[Liege] « Révolution Bande Dessinée », La Boverie expose les revues Metal Hurlant et A Suivre

16 mars 2017 Par
Yaël Hirsch
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Jusqu’au 11 juin, La Boverie de Liège accueille une exposition inédite et exceptionnelle sur la Révolution opérée dans la bande dessinée par deux revues en rupture avec la tradition politique et iconographique : Métal Hurlant (1975-1987) et À suivre, liée aux éditions Casterman.

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Sur une idée des Michel-Edouard Leclerc et avec le commissariat de Jean-Baptiste Barbier, c’est l’art de toute une génération en révolte par le crayon que l’on peut voir dans une magnifique scénographie toute en hauteur présentant plus de 300 planches de BD désormais mythiques. Toute La Culture était au vernissage, en présence de nombreux dessinateur et a suivi la visite guidée de l’exposition par le cofondateur de Métal Hurlant, l’extraordinaire Jean-Pierre Dionnet.

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Derrière l’affiche monumentale créée pour l’occasion par François Schuiten, l’exposition Revolution bande dessinée s’étale majestueusement sur des murs blancs et très hauts selon deux lignes qui avancent avec le temps: A gauche, il y a Métal Hurlant, à droite (A Suivre), et l’on peut choisir de suivre un fil puis l’autre ou de zigzaguer (comme certains des dessinateurs, Tardi ou Schuiten par exemple!) entre les deux.

Un avant-propos avec des planches issues des riches collections de la Boverie parle de la génération des pères : Uderzo, Hergé, Peyo, Franquin et bien sur Goscinny qui relatait de jeunes talents via la revue Pilote. Mais comme l’explique Jean-Pierre Dionnet pointant l’origine « banlieusarde » commune de plusieurs dessinateurs de la revue : « On a grandi avec Tintin, Spirou… mais on voulait faire de la bande dessinée pour adultes« .

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C’est comme cela que Métal Hurlant est né, porté par Druillet, Moebius et lui, rejoints en 1976 par Philippe Manœuvre qui y fait entrer le rock. Avec un modèles économique chancelant, un goût pour la provocation qui vaut à Dionnet d’avoir un « casier judiciaire de grave délinquant » pour « beaucoup d’attentats à la pudeur« . Jouant la carte de l’érotisme autant pour provoquer que pour vendre assez d’exemplaires pour vivre, Métal Hurlant réunit des libertaires inventifs et souvent habités par la science fiction comme Jean-Michel Nicollet (dont la couverture du n°8 a été censurée) Kelek. Mais dans ce microcosme de têtes brûlées qui passent leurs nuits aux bains douches, les générations sont mêlées avec le doyen Philippe Gillon et ses 30 ans d’aînesse et Serge Clerc qui commence à 16 ans.

Et les opinions politiques y sont aussi diverses que les coups de crayons: « C’est le plus beau journal du monde, parce qu’on a été les premiers à parler avec le même ton de livres de Perec ou d’artistes encore ignorés du 19 e siècle comme Gustave Moreau, comme de bd ou de rock« , explique Dionnet.

Et côté dessin, les personnages bonhommes comme le Lucien de Magerin côtoient les planches hallucinées de Enki Bilal, ou de Tramber et Jano.

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Certains, tel Tardi ou Pratt collaborent mais sont plus proches dans leurs aspirations narratives (Schuiten, Hugo Pratt ou les adaptation littéraires par Tardi de Celine) de l’autre revue, (A Suivre) où le roman graphique de et la narration sont au centre. Sur 20 ans de la revue, le travail sur le noir et blanc est prégnant (Munoz, Schuitten, Claes) avant que le passage à la couleur n’éclate (Geluck, Loustal) avec une voie ouverte vers le cinéma (Peteers, Sampayo, Boucq avec Jodorowsky).

L’exposition finit sa mise en perspective magistrale par un panorama des artistes de la génération d’aujourd’hui qui, à l’international, restent marqués par les plumes novatrices des deux revues (Brecht Evens, Eric Lambé).

Revolution bande dessinée est à voir absolument, à Liège cette saison et puis au Fonds Hélène et Edouard Leclerc, à Landernau.

visuels : affiche et YH