[Festival d’Avignon] Trop conservateur, un Lenz bien ennuyeux

10 juillet 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Créé en 2012 au Festival de Salzbourg, le Lenz de Büchner que présente la jeune metteuse en scène autrichienne Cornelia Rainer, bouffi d’un classicisme plombant, n’a rien d’autre pour plaire que son formidable interprète, Markus Meyer, dans le rôle-titre. Croulant sous l’académisme, le spectacle ennuie et déçoit.

Jakob Michael Reinhold Lenz, poète errant et souffrant trouve refuge à Waldersbach, un petit village alsacien isolé loin de l’agitation du monde, chez Monsieur le Pasteur dont la vie morne et rugueuse se voit bousculée par l’arrivée de l’inconnu. Dans le grand décor mal exploité, les cimes vosgiennes ont laissé place à un manège de montagnes russes. Replié à l’intérieur exsangue de la grande structure en bois, les membres de la famille d’accueil s’affairent à coudre la laine et cuisiner la pomme de terre ; une fois exempts des nombreuses tâches domestiques, ils ne font que prier le Seigneur. Dans la Cour du Lycée Saint- Joseph qui vit passer Nicolas Stemann ou Falk Richter entre autres dignes représentants d’une scène contemporaine allemande habituellement novatrice et stimulante, on découvre Cornelia Rainer, une jeune artiste trentenaire qui signe un spectacle extrêmement compassé, d’un classicisme hors d’âge. Tout est sagement littéral, illustratif, figé, surindiqué dans son spectacle monté sans véritable inspiration ni enjeu à l’exception du beau travail réalisé sur le son et la musique. Markus Meyer s’impose néanmoins comme une figure vibrante du poète en crise. L’acteur joue aussi bien sa fougue lyrique avec une allégresse enfantine et exaltée que les troubles affectifs et la torture existentielle du personnage souffrant de démence et d’inertie, envahi et abimé par le vide, l’échec. Condamné au mal-être, l’homme sans but demeure insauvable. L’action est l’âme du monde. Il faut agir, dit la nouvelle de Büchner, qui exhorte à chacun de se saisir pleinement des choses, d’intervenir sans compromis. Cornelia Rainer aurait davantage dû en tirer la leçon.

© Christophe Raynaud de Lage


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