« Icon » de Sidi Larbi Cherkaoui à la Villette

4 juin 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Avec Icon  le chorégraphe flamand Sidi Larbi Cherkaoui nous revient avec des interrogations à mi-chemin entre collectif et intime. Il tente ici de mettre en scène les mille et une façons que nous avons de créer nos idoles et nos dieux, ces icônes fragiles qui s’évanouissent devant d’autres tout aussi fragiles..

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Le spectacle commence dans une sorte de danse votive. On retrouve la patte de Cherkaoui, les corps semblent fondre dans une masse indistincte de corps. Des vêtements amples plissés concourent à la beauté de cette fusion. Au sol des êtres d’argile que bientôt les danseurs piétinent représentent le sacré de nos existences et des rapports entre elles. La dépiedestalisation et la déstructuration a commencé. Le groupe éclate et chacun tentera de s’affirmer individuellement. Ainsi dans une suite de tableaux, et à chaque tableau sa réponse, trois tonnes d’argile seront sculptées en direct.

La question posée est brûlante, peut on changer notre passé pour modifier notre futur et ainsi notre destin. Cherkaoui au fond interpelle la résilience en cela qu’elle ne change rien là où la psychanalyse sait réinterpréter. On retrouve le talent du chorégraphe belge pour mettre en corps et en troupe l’harmonie instable du monde, et la beauté de cette harmonie sans cesse en danger.

Les motifs se succèdent, toujours pluriels et équivoques, le narcissisme, la compassion, la consomption et la réparation, l’idolâtrie, le théâtral et la timidité, l’assignation des êtres qui les enterre vivant et lors d’un splendide final  la construction d’un dieu à l’image de l’homme,

La glaise et les mots, deux tirades en anglais sont clamés par le chœur des performeurs, apparaissent ainsi dans l’oeuvre de Sidi Larbi Cherkaoui et ces deux nouveaux éléments sont éloquents cependant que collants, visqueux, dérangeant ou sales.

L’ensemble est magnifique et envoûtant. Toutefois, Cherkaoui veut trop en dire et le spectacle devient verbeux, bavard, trop complexe. A vouloir trop embrasser, son discours, on sait l’artiste très politique, n’atteint pas sa cible. Reste l’intelligence de la mise en forme de sa pensée, et la beauté magnétique de sa danse.

 

 

Crédit Photos@Mats Backer