[Festival d'Avignon] Truckstop, les aller-retours d’Arnaud Meunier

12 juillet 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Jusqu’à maintenant, que ce soit avec Ivo Van Hove, Angélica Liddell ou le Blitz Theatre Group, cette soixante-dixième édition du Festival d’Avignon témoignait d’un rapport au texte et à l’image très inventif, mais avec Truckstop le directeur de la Comédie de Saint-Étienne et de son École offre un théâtre au texte faible et à mise en scène figée.

Note de la rédaction :

Malheureusement, Arnaud Meunier nous a déjà déçu avec sa version du Retour au désert fort aride. Pour Avignon il met en scène un texte de Lot Vekemans, Truckstop, qui tente de nous emmener dans le sordide d’un étap’ hôtel pour routiers.

Katalijne (Manon Raffaelli) est sur scène. Elle anone : « Plus de cent morceaux c’est impossible à recoller ». On devine des tables et des chaises et une ambiance grise. Grise mais pas glabre, et c’est cela qui pèche dès le départ. Arnaud Meunier n’ose pas se confronter à cette histoire glauque digne des meilleurs épisodes de séries policières. Les personnages s’installent. On découvre la mère ( l’immense comédienne Claire Aveline ). Elle aussi est grise, paraissant figée dans ce lieu triste. Cela fonctionne bien. Elle raconte ce que fut la grande époque du Truckstop, les heures de gloire où les routiers venaient dormir sur le sol tellement l’hôtel était plein. C’est le passé.

La direction d’acteurs leur impose une diction très appuyée sans aller jusqu’à la raideur d’un Nordey. Il y a ici des hésitations entre un jeu qui se veut fantastique et réaliste en même temps. Rien ne va plus au Truckstop. L’argent manque et Katalijne souffre de désordres mentaux, chose qui est exploitée en surface, seulement par touches par la comédienne. Pourtant, sa folie aura des conséquences graves sur l’harmonie de la famille.

L’homme de la situation est Remco (pertinent Maurin Ollès), l’amoureux de Katalijne qui rêve plus grand que lui. Il veut un camion qui brille dans la nuit pour pouvoir emmener sa belle « En Russie, en Pologne ». Mais rien ne se passe comme prévu. Le comédien offre un bon décalage et une distance avec le texte qui le fait entrer dans un univers onirique. Il faut saluer la bonne idée du spectacle, celle, très tôt dans la pièce, qui nous fait avancer dans le temps en nous faisant comprendre que ceux qui nous parlent sont des fantômes.

Les morts sont des stars au festival cette année et ce moment-là de la pièce est admirable : la musique environnementale de Patrick de Oliveira s’arrête au profit d’un son plus glacé. L’effet fonctionne réellement et la tension monte : pourquoi sont-ils morts ? L’erreur est de repasser par le vivant et de revenir à un état quasiment chronologique des choses qui donne à Truckstop une allure trop ralentie. Les événements se succèdent alors sans surprise, sans que la mise en scène qui nous place dans un huis-clos ne vienne bouleverser le tout.

Comment glisser sur une telle histoire? Pourquoi ne pas avoir appuyé sur les traits de caractère de chaque personnage ? Si Maurin Ollès est un parfait looser, Manon Raffaelli et Claire Aveline ne vont pas au bout de leurs rôles qui pourtant permettaient une tessiture de jeu infiniment plus percutante. Elle, la fille est prise par une douce folie, la mère devient une vénale abjecte. On devrait être transpercé, choqué par ce qui arrive. La violence des faits racontés est inouïe, mais le choc n’est pas celui d’une voiture qui roule à contre-sens sur l’A50 en faisant un carnage.

Visuel :

Truckstop © Craig Colvin


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