SIMONE GBAGBO jugée pour « Crime contre l’humanité » : impartialité de la justice mise en question

26 avril 2016 Par Sarah Barry | 0 commentaires

L’ex-première dame ivoirienne Simone Gbagbo devrait être jugée pour « Crime contre l’Humanité », suite au rejet de son pourvoi en cassation par la Cour suprême de Côte d’Ivoire le jeudi 21 avril 2016. Mise en cause pour son rôle dans la crise postélectorale de 2010-2011, l’ancienne « Dame de Fer » fait également l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Mais devant l’impunité dont bénéficient les anciens partisans de l’actuel président Alassane Ouattara, aussi bien en Côte d’Ivoire qu’à La Haye, la question de l’impartialité de la justice se pose, et sert la défense du couple Gbagbo.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAActuellement incarcérée à Abidjan, Mme Gbagbo a été condamnée le 10 mars 2015 à vingt ans de prison pour « attentat contre l’autorité de l’Etat, participation à un mouvement insurrectionnel et trouble à l’ordre public ». A l’époque, la défense déplore un sentiment d’inachevé dans ce procès, et annonce vouloir demander un pourvoi en cassation. Le 27 janvier 2016, la chambre d’accusation renvoie l’ancienne députée devant les assises pour crimes contre l’humanité. Le 17 mars, la Cour de cassation rejette la demande de pourvoi, prétextant un dépôt de mémoire tardif. Et malgré les contestations de Maître Rodrigue Dadjé, l’un des avocats de Mme Gbagbo, la voie semble définitivement ouverte à son procès pour crimes contre l’humanité.
Simone Gbagbo est un personnage politique très controversé : respectée par certains pour son militantisme acharné sous le mandat difficile de Félix Houphouët-Boigny, dénoncée par d’autres comme conseillère de l’ombre proche des « escadrons de la mort » sous le mandat de son mari, l’ancienne « Dame de Fer » encourage Laurent Gbagbo à ne pas respecter les résultats de l’élection présidentielle en 2010, qui annonce leur rival Alassane Ouattara vainqueur avec 54% des voix. La Commission électorale indépendante et la communauté internationale reconnaissent Ouattara comme président, mais Laurent Gbagbo, soutenu par le Conseil constitutionnel, dénonce des fraudes et se fait investir. Les médiations engagées par l’Union africaine ne donnent rien, et les deux camps en viennent au conflit armé, qui se soldera par l’arrestation du couple Gbagbo le 11 avril 2011.
Cette crise postélectorale provoque de graves dommages sur le plan humanitaire : elle entraîne le déplacement de près d’un million de personnes, cause la mort d’environ 3000 civils et donne lieu au viol de plus de 150 femmes. Mais la responsabilité de ces crimes ne saurait être imputée au seul parti Gbagbo. La mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (ONUCI) attribue deux tiers des tués aux forces Pro-Ouattara, tandis que l’association Human Rights Watch atteste que des crimes de guerre ont été perpétrés à Abidjan et dans l’ouest du pays par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), dévouées au nouveau président.
Le 25 février 2013, Amnesty International rend public un rapport intitulé « Loi des vainqueurs », qui fait état des violences perpétrées par l’armée ivoirienne depuis avril 2011. L’ONG accuse par ailleurs l’administration de laisser impunis des partisans d’Ouattara soupçonnés de graves crimes de guerre, tandis que de présumés soutiens à Gbagbo subissent des représailles arbitraires. Plusieurs chefs de guerre sont démis de leur fonction en réponse à ce rapport, et le président Ouattara, qui depuis a fait de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire le cheval de bataille de son second mandat, affiche une certaine bonne volonté. Il rejette cependant le transfert de Simone Gbagbo à La Haye, malgré les multiples requêtes de la Cour pénale internationale, arguant que son pays dispose désormais d’une « justice opérationnelle ».
Laurent Gbagbo, quant à lui, est incarcéré au centre de détention de la CPI à La Haye depuis novembre 2011. Il est inculpé pour crimes contre l’humanité avec quatre chefs d’accusation : meurtres, viols et autres violences sexuelles, actes de persécution et autres actes inhumains perpétrés entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011. Son procès s’est à nouveau ouvert le 28 janvier 2016, et ses avocats comptent bien mettre en lumière la partialité de la Cour, qui ne s’intéresse qu’à un seul camp sur deux responsables des atrocités commises durant la crise postélectorale. La procureure Fatou Bensouda conteste cette qualification de « procès politique ».
Le fait que son épouse, première femme de l’histoire poursuivie par la CPI, et ce pour les mêmes chefs d’accusation, soit traitée de façon différente par le gouvernement ivoirien laisse songeur. Elle sera « jugée aux assises pour crime de sang, probablement début mai », a déclaré Maître Dadjé.


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: