« Page en Construction » de Fabrice Melquiot à l’Aquarium.

16 mai 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

C’est l’histoire de Kheireddine qui commande à Fabrice l’écriture d’une pièce sur l’Algérie. Tout à la fois concert théâtre video et BD « Page en construction » raconte l’histoire d’un homme qui nous invite à écrire une nouvelle page de notre histoire commune …

Note de la rédaction :

« C’est beau l’amour, mais ça ne vaut pas la musique arabe quand elle est bien jouée », dit-on au Moyen Orient. Melquiot n’a pas entendu cet adage ou alors qu’il l’aurait entendu il a décidé de ne pas le respecter. Car sa pièce est aussi remplie d’amour que de très bonne musique arabe (envoûtant Larbi Bestam) sans que l’un interdît l’autre. Sans que l’on décide ce qui vaut ou ne vaut pas entre les deux. Il a fait mentir l’adage refusant de procéder au prôné arbitrage. Pire, il a ajouté à son cocktail une chanteuse merveilleuse (divine Sacha Carmen). Pire encore, du très bon rock jurassien (Romaric Bourgeois, sympathique gavroche) répond à la musique arabe dans une amicale conversation.

Ce n’est pas le seul ratage de Melquiot. Kheireddine Lardjam lui a commandé une pièce sur la guerre d’Algérie. Melquiot n’a pas voulu rendre compte de cette guerre sauf à évoquer ce qu’elle a produit d’un socle commun de référentiel qui se vide peu à peu de son sens en laissant derrière lui le geste réflexe d’une transmission essentielle autant que démodée.

Lardjman poursuivait un but, que la pièce de Melquiot soulage un peu son encombrante position, coincé ou perdu, c’est selon, entre l’Algérie et la France. Qui suis-je ? Qui est-il ce Kheireddine Lardjman ? Algérien, français, musulman, laïque, homme, femme, circoncis, incirconcis ? Dans cette époque de revendications identitaires fortes, du générationnel « Je suis Charlie » Melquiot brouille les pistes, feint de rater la question. Il recrute Lardjman lui-même pour jouer dans sa pièce, son héros sera pluriel, complexe, ambigu. Il deviendra même un super héros, AlgérioMan puis Captain Maghreb; et dans le magnifique final une danseuse voilée.

On l’aura compris Melquiot et Lardjman ont trop de talent pour se laisser intimider par des questions. Au delà de ces trois ratages,  nous est offerte une pièce émouvante, drôle, tendre, ambitieuse et courageuse. Une belle pièce. Une partition musicale merveilleuse. Une pièce intelligente (notons le travail sur le signifiant musulman, beau pour-soi, inquiétant pour le collectif). Il reste surtout la rencontre avec Kheireddine Lardjman notre frère en humanité dont l’envie de plaire, d’aimer et d’être aimé rince toute conviction. Une pièce médicament à ces certitudes de l’identitaire car, au fond, la renonciation à l’identité est la seule défense contre l’anéantissement.

Ce rinçage accompli, vient le temps d’écrire quelque chose de nouveau sur une Page en Construction. Avec le public qui se presse au Théâtre de l’Aquarium.

Credit Photos ©Vincent Arbelet

texte de Fabrice Melquiot
mise en scène Kheireddine Lardjam
collaboration artistique Estelle Gautier, lumière Manu Cottin,son Pascal Brunot, musique création collective, dessins Jean-François Rossi, vidéo Thibaut Champagne et Kheireddine Lardjam

avec Larbi Bestam, Romaric Bourgeois, Sacha Carmen et Kheireddine Lardjam


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