« Parfums de Chine » au Musée Cernuschi La culture de l’encens au temps des empereurs

9 mars 2018 Par
Raphaël de Gubernatis
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Il n’est pas sûr que les parfums dont s’enivraient les élites de la Chine impériale aient aujourd’hui pour nous autant d’attraits. Les savantes réinterprétations effectuées par un parfumeur-créateur de la maison Dior à partir des composantes de jadis et diffusées ici et là dans les salles du Musée Cernuschi, sont difficilement supportables pour notre odorat. Ambre gris, santal, bois d’aigle, camphre de Bornéo, clou de girofle, avoine odorante, livèche, musc, nard de Chine, copalme d’Orient, tous composants de l’encens ou des poudres versées dans les brûle-parfums sont certes encore utilisés de nos jours, mais d’une façon toute différente, et plus subtilement sans doute. Et les fragrances de fleurs qui nous sont si chères ne se sont entrées en usage que peu à peu dans l’Empire du Milieu.

Un florilège d’objets raffinés

Mais l’exposition « Parfums de Chine » est là surtout pour offrir un florilège d’objets infiniment raffinés, courant sur deux millénaires : de ce délicat brûle-parfum en bronze et en forme de canard, de l‘époque des Han de l’Ouest, à cet ensemble de cinq pièces un peu tapageur, en porcelaine de la famille rose, datant du règne de ce fameux empereur Quianlong qui domina la Chine jusqu’à 1796… en passant par une multitude de petits meubles, coffrets, brûloirs à encens innombrables, peintures sur soie ou sur papier, stèles et coupes, toutes choses évoquant l’amour des lettrés et des gens de cour pour l’encens et les parfums.

Des parfums dont on imprégnait les vêtements en les humidifiant au-dessus de coupes d’eau fumante, puis en les exposant sur des brûle-parfums, ce que montre une rare peinture où l’on voit une dame de haut rang déployant ses atours sur un cage de bambou tressé où se consument des poudres odoriférantes. Des parfums, chose plus surprenante encore, qu’on avalait jour après jour de façon à ce qu’ils odorent successivement la bouche, puis la peau, puis les os, puis le corps tout entier au bout d’un mois de ce régime.

Car l’encens comme les parfums sont comme partout passés de l’univers sacré des temples à un univers domestique infiniment plus profane. Ils ont accompagné les gens de cour dans leur toilette jusqu’à les submerger d’odeurs entêtantes. Parfumé les innombrables salles des palais impériaux. Ils ont accompagné les lettrés dans leurs méditations et leurs lectures comme le montre deux peintures de cette suite des Dix-huit lettrés datant de la dynastie des Ming.

Le culte des odeurs était si répandu qu’il a donc suscité des objets infiniment précieux qui font tout l’intérêt de l’exposition. La plupart, chose rare, proviennent du magnifique Musée de Shanghai, magnifique musée de conception récente qui n’est cependant que le pâle reflet les trésors du Musée du Palais, à Taiwan, là où sont concentrées les merveilles d’entre les merveilles issues des antiques collections des empereurs de la Chine.

Raphaël de Gubernatis

Parfums de Chine, la culture de l’encens au temps des empereurs. Jusqu’au 26 août 2018 Musée Cernuschi, musée des arts de l’Asie de la Ville de Paris. 7, avenue Velazquez, 75008 Paris ; 01 53 96 21 50.