TU [viens] au Monfort ? : la saison est lancée!

12 septembre 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Spectacle d’ouverture de la saison du théâtre du Monfort, la création de Matias Pilet, donne à voir l’une des raisons d’être de l’art : une seule naissance ne suffisant pas, l’art s’offre à nous comme la possibilité de renaître.

Note de la rédaction :

Il eut été difficile pour l’équipe du Monfort de choisir meilleur candidat que le spectacle de Matias Pilet pour entamer les festivités 2016-2017. Déjà présenté au cours de la saison dernière, TU constituait en effet une excellente et belle manière de marquer le passage de relais entre les deux années. Mais, par-delà ce statut d’objet transitionnel, c’est surtout parce qu’il souligne combien l’art et la vie sont inextricablement liés que TU devait s’imposer sur le fil. Alliée à la vie et à la mort, l’acrobatie de Matias Pilet se fait le vecteur des douleurs et des tumultes d’une histoire singulière mais pourtant profondément universelle.

Solo au travers duquel Matias Pilet démontre toute l’étendue de son talent et de ses qualités d’interprète, TU s’appréhende bien mieux comme un véritable duo, comme un entremêlement de duos : celui d’un couple gémellaire, ceux formés avec des présences féminines fantomatiques, ceux immatériels qui relie, via la musique ainsi que le travail documentaire d’Olivier Meyrou, Matias Pilet au Chili. Ces duos constituent pour l’acrobate autant de tentatives de s’ancrer dans le sol. Quand il brave les courants d’air créés par les ventilateurs et les personnages filmés, c’est également la question de l’origine qui est posée et la place dans le monde de nous tous qui est interrogée. Sous nos yeux, se déploie donc la puissance de l’élan vital : ce besoin de se sentir vivant qui saisit tout un chacun, Matias Pilet, lui, en a fait son métier ; c’est son corps qui lui a donné les moyens de se sauver.

Dès lors, pour que cette renaissance advienne et qu’un déclic ait lieu, les mouvements doivent être répétés. La réitération des mêmes gestes laisse entrapercevoir l’entraînement nécessaire à l’acquisition d’un savoir-faire acrobatique, mais également la résilience imposée par l’épreuve du deuil, un deuil qui s’impose finalement comme une évidence. Le décès, quelques jours avant la naissance, de sa sœur jumelle devient le moteur de l’acrobatie et cette dernière celui d’une renaissance possible.

Cet éternel retour des mêmes gestes et mêmes sursauts peut toutefois lasser, et ce d’autant plus que le dispositif scénographique a tendance à envahir tout l’espace, prenant peu à peu le dessus sur le corps « nu » de l’acrobate. Le montage vidéo est superbe et Simon André nous fait don de jolies trouvailles scénographiques. Mais, à force de saltos par milliers et d’un bouquet surchargé de médiums, l’émerveillement cède la place à un sentiment d’overdose. Le spectateur, poussé par la partition profondément dramatique, peut se languir de ne pas assister à une renaissance explosive à l’image du déclic dont Matias Pilet a fait intimement l’expérience.

Visuel : © Olivier Meyrou


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