Nébuleuse Ménagerie à La Colline

7 avril 2016 Par Christophe Candoni | 1 commentaire

Dans une approche excessivement esthétisante et cérébrale, Daniel Jeanneteau signe une mise en scène maniérée et installée de La Ménagerie de verre en restituant certes la beauté fragile de la pièce mais pas sa viscérale intensité.

Dans son premier texte dramatique, Tennessee Williams signe un propos intime et délicat, entre réminiscences autobiographiques et mélodrame. Une même fragilité caractérise aussi bien les êtres mis en scène (une mère névrosée, son fils rêveur, sa sœur chétive, tous désemparés et éprouvés par l’abandon et la solitude) que les petits animaux entre autres objets précieux que collectionne la jeune fille pour compagnons imaginaires.

Daniel Jeanneteau propose comme écrin à la pièce un décor tout en voiles dont la ouate entoure un épais nuage rose et laiteux comme si la scène était plongée dans la solitude des champs de coton. Il sculpte un royaume imaginaire, une matière à rêve propice à la projection fantasmatique et mémorielle enveloppée des mélodies perlées d’Arvo Pärt, une belle évocation quoique assez lisse de l’oppression maladive suscitée par le cadre familial décrit dans un état de délitement.

Le scénographe de Claude Regy, amoureux de l’abstraction lumineuse, s’écarte du réalisme social et psychologique qui colle trop souvent au théâtre de Williams pour explorer sa dimension onirique. Celle-ci s’impose avec une poésie bien trop appuyée et assénée au point d’étouffer, annuler, ce qui fait l’univers du dramaturge où il n’est question que de corps, de nerfs à vif, de sueur moite, de soufre amer, d’élan rebelle, de pulsions insolentes, de passion débordante.

La grande Dominique Reymond a beau exceller en tyran domestique, en oiseau abattu, en ballerine virevoltante et cultiver une étrangeté, une grâce, une folie stupéfiantes qui rendent insaisissable et impossible à condamner la matrone monstre qu’elle interprète, on ne perçoit pas l’amour sincère du personnage ; ses partenaires développent un jeu fin et touchant mais tout perd en relief et en épaisseur dans cette atmosphère chimérique hors sujet.

Photo © Elizabeth Carrechio


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