Jerry Leger fait naître le folk-roots-rock [Interview]

12 avril 2018 Par
La Rédaction
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Alors que vous faites passer un peu de musique en vrac dans votre salon pour vous faciliter les tâches ménagères du quotidien, vous vous stoppez net sur un titre : Big Smoke Blues. Tiens ! C’est vachement bon ça. Vous tapez un peu du pied, vous essayez de situer l’artiste dans une époque pour vous apercevoir que  ce n’est pas un vieux truc oublié mais un jeune artiste. Jerry Leger, onze albums aux sonorités roots américaines, un coté rock’n’roll incontestable et pourtant inconnu en France. La raison ne peut pas être liée à son talent, mais sûrement plus pour l’aspect un peu jemenfoutiste de l’artiste sur la diffusion et le côté paillette qu’entraîne la scène. Mais au fond, c’est bien ce qui rend la chose agréable, de fouiller sans attente et de se faire surprendre par cette belle découverte. La dernière sortie en 2017 de l’artiste est un subtil double album intitulé « Nonsense and Heartache », qui présente deux faces qui s’opposent et se complètent. On jongle entre un côté électrique, un homme qui semble un peu détraqué puis une côté plus acoustique, avec parfois un simple accompagnement au piano et un léger emprunt à Dylan dans le chant.
Pas étonnant donc que Jerry Leger entame actuellement une tournée en Europe, même s’il est dommage de voir que l’artiste ne passera pas en France. On espère avoir une date pour la sortie de ses prochains albums, mais en attendant c’est par interview que nous avons rencontré l’artiste. 

Par Clara Bismuth

Votre première approche de la musique ?
Mon premier souvenir en lien avec la musique c’était l’écoute de « In my life » des Beatles. J’en suis devenu totalement obsédé, je devais avoir environ quatre ans. Mes parents passaient toujours de la musique et deux de mes grands frères étaient aussi de grands mélomanes. Lorsqu’on allait chez mes grands-parents, ils mettaient beaucoup de country comme Hank Williams, Loretta Lynn, Patsy Cline, Marty Robbins, Kitty Wells. J’aime toujours beaucoup ça et Hank est un de mes favoris.

Quand avez vous décidé de devenir musicien?
J’ai commencé la guitare vers onze ans. J’apprenais seul, juste avec les manuels de guitare que mes frères avaient. C’est au lycée que j’ai su que je voulais en faire mon métier et avoir une carrière. C’etait la seule chose qui m’importait.

Comment avez-vous rencontré les autres membres du groupe Jerry Leger and the Situation ?
Kyle Sullivan (batteur) et moi, on était à la même école mais ce n’est que plus tard qu’on a commencé à jouer ensemble. Lorsque j’étais en train de monter le groupe, je me suis souvenu qu’il était batteur. Ca a fait sens tout de suite. Puis j’ai rencontré James McKie (multi-instrumentaliste) par un ami commun, Tim Bovaconti (qui était dans le groupe Ron Sexsmith’s et jouait régulièrement avec Burton Cummings). Dan Mock (basse) est venu après James, on s’est rencontré et on a joué ensemble à une fête d’anniversaire organisée par James.

Un mot sur ces deux albums Farewell Ghost Town et Some Folks Know ?
Farewell Ghost Town est comme on pourrait l’entendre un album authentique.  Les premiers enregistrements c’etait plus comme une collection de toutes les chansons qu’on connaissait et qu’on pouvait jouer en tant que groupe à l’époque. Sur Farewell Ghost Town j’avais  une idée plus précise de la manière dont l’album allait sonner et de comment je voulais me représenter en tant qu’artiste et songwriter. Il y a très clairement un son plus « roots » que j’ai plus ou moins gardé jusque là.
Some Folks Know c’etait un bon aperçu de «  The situation », avec des arrangements plus approfondis et un certain enthousiame. On se sentait vraiment au point culminant musicalement de ce qu’on pouvait faire à l’époque.
On avait une résidence hebdomadaire où on jouait ces titres tous les jeudis et où l’endroit était toujours plein. On voulait amener ça au studio alors on a plus ou moins enregistré l’album live là-bas.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de continuer parfois en solo ?
Hé bien à vrai dire je joue toujours beaucoup avec The situation et le deux derniers albums ont été entierement enregistrés avec eux. La raison pour laquelle j’ai mis mon nom ces derniers temps c’est parce que je tourne beaucoup plus en solo ou duo qu’avec le groupe. Je me suis dit que ça faisait plus sens qu’un album intitulé « …& The Situation ».

Votre musique est un subtil mélange de folk, country, de blues et rock n roll…mais vous comment la décririez-vous ?
Merci de le penser, c’est juste, ce sont les éléments présents dans ma musique. Je crois que la meilleure description serait de dire que j’ai un style folk-roots-rock.

La chanson qui vous correspond actuellement ?
Hmm, peut-être «  Pawn Shop Piano »

Qu’est ce qui vous inspire pour composer ? Comment travaillez-vous ?
Un peu tout et n’importe quoi de la vie et ce qu’elle cache. Je garde toujours mes sens en éveil.
Je suis assez désorganisé (rire). Je sais cependant ce que je veux et ce que j’aime. J’essaie toujours de m’améliorer sur l’organisation dans le sens business mais je déteste justement cette partie là.

Les artistes qui vous ont toujours suivis et inspirés ?
Hank Williams, Bob Dylan, Tom Waits, Lennon/Beatles, Lightnin’ Hopkins, Buddy Holly, Elvis Costello, Neil Young, Hank Snow, Thelonious Monk, Loretta Lynn, William Bell, Leonard Cohen, John Prine, Kinks, Gene Clark, Stones…il y en a tellement.

Votre dernier album Nonsense and Heartache est une création subtile qui jongle entre une face country rock’n’roll et une autre plus nostalgique, propice aux confessions…pouvez-vous nous en parler ?
C’est Michael Timmins qui est venu avec cette proposition d’un double album et cette volonté de mettre en lumière mon approche musicale, ma capacité à écrire. Je pense qu’il a fait un super travail et on a donc enregistré deux albums. Nonsense est plus électrique et Heartache plus acoustique. Ca représente assez bien ce que je fais depuis plus de treize ans maintenant.

Vous êtes actuellement en tournée, comment appréhendez-vous les concerts ?
Oui ! On passe un super moment, c’est notre premiere tournée en Europe. Je me prépare du mieux que je peux, et le plus rassurant c’est d’avoir le planning quotidien pour me dire ce que j’ai à faire pour chaque concert. Jusque-là ça a été relativement agréable. C’est génial de voir tous ces gens qui se déplacent pour nous et nous écoutent depuis des années.

Etes-vous plutot concert ou studio ?
Les deux, j’adore l’enregistrement en studio et la spontanéité, la connexion que la scène me procure.

Quand vous réécoutez vos premiers albums, quel effet cela vous fait-il ?
Du premier album ? A vrai dire je n’écoute pas trop  mes titres une fois les avoir enregistrés…seulement si je souhaite en jouer une en live un soir alors je me rafraîchis un peu la mémoire avec mais c’est tout.

Si on vous donnait la possibilité de rencontrer un artiste ou autre personnalité qui n’est plus de ce monde, et de faire un album avec lui, qui choisiriez-vous ?
Question difficile. Peut-être quelqu’un comme Ronnie Lane ou Levon Helm. Ils avaient vraiment la musique dans leur sang. Ça aurait été génial de sortir avec eux puis de jouer quelques morceaux ensemble.

Le studio d’enregistrement qui vous fait rêver ?
L’emplacement original de Stax quand c’était encore un vieux cinéma dans les années 60. J’adore la réverbe naturelle de ces albums :  William Bell, Otis Redding, Carla Thomas, Sam & Dave et bien sur le meilleur groupe de la maison Booker T & The MG’s.

Votre relation avec Michael Timmins ?
On a une très bonne relation sur le plan musical et de la création. On creuse beaucoup et on aime faire le même genre d’albums. Il n’aime pas interférer avec le processus de création, il se contente de faire des suggestions quand il sent que ça peut aider la musique ou le groupe. Il a d’ailleurs souvent raison. J’adore le son et l’ambiance qu’il amène dans le studio. C’est important de se savoir à l’aise et concentré à la fois lorsque vous enregistrez.

Vos futurs projets ?
J’ai beaucoup de nouvelles chansons qui m’excitent , sûrement mes meilleures jusque-là je pense. Je pense qu’on devrait d’ailleurs enregistrer plus tard dans l’année. Je vais sûrement aussi sortir un autre album de mon côté avec The Del Fi’s. Ce groupe est encore plus spontané, libre et une version assez rock’n’roll de ce que je fais. C’est une évasion assez fun vis à vis des pression qu’entraîne la vie de musicien et d’en avoir fait un choix de carrière.

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