Ghost Hunting, une catharsis salvatrice

3 juin 2017 Par
Donia Ismail
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Le deuxième film de Raed Andoni a ouvert la 3ème édition du Festival Ciné-Palestinien qui se déroule à Paris. Cette expérience cinématographique étonnante sur le traumatisme d’ex-détenus palestiniens en Israël. C’est une véritable thérapie collective filmée qui lui a permis de remporter le prix du meilleur documentaire de la Berlinale 2017.

Partir à la chasse des fantômes qui hantent leurs jours, voilà la tâche que s’est fixé, une nouvelle fois, Raed Andoni dans Ghost Hunting (Istiyad Ashbah). Après Fix Me (2009) le cinéaste palestinien, avec son dernier film, continue d’explorer la mémoire ébranlée et torturée de milliers de prisonniers palestiniens. C’est dans un élan cathartique que son oeuvre s’inscrit: guérir de ces cauchemars les plus persistants, ceux de l’incarcération dans les prisons israéliennes, à travers la reconstruction du lieu qui les a détruit, la prison. Dans ce film, à la croisée de la fiction et du documentaire, Raed Andoni est le conducteur de ce voyage qui s’annonce thérapeutique à la fois pour les comédiens, qui sont eux mêmes de véritables ex-prisonniers palestiniens mais aussi pour sa propre personne. À travers l’exploration des souffrances des autres, il sonde son propre passé et tente lui aussi de guérir.

Alors qu’il n’avait que 18 ans, Raed Andoni, comme beaucoup de Palestiniens, a fait l’amer expérience de l’incarcération en prisons israéliennes. C’est dans le centre d’incarcération tristement célèbre d’al-Moskobiya, à Jérusalem, où des milliers d’autres sont passés. Une expérience traumatique pour l’adolescent à l’époque, et qui l’est toujours pour l’adulte aujourd’hui. Comme Raed Andoni, ils sont plus de 650 000 à avoir connu les prisons israéliennes.

Reconstruire le lieu des horreurs. Le « reenactment » de cette période traumatique est l’enjeu principal du film. Tout au long de ce long-métrage, on y voit des hommes tentant de restituer à l’identique l’univers oppressant, brutal et parfois humiliant des prisons par lesquels ils sont passés. Chaque détail compte: la longueur des murs, le choix de la peinture, l’emplacement des cadres, tout est millimétré. Une fois le décor fini, les anciens prisonniers endossent à leur tour le rôle des victimes et de leurs geôliers. Une manière d’exorciser les moments traumatiques qu’ils ont vécu.
On se croirait dans une oeuvre de Samuel Beckett tant les pleures sont entrecoupés par des rires, tant la théâtralisation est omniprésente. Alors qu’au début de Fin de Partie, l’un des protagonistes lançait « À moi de jouer! », ici les comédiens jouent leur réalité, leur passé.

Ils accomplissent les tortures dont ils ont été les victimes. La scène rejouée est relayée au second plan. Ce sont les visages des autres comédiens-prisonniers qui prédominent. La caméra s’attarde sur leurs réactions, les peurs, leurs sourires. Ce film nous dévoile l’esprit de ces hommes. Ils sont comme à nus face à nous.
Ghost Hunting réussit un tour de force qu’aucun auparavant n’a atteint. Il met fin à la vision « romanticisée » de la lutte palestinienne qui ne serait que le fait d’un groupe. Reed Andoni octroie à ces hommes et femmes de la vulnérabilité, leur permet d’avoir peur, d’agir comme de réels humains.
Mais ne vous m’éprenez pas. Si vous venez êtes à la recherche d’un documentaire pédagogique qui vous racontera les dessous de la vie dans ces prisons là, le film de Raed Andoni ne remplira par cette tâche. Ghost Hunting est avant tout un film personnel.

visuel: affiche officielle du film