Les Palmiers sauvages : Séverine Chavrier, une combattante du sentiment

7 juin 2016 Par Christophe Candoni | 1 commentaire

Aux Ateliers Berthier, Séverine Chavrier propose une adaptation audacieuse des Palmiers sauvages de Faulkner et fait de ses acteurs radieux des combattants du sentiment.

Cette fin de saison est un doublet gagnant pour Séverine Chavrier qui impose, avec deux spectacles très réussis, son geste théâtral aussi singulier que maîtrisé. Nous sommes repus mais pas repentis, une adaptation féroce du Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard, puis, Les Palmiers sauvages de Faulkner, présentés au Théâtre de l’Odéon et coproduits par Vidy-Lausanne, témoignent de la richesse d’un univers artistique où l’invention la plus débridée va de pair avec un sens aigu de la dissection humaine. La densité du matériau travaillé dans une approche totalisante du plateau éblouit tant la littérature, la musique, les arts plastiques, visuels et sonores se conjuguent et font sens.

Faulkner oblige, il y a du bruit et de la fureur dans ce beau spectacle, violent, doux, capiteux. Tout se délite dans un décor disparate, meublé d’antiquités et de vulgaires matelas qui jonchent le sol et forme un espace de luttes et de fantasmes. La passion brutale de Charlotte et Harry s’y déploie sous les augures du fracas sourd d’un orage grondeur et d’un vinyle vrillant. Pour devenir amants et se donner l’un à l’autre, ils ont tout quitté, se sont tout promis. Déroutant, dévorant, le théâtre de Séverine Chavrier est à l’image de l’amour exclusif, inconcessif, que se portent ses personnages. Il est singulièrement entier, ne fait pas dans la mesure, ne donne pas dans la retenue. Il ose, embrase, scotche. Il y règne une instabilité, une intranquillité, une vitalité et un spleen magnifiquement tenaces.

Les corps se cherchent, se trouvent, s’attirent, s’échappent. Dans l’errance et les turpitudes d’une relation qui s’essouffle, qui s’éteint, les comédiens Deborah Rouach et Laurent Papot sont splendides, vêtus ou non, en simple slip ou sous un linge qui ne couvre pas grand-chose de leur chair impudique et vigoureuse. Il y a en eux quelque chose d’adolescent et de fracassé. Irritants, déchirants, ils s’abandonnent à l’absolu et disent combien l’amour et la souffrance ne forment qu’une seule et même chose.

Photo © Samuel Rubio


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