Parcelles de Nans Martin: Fragments d’une danse désincarnée

1 février 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

La nouvelle création du jeune chorégraphe tout à la fois reflète et trahit l’esprit de la compagnie qu’il a créé en 2012 et joliment prénommée les laboratoires animés. Si Parcelles laisse entrevoir le côté expérimental, il lui manque l’aspect dynamique suggéré par l’adjectif. Sur scène, les corps des interprètes peinent à véritablement se mettre en mouvement et ainsi nous entraîner avec eux.

La programmation du festival Faits d’hiver offre à la jeune création un espace privilégié dans lequel laisser libre cours à son imagination. Après Scarlett d’Arthur Peyrole qui nous avait conquis au Théâtre de la Cité International par son lyrisme si poétique, cette semaine c’était au tour de Nans Martin de nous présenter Parcelles sur la scène de Micadanses. Diplômé comme Peyrole du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, Martin aspire dans ses propres créations à s’émanciper de sa formation initiale en danse classique et contemporaine, à ne pas s’attacher à ces genres particuliers. De création en création, ce chorégraphe globe-trotter construit une œuvre perméable au monde et aux inspirations multiples. L’édito du programme du festival nous assurait que l’idée de fragmentation implicite dans le titre ne nous promettait pas une soirée en pointillés. C’est pourtant sur des points de suspension que celle-ci s’acheva, les trois duos composant Parcelles ne nous touchant jamais complètement.

Faire du corps le territoire in situ de la danse telle est l’intuition qui guide depuis longtemps Nans Martin et qu’il choisit d’investir autrement dans Parcelles en proposant de confronter le corps des interprètes à la singularité des mouvements. Le projet est donc ambitieux, un peu trop peut-être, puisqu’il s’agit de capturer ce qui fait un geste et déjà ne l’est plus. Aussi, les danseurs s’adonnent-ils à une tâche laborieuse : ils sautillent, ils marchent, tombent ou restent immobiles. Les corps se croisent, rarement s’influencent les uns les autres puisque seul le dernier duo parvient véritablement à provoquer la rencontre, en twistant avec modernité la technique du porté. Si l’on comprend qu’effectivement la répétition pourrait constituer un terrain propice à l’appréhension de l’émergence du mouvement, le corps-auteur, trop enchaîné dans cette redondance infernale, finit par se perdre et se noyer dans l’espace. Lentement il disparaît, cédant peu à peu à l’ennui sa place sur le plateau.

Malgré la déception, Nans Martin mérite amplement de figurer au programme de Faits d’hiver pour la simple raison qu’à l’instar de Peyrole ou d’autres il a le courage de forger et d’élaborer une danse à l’identité singulière et forte. Alors oui, cette danse de parti-pris peut parfois rater sa cible ou laisser le spectateur insensible, mais l’on se doit d’encourager la poursuite de tels laboratoires d’exploration. Expérimenter, c’est aussi échouer, et puisque Martin a choisi de prendre le temps, de donner à la danse le temps de s’épanouir, faisons donc nous-aussi le pari de laisser à ce jeune chorégraphe le temps de nous conquérir avec ses prochaines créations !

Visuel : Parcelles de Nans Martin

Spectacle donné les 27 et 28 janvier à 27 janv. 2016 à Micadanses

 


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