Essais
« Paroles de cinéma. Nouvelles vagues » de Noël Simsolo : Joies de l’interviewer

« Paroles de cinéma. Nouvelles vagues » de Noël Simsolo : Joies de l’interviewer

08 septembre 2020 | PAR Julien Coquet

La réunion des entretiens menés par Noël Simsolo nous fait rencontrer les grands metteurs en scène des Nouvelles vagues. Intelligent et intéressant.

C’est un plan de Méditerranée de Jean-Daniel Pollet qui se trouve en couverture du livre. Une mer au calme plat, irradiée par le soleil d’été. Mais voilà qu’arrive la Nouvelle vague, qui bouleverse le cinéma classique. Dès l’introduction, Noël Simsolo avoue avoir été désorienté par l’invention de ce terme qui brasse énormément de metteurs de scène. Paroles de cinéma. Nouvelles vagues préfère donc utiliser le pluriel : la Nouvelle vague (première et deuxième génération), le Nouveau cinéma allemand (Fassbinder, Werner Herzog, Wim Wenders…) et le Jeune cinéma japonais (Nagisa Oshima et Yoshishige Yoshida).

Ces entretiens, réalisés par l’auteur entre 1969 et 1985 pour différentes revues (Cinéma, Cinéma pratique, Révolution, ZOOM…), nous présentent ce qu’est l’interviewer parfait. Ni omniscient à la position de surplomb ni volontairement ignorant du metteur en scène qu’il interroge, Noël Simsolo revendique le plaisir qu’il a à interroger les grands du septième art en les questionnant « avec gourmandise et orgueil ». Avec les entretiens Hitchcock/Truffaut en tête, Simsolo déroule ses questions, poussant parfois les réalisateurs dans leurs retranchements, tel Wim Wenders qui se voit allonger d’office sur un divan pour une séance de psychanalyse (« Mais quand on fait un film, on est sur ce terrain, qu’on le veuille ou non, Wim, tu le sais bien. »). Et Wim Wenders d’avouer plus loin que le film idéal, qui ne nécessiterait ni interviews ni commentaires, ne peut plus exister.

Le lecteur qui chercherait des anecdotes croustillantes sur différents tournages serait déçu. Simsolo s’intéresse avant tout au film en lui-même, et à l’analyse qu’il peut en tirer. Cette approche analytique passe autant par des questions techniques (conversation avec le chef opérateur Nestor Almendros) que par des problématiques marxistes comme le veut l’époque (« Pour revenir à nos propos précédents, ne penses-tu pas que le théâtre, même d’essence bourgeoise, est un moyen beaucoup moins bourgeois de montrer que le cinéma, moyen complètement domestiqué par un système ? » demande Simsolo à Jean-Marie Straub) et des interrogations surprenantes (à Robert Lapoujade : « Comment résumeriez-vous votre film Le Sourire vertical à 1) un journaliste de quotidien ; 2) un spectateur attentif ; 3) un linguiste ? »). Outre certaines réponses très fumeuses (« Il se trouve devant une suite-chaîne d’annulations successives : annulation du signifiant jusqu’au dernier plan où, après cette suite d’annulations, le signifiant est noyé lui-même. » déclare Marguerite Duras à propos de Jaune le soleil), Paroles de cinéma livre de nombreuses clefs pour comprendre le cinéma tout en mettant en avant un véritable passeur de l’art qu’il aime.

Paroles de cinéma. Nouvelles vagues, Noël Simsolo, Marest Editeur, 280 pages, 19 €

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Julien Coquet

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