Création mondiale de « Infinite now » de Chaya Czernowin à l’Opéra de Flandre

20 avril 2017 Par
Yaël Hirsch
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Ce mardi 18 avril, c’est à l’Opéra de Gand qu’a eu la création de l’exigeant opéra de la compositrice israélienne Chaya Czernowin, Infinite Now. Inspiré par la pièce FRONT de Luk Perceval, mis en scène avec austérité par ce dernier et incluant un travail électronique en partenariat avec l’IRCAM, Infinite Now multiplie les couches de voix et de son pour proposer une expérience d’immersion dans un no man’s land plein de sensations.

A noter : Infinite now se donne le 14 juin prochain à la Philharmonie de Paris.

Infinte now

Infinite Now part donc d’une pièce créée par Luk Perceval pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, FRONT. Mais cet opéra se veut tout sauf un travail de mémoire – que ce soit en honneur des héros ou en empathie pour la terreur des tranchées. Les extraits de récits de Erich Maria Remarque et Henri Barbusse choisis par Perceval sont donc mélangés à une histoire plus banale de l’auteur chinois Can Xue où une jeune-femme retourne à la maison de son enfance, dans un sentiment oppressant d’inquiétante étrangeté. Arguant qu’elle ne veut pas et ne sait pas faire du divertissement, Chaya Czernowin refuse donc l’Opéra avec dramaturgie et personnages flamboyants pour en faire une expérience confrontante et intérieure. La musique fonctionne en plusieurs couches et résonne dans l’ensemble du théâtre où Czernowin travaille avec l’espace en considèrant tous les sons comme de la musique. Son opéra est fait de silences, de chuchotements, d’instruments, du travail acousmatique sur les bruits de train, de machine à écrire ou de grenades, des paroles d’acteurs (qui sont au nombre de six) et des voix des chanteurs (six également, répartis en deux trios).

Et cette musique-expérience exigeante est d’autant plus structurée (6 actes qui se répondent) que le scénario est fragmenté. Il n’y a pas vraiment de livret, mais des extraits de textes de FRONT et du roman de Can Xue qui se font – ou pas- écho. Dans la mise en scène minimaliste de Luk Perceval qui n’aime pas non plus « donner du miel à des singes », selon l’expression allemande et pour qui l’art se doit d’être exigeant, la pénombre règne. On peine à voir qui chante ou qui dit quoi dans une masse informe et néanmoins mystique. En effet, les tranchées sont étrangement toutes en verticalité, le rideau de noir s’ouvre sur une lumière très diffuse au fur et à mesure où la pièce avance, et les 12 personnages se tiennent debout et statiques comme dans un Kabuki où la hauteur d’hommes serait aussi limitée de bas en haut. Ce n’est pas avant le 4e acte que certains personnages s’asseyent ou se plient. La seule chose qui se meut dans cette proposition scénique qui renvoie chacun vers une concentration sur la musique, ce sont les mots. En effet, tous les textes sont projetés aux murs dans toutes les langues de la Première Guerre mondiale : Anglais, en Français, en Flamand et, bien sûr, Allemand.

Le résultat est 2h30 d’expérience sensuelle et expressionniste où l’on ne médite pas tant sur la violence et la guerre, que sur cet entre-deux qu’est la vie vantée par le dernier acte. Nous tous, dans l’antichambre de la mort, nous tous, enfants d’Europe et des violences de la guerre, nous rentrons à la maison quand nous nous connectons dans les limbes du sous-sol de la maison de l’enfance ou quand nous retrouvons la terre meuble et humide des orages d’acier. Exigeant – voire même intransigeant- Infinite Now est un opéra très singulier qui s’expérimente plus qu’il ne se regarde et s’écoute.

Infinite now, Opéra de Gand jusqu’au 23 avril, Opéra d’Anvers du 30 avril au 6 mai.

visuels: photo officielle.


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