Jonglage cérébral et nappes de synthé: « Slow futur » du Cirque Bang Bang

28 février 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Par Araso et Mathieu Dochtermann

Le Cirque Bang Bang, c’est un duo de jongleurs en constante interrogation de leur discipline, Elsa Guérin et Martin Palisse. Ils ont convié le groupe Zombie Zombie, à la musique toute de beats et de nappes de synthétiseur, pour les accompagner sur leur dernière création, Slow futur, présentée à la Villette en Cirques du 26 février au 6 mars. Un spectacle aussi épuré qu’étudié, froid, technologique, futuriste, et tout-à-fait fascinant.

Note de la rédaction :

Un tapis roulant, des marches lumineuses à chaque extrémité, un éclairage stroboscopique tubulaire, des balles de jonglage. Question décor on est à la croisée des chemins entre Billie Jean de Michael Jackson et l’art cinétique. Les Zombie Zombie en arrière plan dégainent l’artillerie lourde pour faire monter la température: deux batteries, une table de mixage et autant de musiciens. Les puristes adoreront, les amateurs de la Villette Sonique aussi. Les Bang Bang entrent en scène, le visage fermé, en streetwear coordonné à capuche. Clairement, ici on ne plaisante pas.

Slow futur est un spectacle de dialogue, mais de dialogue très subtil, à la limite du saisissable. Dialogue entre les deux jongleurs, d’abord, qui s’astreignent au défi de jongler à deux sur un tapis roulant de 8 mètres de long. Dialogue entre les dimensions, ensuite, la présence du tapis créant, nécessairement, une horizontalité assez inaccoutumée dans un spectacle de jonglage. Dialogue entre les mouvements, très chorégraphiés, des deux circassiens, et la musique jouée en direct par les trois acolytes de Zombie Zombie. C’est à l’endroit de ces interactions, ténues, subreptices, entre toutes ces dimensions – individualités qui se rejoignent, plans de déplacement, mouvement, lumière et sons – que se situe l’intérêt du spectacle. C’est là que réside sa magie. Et pour mieux mettre ces moments en exergue, ils sont rendus rares et exceptionnels dans cette mise en scène extrêmement travaillée.

Disons le tout de suite, il ne s’agit pas là d’un spectacle facile. C’est un spectacle résolument moderne, presque expérimental, très dépouillé, à la progression très lente, sans aucun fil narratif évident, que le Cirque Bang Bang propose ici. Derrière les lumières crues des néons et des spots bleus, derrière la maîtrise formelle de deux jongleurs qui arrivent à être parfaitement synchrones dans des figures compliquées tout en luttant contre le mouvement inexorable du tapis, derrière une musique âpre aux sonorités très électroniques, se cache un travail d’écriture très élaboré, qui donne à voir de beaux moments de rencontre au sein d’un univers soigneusement construit et contrôlé.

Il n’y a pas d’autre façon d’entrer dans cet anti-spectacle que d’accepter de se soumettre à ce temps ralenti, ramolli, pulsé par à-coups où les codes du cirque comme les gags, le show, les prouesses techniques évidentes sont restés en coulisses. Il n’a pas plusieurs niveaux de lecture mais un seul, réservé à un public d’initiés qui fréquente aussi les salles de théâtre et de danse. A ce public-là s’offrent des balles nichées sur le sommet des crânes comme des offrandes à des flèches invisibles, des regards d’une intensité folle, un échange hypnotique qui s’achève dans deux petits cercueils de lumière. Et quand la lumière s’éteint, le spectacle recommence, se digère, se transforme, dans les têtes.

Slow futur par le cirque Bang Bang
Musique originale Zombie Zombie
Jeu Elsa Guérin, Martin Palisse, Étienne Jaumet, Cosmic Neman, Dr Schonberg
Création, construction installation lumineuse et régie lumière Thibault Thelleire
Construction scénographique Stephan Duve
Régie son et plateau, direction technique Gildas Céleste

Visuels © Christophe Raynaud de Lage


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