« Le bruit court que nous ne sommes plus en direct » : L’Avantage du Doute continue sa révolution

12 janvier 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le collectif L’Avantage du Doute est connu des services. En 2012, on découvre sur scène V, 18 ans en 68, entouré des trentenaires Mélanie Bestel, Judith Davis et Claire Dumas. Pour Le bruit court que nous ne sommes plus en direct, un garçon a rejoint l’équipe », Nadir Legrand. Et finalement, avec Simon et sa bande de jeunes la question est toujours la même : qu’est-ce qu’il reste de la révolution ? Ou, comment en 2016, peut-on créer une utopie médiatique ?

Note de la rédaction :

Simon, Mélanie, Judith, Claire et Nadir se réunissent en conférence de rédaction et, visiblement, dans leur journal de fortune, ça caille. Ils sont vêtus comme des clodos, se réchauffent avec des couvertures mais tout ça ne compte pas. Ils sont, posés sur leurs chaises inconfortables mais raccord avec leurs idéaux. Le projet est simple : faire une télévision éthique, qui se nommerait Etik TV. Ici, l’écran est un drap et la régie est un peu aléatoire.

Evidemment, ici, les réunions sont l’occasion de discussions infinies sur le sens de la vie et de la société. On se marre beaucoup d’entrée de jeu. Tous jouent la caricature d’eux-mêmes. L’idée de cette télé est de répondre au flux incessant d’informations. Alors, comment choisir les sujets ? Qu’est-ce qui peut être pertinent en slow-info ? L’affaire du cercle de l’industrie de DSK ? La philosophie de Mylène Farmer ou une phrase glanée dans le RER A ?

Ce que vient pointer le spectacle c’est la relation au « dilemme », c’est-à-dire le point soit de compromis soit de culpabilité qui vous fait douter. Une télé ethnique sans télé-spectateurs ou une télé au vernis éthique à  fort audimat ?

« Marx a écrit le Capital pas La Sécurité sociale » est une des répliques parmi mille lancées à toute allure. Il y a du rythme ici, une énergie folle à vouloir sincèrement arrêter la machine pour la faire mieux repartir. C’est aussi l’histoire d’un piège, qui fait que l’image prendra le pas sur le sens. Rien à faire, l’utopie ne marche pas. Isolés, les apprentis journalistes glissent dans une précarité qui n’intéresse qu’eux. On rit de leurs petits arrangements avec leurs rêves. C’est toujours Simon qui tient les rêves d’ailleurs. Lui il a connu les débuts de Libé et pense refaire une nouvelle fois sa vie. Il a cette part immortelle des soixante-huitards. Il fait du bien Simon à vouloir toujours que tout marche. Mais personne ne peut être dupe, ici, tout le monde va mal et personne ne dort plus la nuit depuis longtemps.

La galerie de personnages est volontairement très caricaturale : le bab, la jeune louve des médias, la trentenaire stérile, la belle qui se cache sous des vêtements moches, l’altermondialiste… Forcement chacun se retrouve dans l’un d’entre eux et l’Avantage du doute nous met face à notre miroir bien déformé qui reflète celui que nous aurions voulu être.

Sur Etik TV on montre patte noire et non pas blanche. On ose dire, un temps, que non, ça ne va pas. Il y a ici une légèreté propre au désespoir. Ce serait donc impossible de concilier vie matérielle et éthique ? L’expérience de cette chaîne de TV éphémère est un huis clos sur les préoccupations de ce groupe aux illusions à la fois perdues et vives.

C’est un spectacle foisonnant aux références infinies, tant cinématographiques que philosophiques. Où l’humour, voir parfois le mauvais gout, vient nous montrer le petit bain à l’eau louche e dans laquelle nous barbotons.

Le bruit court que nous ne sommes plus en direct  est une fausse plaisanterie. Et si on  s’esclaffe, c’est bien parce que, nous sommes, public, en direct de l’émission, acteurs de notre propre misère. Et en fait… ça fait du bien.

Visuels :© Théâtre de la Bastille


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