« Le dernier Baiser de Mozart » de Alain Teulié

20 juin 2016 Par David Rofé-Sarfati | 1 commentaire

Vienne, décembre 1791. Wolfgang Amadeus Mozart vient de mourir. Constance, sa veuve, doit faire front. Seule et désargentée, il lui faut trouver le disciple capable de terminer le fameux Requiem. Franz-Xaver Süssmayr, qui ne la laisse pas indifférente, sera-t-il à la hauteur du Maître? Le dernier baiser de Mozart de Alain Teulié se donnera cet été à Avignon du 6 au 30 juillet à 19h05 au Théâtre Actuel puis sera repris à la Rentrée au Théâtre du Petit Montparnasse à Paris. 

Note de la rédaction :

Le mot « précieux » connait deux sens. Précieux est ici le mot qui s’impose à nous dès le lever de rideau et jusqu’aux applaudissements. Constance Mozart est veuve désormais, doit affronter des problèmes financiers importants, elle est à sa fenêtre, regarde dehors, imagine la suite. Franz-Xaver Süssmayr le disciple de Mozart, son intendant entre à cour et débute alors un échange durant lequel les deux endeuillés à mi chemin entre règlement de comptes et réunion d’État Major, vont aborder des sujets souvent étonnants comme leur relation adultérine, leur supposé enfant naturel, leur amour commun pour Mozart, leur vision de la vie et de la création, leur soumission à l’obligation économique. Précieux est le verbe de Teulié car son texte semble un ancien trésor retrouvé tant pour son contenu, on découvre beaucoup et chaque découverte nous enfonce un peu plus dans l’intime des personnages, que par sa forme car nous sommes en même temps que fixés à l’actuel transportés au dix huitième siècle. L’ensemble est inestimable; le décor, la musique étayent ce biais.

Précieux est l’esprit du texte car le talent de Delphine Depardieu comme de Guillaume Marquet,  car  l’exploit  de Raphaelle Cambray et ses choix de mise en scène ouvrent le texte à une réflexion riche et utile. Les deux anciens amants peinent à sentir le parfum d’un ancien érotisme qui a cessé d’exister avec Mozart car si dans l’adultère le mari cocu est indispensable à l’un comme à l’autre, à la relation même, une fois le mari mort l’érotisme se retire ne laissant que des stigmates tristes et insaisissables chez les deux orphelins. Raphaelle Cambray restitue cette précieuse conscientisation. La scène du baiser, ou plutôt de son ratage est précieuse. « Je n’ai pas épousé Mozart, à vous entendre on le dirait » se défend Sussmayer, Constance magnifique femme forte et volontaire aura compris de quoi sont fait parfois nos envies, elle qui aimait son époux pour son indiscipline et son humanité rebelle alors que son disciple en aimait seulement le génie et l’oeuvre. Elle aimait Wolfy, il aimait Mozart, ils ne partageaient que ce sentiment amoureux là. Constance lui demandera de finir le requiem inachevé de Mozart car désormais il ne prendra la place de Mozart qu’en imitant son écriture et sa signature. Il croyait voler la place du maître dans le lit de sa femme. Or, il était le volé, Mozart savait sa trahison, son fils naturel deviendra définitivement le fils de Mozart et le requiem ne lui sera jamais crédité. Et Constance déclare : – Je suis Mozart désormais. Même mort le mari trompé pose son patronyme sur ce fils, ce requiem et sa femme. Mozart embrasse tout, dans un dernier baiser.

Drôle d’histoire mais qui mieux que Mozart mort à trente cinq ans en nous laissant plus de 600 œuvres pouvait conduire Alain Teulié à nous offrir un moment si précieux de théâtre, à voir cet été en Avignon ou à la rentrée au Petit Montparnasse.

 visuel :

 


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