[LIVE-REPORT] Dukas, Schumann et Mendelssohn sublimés à la Philharmonie

10 avril 2017 Par
Alexis Duval
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A l’occasion de deux concerts, l’Orchestre de Paris dirigé par le brillant Jérémie Rhorer ont revisité deux classiques romantiques et L’Ouverture de Polyeucte. Inoubliable.

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Il y a eu Herbert von Karajan, Claudio Abbado, Arturo Toscanini. Il y a Daniel Barenboim. Simon Rattle, James Levine. La liste des chefs d’orchestre révérés, morts ou vivants, est sans fin. Comment percer, se démarquer et tenter de réinventer alors que tout semble avoir été dit ou fait ? C’est le défi, immense, auquel est confronté tout jeune qui aspire à mener une formation symphonique. Du haut de ses 43 ans, le charismatique Jérémie Rhorer met tout son être dans la direction. Il l’a prouvé une nouvelle fois avec l’Orchestre de Paris, jeudi 6 avril, dans la salle Boulez de la Philharmonie de Paris.

L’Orchestre de Paris a ouvert la soirée avec une oeuvre rare de Paul Dukas qui fait son entrée dans le répertoire de la formation symphonique lors des deux concerts à la Philharmonie, mercredi 5 et jeudi 6. Créée en 1891, Polyeucte. Ouverture pour la tragédie de Corneille est une oeuvre symphonique délicate, qui explore une veine romantique. Les accents mystérieux, voire mystiques (la pièce de théâtre, jouée en 1641, est une des dernières de la période classique à avoir un sujet religieux) de son thème initial font penser à du Grieg, à du Sibelius avant l’heure, mais aussi et surtout à… du Wagner. Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette orchestration, et le chef Jérémie Rhorer l’a fait formidablement bien ressortir.

« Innocence de la technique »

Deuxième temps du programme, le concerto pour piano en la mineur de Robert Schumann. Jouée pour la première fois par Clara Schumann, l’inséparable compagne du compositeur, l’oeuvre se décline en trois mouvements. Avec ses cuivres tonitruants et ses accords qui bondissent sur le clavier, le premier fait assurément partie des tubes de la musique romantique. L’Orchestre de Paris a mis en ligne une vidéo des répétitions. Même s’il s’agit d’un extrait, l’impression est forte : 

« Jouer Schumann, cela implique une innocence de la technique, à laquelle bien peu d’artistes savent atteindre », disait Roland Barthes. Le pianiste suisse Francesco Piemontesi est assurément de cette caste. L’interprète de 33 ans, aux faits d’armes déjà innombrables, et l’orchestre ont fusionné et fait corps avec le romantisme de la partition. Ne boudons pas notre plaisir : c’était grandiose. Et quel régal que ce bis, offert après des vivats ! L’adagio de la sonate pour piano n°12 en fa majeur de Mozart a déroulé sa douceur et sa tendresse sous les phalanges expertes de Piemontesi, qui a déjà joué toutes les sonates de l’Autrichien en 2016 à l’occasion d’un cycle au Wigmore Hall de Londres.

Un court entr’acte plus tard, c’est le coeur empli d’une interprétation géniale qu’on assiste à la magie de la symphonie n°4 en la majeur dite « Italienne » de Felix Mendelssohn, créée en 1833. « Rien de plus neuf, de plus vif, de plus noble et de plus savant dans sa libre inspiration », a écrit Hector Berlioz quinze ans plus tard, en 1848, à propos de cette oeuvre brillante. Là aussi, le premier mouvement est un tube : brillance, gaieté et entrain caractérisent le thème. « Ce sera la pièce la plus joyeuse que j’ai jamais écrite », confiait à sa soeur Fanny le compositeur britannique. Pourtant, le deuxième mouvement, un « andante con moto », comme le quatrième, un saltarello, sont sur un mode davantage mineur et laissent le tourment s’inviter. Ce saltarello, donc, Jérémie Rhorer ne l’a pas mené. Il l’a vécu, laissant son corps devenir comme un objet chorégraphique bondissant de notes en notes. L’agilité de l’orchestre pour interpréter la grandeur de l’oeuvre n’y est évidemment pas pour rien.

Crédit photo : Alexis Duval


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