LA SÉLECTION POP-ROCK-INDÉ-ELECTRO-RAP DE SEPTEMBRE

14 septembre 2018 Par
La Rédaction
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Chaque mois, la rédaction musique de Toute La Culture.com fait le tri parmi ses coups de cœur « pop ». Place à la musique du peuple ici, où les guitares croisent autant les pads que les violons. Enjoy!

mmph : Serenade 

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Sae Heum Han est un jeune musicien sud-coréen de vingt quatre ans, installé à Boston et issu du Berklee College of Music où il apprit le violoncelle classique. Serenade est le deuxième EP de son projet musical mmph situé à la croisée du classique et de l’avant-garde électronique. Les cinq morceaux sont présentés comme des mini suites wagnériennes déconstruites et utilisent une vaste palette de sons orchestraux et électroniques. Une danse sauvage dans Menuet, des choeurs que l’on aurait injectés dans une boite à rythme en transe sur Tragedy,  une étrange ballade méditerranéenne sur Elegy, une syncope de cordes comme dans une série des années 70 sur Serenade… Derrière l’exercice musical mené dans la joie et le plaisir, Sae Heum Han allume un feu d’artifice romantique qui aborde les thèmes de la mort, de la perte et de l’amour. Bon bref voila un chef d’oeuvre.

A écouter sur mmph.bandcamp.com/album/serenade 

(Vincent Fournout)

Living Being ‘Night Walker‘, Vincent Peirani

Le tome 2  de Living Being ‘Night Walker‘, Vincent Peirani vient de sortir dans la droite ligne de son grand frère il y a 3 ans. Mais là, l’accordéoniste va plus loin. On retrouve comme dans le premier volet son band, ou plutôt son groupe, car ici le jazz est pop-rock sans jamais négocier avec la facilité. Entendez, parmi les meilleurs des meilleurs actuels au point que l’on est étonné de ne pas croiser ici les noms d‘Anne Pacéo ou Federico Cassagrande qui eux aussi font partie de la band.  Vincent Peirani (accordéon, accordina, voix) et son binôme éternel Emile Parisien (saxophone soprano) ouvrent leur duo à Tony Paeleman (Fender Rhodes & claviers), Julien Herné (basse & guitare électrique) et Yoann Serra (batterie, rythmiques). Notons que Valentin Liechti  intervient en électronique sur « Smoke & Mirrors. ». L’album est un équilibre parfait, une blue note entre reprises et créations. Purcell pour What Power Art Thou, une version où la voix du génie du froid est chanté par l’accordéon avant de se transformer en impro totalement free jazz. Dans les créations, notre coup de cœur penche pour le déstructuré aux accents musette sous acide « Le Clown Sauveur de la Fête Foraine ». Et si, les frissons ne vous montent pas sur les trois temps de « Kashmir » qui reprennent en thème central « Stairway to heaven », c’est que vous n’avez pas d’âme.

Night Walker est sorti le 31 août via Act Music

(Amélie Blaustein Niddam)

Angèle, Brol (Initial)
La plus belge des dernières révélations de la chanson française a trouvé l’un des plus jolis mots de sa langue pour intituler son album tant attendu. « Brol » (traduisez : désordre, foutoir, bordel, balagan… ) sort le 5 octobre chez Initial. La belle qui avait commencé dans les caf conc’ de derrière la rue Dansaert en reprenant le mythique « Bruxelles » de Dick Annegarn a fait pousser la frange et ourlé la moue pour nous faire languir tout l’été une reprise de »Coquillages et crustacés » de B.B. sur la playlist Deezer. Mais au-delà de ces sons très « A initial », on attendait « Brol » depuis un ans quand déjà « La loi de Murphy » nous a cueillis. Thérémine et voix veloutée, on a plaisir à retrouver le désordre du quotidien s’égrener dans le presqu’engagé « La Thune ». Entre temps, on aime aussi l’amoureux « Je veux tes yeux » autre tube sur les 12 chansons de l’album. Ainsi que les très « femme » : « Ta reine » et « jalousie ». A noter, une chouette collab’ : après avoir joué les « Victimes de la mode » avec Romeo Elvis, Angèle chante avec eux « Tout oublier ». Bref, beaucoup de grâce, de croustillant et de classe. Ecoutez et « dites nous quoi », comme on dit là-bas. Attention, salle comble au Trianon le 23 Novembre et déjà un Olympia programmé pour le 13 mars. ( Yaël Hirsch)

Nova Materia, « It comes », Crammed records

C’est un nouveau matériel ou alors la découverte d’une matière jusqu’ici inconnue ? C’est dans tous les cas quelque chose de neuf, que nous offre le duo composé de Caroline Chaspoul et Eduardo Henrique qui a longtemps écumé les scènes rock chiliennes où ils se sont taillés une notoriété impressionnante. Tirant un trait là-dessus, sinon en conservant cette ambiance à la Kas Product, les voilà partis dans une affaire beaucoup plus électronique, entre bruit et fureur, beats hypnotiques et sons générés par des matières brutes et minérales comme du métal, des pierres. Un bel équilibre à la fois rythmique et exploratoire entre la glorieuse culture Body Music et le Dance-floor de la pleine lune (après 3 heures du matin si possible), le tout sous l’aimable patronage d’une Chloé Thevenin (DJ Chloé) sans doute séduite par le parfum capiteux et un peu dark des Nova que l’on retrouve également aux manettes de musique de films et de collaborations chic et choc, avec l’écrivain Tristan Garcia, pour une œuvre de 60 minutes intitulée « Du point de vue des pierres » (France Culture) ou, avec Vincent Macaigne pour Je suis un pays, créée en 2017 à Vidy (Antoine Couder).

Jazzy Bazz rappe toute « La nuit »

2 ans après P-Town, le rappeur du XIXe arrondissement sort son deuxième album. Un projet complet qui relate le déroulement d’une nuit (du Crépuscule jusqu’à Cinq heures du matin) et les phases successives qu’elle provoque. Ainsi, après l’Insomnie, le narrateur conclut en nous contant la déchéance d’un homme saoul qui vagabonde.

Comme à son habitude, Jazzy Bazz offre à ses auditeurs un rap technique, à l’image du morceau El Presidente, une plume mais surtout de la « Musique ». Ainsi, il rappelle à tous l’origine du pseudo qu’il porte si bien. L’album a été essentiellement composé par son groupe de toujours, le 3.14 band, qui l’accompagne en tournée. Des compositions très « instrumentales » qui se font discrètes dans le rap français et pourront même être appréciées par un public habituellement insensible aux beats saccadés et très rythmés.


« Insomnie, je n’fais qu’un avec la nuit
Les bruits de la ville en guise de symphonie
Insomnie, tout commence après minuit
J’ai pas peur de la mort, j’ai peur de l’agonie » Insomnie

Mention spéciale au morceau Parfum. Peu avant le lever du jour, le rappeur de L’entourage livre sa Madeleine de Proust dans un texte très introspectif mis en lumière par un sublime combo guitare-trompette-voix. Un morceau nostalgique à souhait qui peut rappeler l’écriture du grand Oxmo Puccino. (Mathieu Michel)
Visuel ©mmph : Serenade