[Avignon Off] « C’est la guerre » au théâtre des Barriques : la mémoire puissante de Louis Calaferte

5 juillet 2015 Par
Maïlys Celeux-Lanval
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 Lorsque Louis Calaferte écrit C’est la guerre en 1993, un demi-siècle le sépare de ses souvenirs. Il y raconte son enfance marquée par l’Occupation, ses jeux ternis par la terreur et le quotidien noir de la misère. Cette mémoire se tisse au fil de souvenirs fugaces, traces du passé devenues indélébiles : des éclats de voix, des bruits, des expressions, des moments tourmentés, qui s’incarnent dans la mise en scène de Véronique Boutonnet en de courts tableaux puissants.

C'est la guerre

Sur la scène du théâtre des Barriques, le décor est fait de quelques cageots empilés. La misère règne, mais est sauvée par une forme de grâce à travers un subtil travail sur les lumières. Dans l’ombre, un piano : quelques notes à gauche, une phrase lancée à droite, une phrase répétée sans cesse. C’est un enfant qui crie. C’est Louis, enfant, et ses deux amis, ici joués par Richard Arselin, Franck Etenna et Véronique Boutonnet.

« C’est la guerre ! », les bruits explosent comme des obus, les phrases s’entrechoquent dans la mémoire de l’écrivain : elles sont la mémoire de l’univers sonore de la période de l’Occupation. De quoi parlaient les Français, que savaient-ils de l’ennemi, qui résistait ? Que répétaient-ils sans cesse ? À quoi jouaient les enfants de la guerre ? La puissance de l’évocation de Louis Calaferte est troublante : en faisant éclater dans l’air de 2015 les phrases de 1940, en ravivant les babillages passés et oubliés, il offre à la mémoire de la guerre une nouvelle forme d’existence, une forme infime, enfantine. C’est un peu comme si on pouvait entendre le passé dans un coquillage théâtral.

Véronique Boutonnet propose une mise en scène élégante, tout en camaïeu de bruns : la scène est plongée dans un clair obscur de tableau. Toutefois, C’est la guerre ne se fige jamais en une vision esthétisante, les trois acteurs apportant au texte de la joie et la tristesse dans un même élan, l’accordéon à la main et le visage tordu en mimiques pittoresques. L’émotion est grande, la mémoire noble.

Informations pratiques :

C’est la guerre
Au théâtre des Barriques, 8 rue Ledru Rollin, Avignon
Du 3 au 26 juillet 2015 à 14h30
Réservations au 04 13 66 36 52


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