« Ma Folle Otarie » de Pierre Notte au Lucernaire, touchant et pluriel.

17 mai 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Ma Folle Otarie raconte l’épopée d’un homme quelconque qui n’a jamais rien vécu et qui voit ses fesses tripler de volume. Il fuit le monde jusqu’à trouver refuge auprès d’une otarie qui sera la clef de tous ses mystères. La pièce de Pierre Notte crée en 2016 au Théâtre de Belleville revient au Lucernaire  et c’est tant mieux.

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On doit à Pierre Notte des pièces riches et joyeuses. Ses textes ont été traduits et présentées en France, en Allemagne, en Angleterre en Italie en Grèce en Autriche en Bulgarie au Japon aux Etats Unis, au Liban et en Russie. Rappelons,  L’effort du spectateur,  Moi aussi, je suis Catherine Deneuve , C’est Noël tant pis  ou Demain dès l’aube .Ou Perdues dans Stockholm. Avec « Ma folie Otarie » Pierre Notte poursuit son œuvre.

Brice Hillairet, acteur à la présence surprenante, se déshabille, enfile les vêtements d’un homme ordinaire. Ce personnage banal confronté à un fessier qui ne cesse de grossir vivra des péripéties drôles et touchantes; il imaginera une Esmeralda et lentement cherchera à se confronter à lui même ; et malgré une infirmité galopante, à la faveur d’une rencontre avec une otarie, il parviendra à s’accepter, à se confronter à lui même pour enfin se confronter à l’autre, inventer un « je » pour découvrir dans une extase contenue le «  nous ».

Nous cheminons sur ce parcours d’une fuite semée d’embûches et de mauvaises surprises; un  parcours initiatique que les individus pratiquent pour se constituer en homme libre et s’autoriser à devenir ce qu’il sont.  Après Victor Hugo et son Quasimodo ou son Gwynplaine, après Kafka et son Gregor Samsa de « La Métamorphose », Pierre Notte nous offre son monstre, avec la même poésie, et avec lui ce cadeau de penser autrement.  Brice Hillairet vient l’assister avec application et talent.
Si la pièce est une parabole universelle elle est aussi une métaphore de l’homosexualité. Il y classiquement dans la vie d’un jeune ou d’une jeune homosexuelle trois étapes métaphorisées dans la pièce, celle du faux semblant de l’hétérosexualité puis celle de la confrontation à un homosexuel ‘test’ et ‘référent’ et enfin celle de l’affirmation de soi même qui ouvrira à la découverte de l’autre et à l’autorisation de faire « nous » avec lui. On goûtera le génie du texte et du sous-texte avec en particulier la séquence Esméralda et la mère du personnage , la panique du personnage au milieu de la masse compacte dans un filet de pécheur ou le jeu entre lui et l’otarie.

Surtout, la pièce de Notte réussit à dépasser cette seule métaphore pour proposer à penser la différence. A ne pas rater donc, surtout..

Crédit Photos © Hennette
Texte et mise en scène Pierre Notte
Interprétation Brice Hillairet
Création lumière Aron Olah
Musique Pierre Notte

DU 10 MAI AU 24 JUIN.

Du Mardi au Samedi à 19H00.

Durée 1H10