« Hope », Annabelle Lopez Ochoa côtoie Pina Bausch et Martha Graham à l’Opéra des Flandres

14 mai 2017 Par
Yaël Hirsch
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Ce samedi 13 mai avait lieu la première de « Hope« , un combiné féminin et peut-être même féministe de chorégraphies amazones.Aux côtés du mythique Café Müller (1978) de Pina Bausch, une pièce maîtresse de Martha Graham était à voir, Chronicle (1936) ainsi qu’une création de la chorépgraphe belgo-colombienne, Annabelle Lopez Ochoa, Ecdysis. Un trio qui permet de revisiter un pan de l’Histoire de la danse avec l’excellent Ballet des Flandres, à voir avant le 4 juin.

hope

Les chaises sont en place. La fosse d’orchestre est recouverte et la porte tambour est prête. Nous sommes dans un café rétro quelque part en Allemagne et c’est une femme qui entre en scène la première, blanche apparition déjà effrayée de ce qui va suivre. La musique filtre par les haut-parleurs, c’est Purcell enregistré. La musique va et vient. Un couple se suit avec ardeur pendant que l’apparition se cache pour guetter. Ils s’enlacent, fort imprimé l’un en l’autre mais un tiers les détache avec une brutalité obstinée. Le corps se débat, malgré le message qui ne passe pas, et les enlacement se font aussi têtus que la force de séparation. Une femme maquillée et habillée passe, comme un appel d’air de couleurs. L’apparition blanche poursuit sa mystérieuse tache, elle erre entre les chaises tandis que Didon se lamente, et un homme essaie de faire tomber guéridons et chaises pour lui laisser le passage dans un fracas étrangement inquiétant. Tandis que le café se démantèle, le couple continue de tourner, mais avec une violence qui les plaque avec bruit au mur. L’obscurité tombe et tout a été montré mais rien n’a été dit sur le courage, l’obstination et le manque de communication. La fidèle interprétation de ce monument de l’Histoire de la Danse par le Ballet des Flandres est une bénédiction. Voir Café Müller en vrai, aussi bien incarné, est un véritable moment de grâce.

Le temps de changer le plateau et de laisse place à l’Orchestre qui dirige Daniel Inbal, l’on fait un bond en arrière mais vers une pièce tout à fait matriarcale et surprenante. Imaginée en réaction au nazisme et a franquisme, Chronicle (1936) de Martha Graham commence comme une interprétation de Carmen par Loïe Füller. Toute de rouge vêtue et jouant de ses gouffres de jupons, une femme tourne comme un soleil des origines autour d’une rocher qu’elle recouvre sous son giron flamboyant sur une musique capiteuse et orientalisante de péplum. C’est alors qu’entrent en scène une série d’Amazones noires, sylphides, mobiles et prestes dans une danse tribale qui finit de conférer à la mère rouge et tribal un sens féministe clair. Une pièce déroutante et graphique, qui ressemble à un culte ancien remis au goût du jour.

Après un temps de pause plus court, place à la création de Annabelle Lopez Ochoa. Alors que la chorégraphe née à Louvain est acclamée pour son travail avec le Scottish Ballet pour Un tramway nommé désir, Ecdysis s’inscrit dans la droite lignée de celle de Martha Graham en pointant vers une horde originelle de femmes toutes puissantes. La musique est un peu plus mobile mais reste pleine d’accents orientaux et surtout, aux sauts des amazones parties à la guerre la chorégraphe ajoute toute une réflexion sur la mue et le fait de laisser sa peau de reptile derrière soi. L’ecdysis c’est justement se débarrasser des cuticules mortes et si la pièce souffre un peu du compagnonnage avec les deux chefs d’oeuvres qui la précèdent, si les danseurs en maîtrisent peut-être un peu moins les contours, il n’en demeure pas moins que le public voit toute l’agilité et l’originalité de la proposition. On sort de ces 2h40 de danse contemporaine avec la sensation d’avoir passé un moment extraordinaire avec trois femmes chorégraphes pionnières. De quoi donner plein d’espoir, donc et de voiloir absolument suivre le travail de Annabelle Lopez Ochoa.

visuel :  Nancy Osbaldeston & Laurie McSherry-Gray aux répétitions de ‘Café Müller’ (Pina Bausch) © Filip Van Roe


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