[Critique] « Grave », Sanglante blanche colombe pour premier film de Julia Ducournau

13 mars 2017 Par
admin
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Truffé de références, désarçonnant dans sa volonté de mélanger les registres, parfois un peu empâté dans une recherche de faire cohabiter hyper-réalisme et fantastique, « Grave » se laisse voir et devrait séduire tant les curieux au coeur bien accroché que les amateurs du genre à la recherche d’autre chose que les incontournables ficelles du registre.

julia-ducournau

Dans la famille de Justine, il est des traditions incontournables : on n’y mange pas de viande et on y devient véto. Le passage par l’école est incontournable. Pour Justine, ce sera dans une banlieue grise, loin du bucolique berceau végétarien de son enfance. Alexia, sa sœur aînée, y a déjà pris ses marques et devrait éviter à cette frêle jeune fille à peine tombée du nid de s’y perdre. A la croisée de chemins entre adolescence et féminité exacerbée, Justine tombera de Charybde en Scylla en découvrant tout à la fois vie en communauté et épreuves de bizutage, mais aussi et surtout, le goût de la viande et celui du sang qui la renverra violemment à de douloureux atavismes.

Sexy cannibale

Loin, très loin, des opus consacrés à ce satané passage de l’adolescence à l’âge adulte dans une optique « corps et féminité » qui parsèment le cinéma d’auteur français, Julia Ducourneau, dans son premier long-métrage, prend un parti radicalement différent. En emmenant le spectateur dans un processus d’identification aux ressentis sensitifs de Justine, du son à l’image, elle lui permet de saisir avec subtilité ce transfert de ses désirs de femme naissante vers de plus bas instincts où le gore se complaît. Même si elle s’en défend âprement, luttant contre une volonté farouche de cataloguer le cinéma, « Grave » s’inscrit dans un genre où les femmes réalisatrices restent assez rares. Mais il faut néanmoins lui reconnaître cette énorme qualité, « Grave » élargit son registre, même si le principal demeure tout de même celui de l’horreur et du fantastique.

Force est de constater que dans ce domaine, Julia Ducourneau excelle. A l’inverse de certaines œuvres où le litre d’hémoglobine semble être le maître-étalon, la réalisatrice s’attache aux lumières, cadrages et bande son pour en sublimer le rendu général. Les références à quelques maîtres du genre, de David Cronenberg à Dario Argento en passant par Marina de Van dont elle reprend un des thèmes, sont légion. Mêlant gore – quelques scènes ne sont pas à mettre entre toutes les mains – et reflexion-introspection tant sur le corps de la femme et la découverte de la sexualité que sur la communauté estudiantine en mode « bizutage », Julia Ducourneau délivre un premier long qui convainc malgré quelques flottements de jeunesse. L’humour noir qu’il véhicule et l’esthétique du corps féminin dans l’oeil de la réalisatrice incitent à le lui pardonner.

Sylvain Lefevre


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