[LIVE-REPORT] A la Philharmonie de Paris, Elisabeth Leonskaja sublime l’intime chez Beethoven

24 mars 2017 Par
Alexis Duval
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La pianiste autrichienne d’origine géorgienne a donné une interprétation d’une sobriété et d’une passion magistrales des sonates 30, 31 et 32 du compositeur allemand.

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La 30, la 31 et la 32. Trois numéros dont la simple évocation ne manquera pas de provoquer un frisson chez tout pianiste classique. Très différentes les unes des autres, les trois dernières sonates de Beethoven ont en commun de constituer un défi à la fois pour l’interprète comme pour l’auditeur. A programme ardu, artiste virtuose. Et ce défi, la concertiste autrichienne d’origine géorgienne Elisabeth Leonskaja l’a relevé avec maestria mercredi 22 mars, à la Philharmonie de Paris.

Dans l’immense oeuvre laissée par Beethoven, ses trois dernières sonates, composées entre 1820 et 1822, occupent une place particulière. Elles marquent notamment le retour du compositeur allemand à un registre plus intime. Rien que par sa tenue, une longue robe à motifs fleuris bleus et verts et un ample châle gris foncé, Elisabeth Leonskaja suggère qu’elle saura être à la hauteur de la complexité de jeu et d’interprétation, entre douceur mélancolique, comme dans le premier mouvement de la sonate n°30, et tourments romantiques, comme pour l’allegro de la n° 32.

Fruit du déploiement de mille prouesses, l’acoustique de la salle Boulez de la Philharmonie de Paris est, reconnaissons-le, un écrin idéal pour la concertiste. Le revers de la médaille, c’est qu’elle se révèle être un véritable cauchemar dès lors que dans l’auditoire, un inconvenant a omis de couper son téléphone portable. Las, rien que pendant cette si belle soirée, Elisabeth Leonskaja en a subi cinq… Cinq. La formidable et si précise réverbération serait-elle donc le talon d’Achille des lieux ?

Quasi-absence de théâtralité

Du haut de ses 71 ans, la concertiste n’en a cure, sa concentration est d’airain. Il faut dire qu’Elisabeth Leonskaja n’a plus rien à prouver. Elle a fait la démonstration de son talent dans le monde entier et joué avec les ensembles orchestraux les plus prestigieux, du New York Philharmonic à la BBC Orchestra de Londres ou encore le Tonhalle Orchester de Munich. Lorsqu’on observe son jeu et sa gestuelle, on est frappé de voir non seulement le contrôle (interpréter les trois sonates sans la moindre partition impressionnera forcément), mais surtout la quasi-absence de théâtralité. Si le recours au poids du corps est parfois nécessaire, notamment à l’occasion du tonitruant schzero de la sonate 31, la pianiste semble soucieuse de faire l’exégèse musicale la plus sobre de ces trois oeuvres.

Une considération qui honore Elisabeth Leonskaja, souvent surnommée « La Lionne du clavier ». Rarement une interprète aura eu à ce point à coeur d’offrir un concert aussi épuré de scories. Et rarement le public aura eu à ce point la chance d’avoir le droit à trois incroyables bis. La reine de la soirée, c’était elle.

En 2011, à Barcelone, Elisabeth Leonskaja avait déjà donné la sonate n°32. Ecoutez-la dans la vidéo suivante :

Crédit photo : Alexis Duval