L’écume des jours, entrez dans le Jazz au Théâtre Clavel

14 mai 2013 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Sans titreVous ne pouvez plus en souper de l’Écume des Jours depuis que Gondry s’en est emparé ? C’est un tort, car au théâtre Clavel, la jeune compagnie Charles et Stone en offre une version très fraîche, aux accents jazz bienvenus. Une adaptation belle et juste.

Duke Ellington nous regarde droit dans les yeux, il a son visage peint sur une grande toile blanche. Devant lui, tout est merveilleux. Les verres sont des sifflets, le piano lumineux fonctionne avec des jolies bouteilles, la célèbre souris est une marionnette à doigts. On y mange sur des disques vinyles et quoi qu’il arrive, il y a toujours une note de jazz qui vient ponctuer une phrase. Le monde de Nicolas (Magnifique Laurent Vigreux), Colin (tendre Vincent Leprette) Chick (exalté Jean Damien Detouillon), Alise (iconique Nawel Dombrowski) et Chloé (douce et triste Juliette Hebbinckuys) est merveilleux. Tout n’y est que volupté et désirs. Bientôt, l’écume des jours va arriver, la lumière va baisser et Duke va s’arrêter de jouer.

Les murs auraient-ils rétrécis ?

C’est avec beaucoup d’humilité que la jeune troupe qui a déjà cartonné au Off d’Avignon avec ce spectacle en 2012, revient au Théâtre Clavel avant de repartir pour une seconde saison avignonnaise. L’adaptation de Jules Poucet vient taper juste dans l’esprit du texte de Boris Vian. Ici, le passage du léger au tragique, le tout dans un surréalisme sublimé par les mots de la douleur est largement bien saisis et transmis.
Ils arrivent, tour de force, à livrer une interprétation personnelle et intelligente de ce roman mille fois lus par tous. Le décor se fait simple et très pertinent. La table, symbole de bouffe délicieuse menée d’une main de maître par le cuisinier hors pair Nicolas deviendra en un tour de passe-passe, le lit de misère de Chloé.
Les comédiens virevoltent dans une énergie musicale. Ils jouent la comédie, nous enseignent le Biglemoi, chantent et parfois se mettent au piano. Tous sont à leur place dans ce tourbillon du vieillissement où même les robes à pois finissent par manquer d’éclat et où toutes les conditions sociales finissent par se niveler vers le bas.

On rit souvent, pris par le flot de la légèreté. On s’arrête de rire encore plus souvent face à la maladie-nénuphar qui tue tout même l’amour et face à la drogue dure qui éloigne Chick de la belle Alise… c’est à vous donner envie de détester Jean-Sol Partre !

Du 6 au 31 juillet 2013 au théâtre Le Grand Pavois en Avignon. (Festival OFF D’Avignon 2013)

Visuel : (c) dossier de presse