« LA ROUTE DU LEVANT » au Collège de la salle, SUBSTANTIEL [AVIGNON OFF]

24 juillet 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Plusieurs pièces ont déjà traité la question du djihadiste, toujours avec faiblesse, souvent avec complaisance. Jean-Michel Van den Eeyden monte un texte de Dominique Ziegler et enfin la chose est saisie, nous enseignant beaucoup et au passage gommant les autres pièces. Enfin!

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Le dispositif est simple. Un suspect, postulant djihadiste est interpellé avant son départ en Turquie. Il est interrogé par un enquêteur. Ce sera l’occasion d’un échange, d’un sincère dialogue et d’une passe d’arme entre deux mondes.

Au delà de la peur et des préjugés, « La Route du Levant » nous plonge dans un huis clos oppressant pour tenter de comprendre la radicalisation religieuse. Les deux hommes dans un commissariat de banlieue s’affrontent. Le premier défend la République et ce qu’elle offre comme opportunités à celui qui poursuit l’accomplissement de sa vie et le bonheur. Le second tient tête, déplie sa propagande sectaire et nous fait découvrir une jeunesse d’enfant gâté capricieux où l’ennui et les désillusions se sont retirés au profit d’une utopie déjà défaillante.

L’interrogatoire est tendu. Jean Pierre Baudson, on connait son talent de comédien, orchestre admirablement le duel. Grégory Carnoli, fantastique est plus vrai que nature. Il nous permet l’impossible, le dégoût mais aussi une empathie pour ce frère humain perdu. Nous ne sommes plus spectateur de théâtre  mais  un témoin au cœur même de cette salle de commissariat.

La seule question qui vaille, celle qu’aucune autre pièce sur le sujet n’a eu le courage d’aborder, est la question cruciale des facteurs qui poussent nos jeunes à épouser cette cause aussi naturelle pour eux qu’effarante pour nous.

On comprend enfin la mécanique de la propagande et de l’endoctrinement. Tout est vrai dans le discours djihadiste sauf peu de choses choisies malicieusement. Ces petites choses complotistes, délirantes, illuminés et populistes ajoutées à une lecture paranoïaque du monde modifie le paradigme. Le jeune pense ailleurs, dans un monde qui n’existe pas et qu’il partage pourtant avec ceux là qui constituent sa nouvelle secte.

La pensée djihadiste est une pensée de l’absolu. Le coup de génie de la pièce tient à ce que le flic serait parfait sauf qu’il boit. Il est républicain, de gauche, empathique mais il boit. Et l’absolu islamiste ne croit qu’à la perfection. De cette imperfection là,  le jeune va s’en emparer et réfuter l’ensemble de la société. Le flic est terrassé par l’argument irréfutable de cette non perfection qui est admise et essentielle dans nos sociétés libres.

Une partie de la mécanique est dévoilée. Le spectacle brillant, à ne pas rater, ouvre le débat, enfin!

Interprète(s) : Jean-Pierre Baudson, Grégory Carnoli
Metteur en scène : Jean-Michel Van den Eeyden
Collaboratrice artistique : Line Guellati
Créateur lumière : Julien Vernay
Créateur sonore : Vincent Cahay
Régisseur : Arnaud Bogard, Samson Jauffret