[Live report] Usé & La Colonie de Vacances à La Route du Rock

12 août 2016 Par Bastien Stisi | 0 commentaires

Comme c’est traditionnellement le cas depuis quelques années, La Route du Rock ouvrait hier soir son festival du côté de La Nouvelle Vague, cette salle de Saint-Malo gérée de manière ordinaire, pas de hasard, par l’équipe de La Route du Rock et qui accueillait, en guise de hors-d’œuvre bruitiste et expérimental, l’unique Usé et les nombreux membres de La Colonie de Vacances. Début en fanfare et en tintamarre.

 Usé, pas cramé

Usé. Drôle de nom pour débuter un festival. D’autant plus qu’il est plutôt frais (dans son ambition du moins), ce projet mené de plein fouet (et le torse nu) par Nicolas Belvalette, déjà vu autre part (Sultan Solitude, Les Morts Vont Bien, Robert Succo) et qui a sorti cette année, chez les radicaux de Born Bad Records (Cheveu, Frustration, Forever Pavot, La Femme…) un album incandescent, noisy et indus au nom de cabot au rabais (Chien d’la casse) et au son d’une intensité fascinante. Usure ordinaire et révolte sévère.

Seul sur scène (mais manifestement nombreux dans sa tête), l’Amiénois qui n’est a priori pas un Picard comme les autres (il s’était présenté aux dernières élections municipales de sa ville, sans étiquette et sans beaucoup de voix au final non plus…) fracassera donc une petite heure durant la batterie qui se dresse devant lui, ajoutant des boucles saturées et, parfois, quelques chants (ou plutôt des cris) dont il n’est pas vraiment possible, à ceux qui découvriraient le projet en cet instant, d’en saisir le sens. Peu importe, ceux-là en comprendront globalement la finalité : cracher sa haine, dire l’altérité.

« Respire », « Amphétamine », « Plusieurs Collisions par Minute » : du punk déluré et claustrophobe, mais sur lequel l’on peut danser. Dans le public, d’ailleurs, certains le font. Et le protagoniste principal aussi, en insérant quelques intervalles libidineux et perchés entre ces violences, lui qui terminera notamment son show survolté par un « Billie Jean » légèrement revisité. Entre Iggy Pop et Michel Houellebecq. Physiquement et artistiquement. Oui oui.

La bien jolie Colonie de Vacances

Et puis, aux percussions redoutables d’Usé succèdent bientôt celles de La Colonie de Vacances, grand centre aéré pour l’occasion enfermé et mené par onze animateurs / musiciens eux aussi survoltés (respectivement issus de Papier Tigre, d’Electric Electric, de Pneu et de Marvin) et qui ont décidé, parce qu’il est vrai que les activités souvent proposées par ce genre de centres de vacances peuvent s’avérer répétitives, d’ambitionner un format parfaitement inédit. Le public est au centre, et eux répartis aux quatre coins de la salle, avec batterie, guitare, et parfois aussi quelques éléments vocaux. Dans ce dispositif quadriphonique périlleux (bravo aux ingés sons en charge de cette belle performance-là…), le public est naturellement d’abord un peu paumé, pas tellement habitué à devoir écouter un concert en « véritable » mode stéréo et pas habitué non plus à ce qu’on lui laisse le choix. Car c’est bien de cela dont il s’agit. On regarde où l’on veut (partout du coup, et nulle part) et on se déplace là où l’on veut. Avec à chaque fois, forcément, une conception différente du set bruitiste, kraut et psyché qui nous est proposé ici.

Le show s’étale sur deux heures (certes, c’est un peu long), et la performance est redoutable d’efficacité. Cacophonie à quatre ou à deux, et délire général. Jours heureux et meilleures colo ever, avant l’ouverture ce soir des concerts au Fort Saint-Père ce soir, avec les performances à venir de Belle and Sebastian, de Pantha du Prince, de Minor Victories ou de Kevin Morby. Toute la prog se retrouve ici.

Visuels : (c) Ybouh


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