontres humaines, artistiques, littéraires. Bien sûr ici, la forêt n’est pas celle du premier clampin qui passe et qui aurait pour seule ambition de nous raconter sa petite existence mais celle d’un véritable érudit, qui a laissé mûrir avec le temps ses expériences et ses savoirs. Du haut-de-gamme, donc.
Inaccessible ? Oui plutôt, car la collection de fragments fait référence à de nombreuses figures peu ou pas du tout connues par le lecteur lambda. Mais l’auteur y tient, affirmant son ambition de vouloir résister à l’uniformisation de la culture si chère à nos sociétés actuelles. Et c’est là aussi tout l’intérêt de l’ouvrage. Et pour faciliter la compréhension, l’éditeur a eu la bonne idée d’y ajouter un glossaire qui apporte des précisions très utiles sur les protagonistes cités au fil des pages et qui permet de mieux appréhender le monde de Patrick Mauriès.
Même si l’ensemble peut paraître incohérent, il est tout le contraire : une fois assemblés, ces fragments, qu’ils soient références intellectuelles ou regard posé sur un instant volé du quotidien, définissent une véritable vision du monde. La Forêt de Patrick Mauriès renvoie à l’Angleterre et à l’Italie, à ses amours littéraires et ses valeurs morales. Un vaste monde où il est question de Hobbes, de Giorgio Manganelli, de Boris Kochno, où la virilité, le pathos, le luxe et les femmes côtoient le contre-ut, les utopies, Facebook et Roland Barthes. Un monde de connaissances et de réflexions à découvrir, tant pour la consistance du fond que pour sa forme insolite.
« Les forêts sont parcourues de bruissements ; ce sont des livres à la fois inventifs et sans originalité, des exercices d’admiration, des collections de merveilles, des galeries de miroirs, des recueils de voix attendant leur écho. »
Fragments d’une forêt (Disparates, 1) de Patrick Mauriès
Editions Grasset, Parution: Avril 2013
230p. Prix: 18€
ISBN: 978-2-246-79874-3