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Noël à Trévarez, fantaisie et onirisme au programme [Carnet de Voyage]

Noël à Trévarez, fantaisie et onirisme au programme [Carnet de Voyage]

28 novembre 2017 | PAR La Rédaction

Les équipes des cinq établissements finistériens ne doivent pas beaucoup se reposer, tant la qualité et la richesse du programme rythme l’année. En témoigne la dernière création qu’accueille le domaine de Trévarez, dans les montagnes noires, « Noël à Trévarez », qui conclut 2017 dans une atmosphère de poésie féerique.

Chemins du patrimoine en Finistère (CDP29) est un établissement public de coopération culturelle (EPCC) chargé de la gestion de cinq sites majeurs du patrimoine finistérien et breton : le château renaissant de Kerjean, l’abbaye cistercienne de Relec, le manoir de Kernault, le domaine de Trévarez avec son extravagant château néogothique en briques, ainsi que l’abbaye augustinienne Notre-Dame de Daoulas. Illustrant la haute qualité du programme voulue par le directeur, Philippe Ifri, et ses équipes, cette dernière accueille d’ailleurs, depuis juin et jusqu’à la fin de l’année, une exposition remarquable anthropologique, À fleur de peau, conçue par David Le Breton.
Un exemple parmi d’autres des manifestations très diverses qu’accueillent les divers lieux – depuis un atelier éphémère de tatouage à des animations dans les jardins (Trévarez étant d’ailleurs un des sept « jardins remarquables » du département), en passant par des concerts, foires d’artisanat d’art et des expositions aussi bien ludico-pédagogiques que purement artistiques. CDP29 développe une conception à la fois « grand angle » de l’art, de la culture et du savoir, et à la fois inclusive, accessible plutôt qu’élitiste, en invitant des penseurs et des créateurs de haut niveau, d’envergure internationale (le paysagiste Gilles Clément, le sculpteur Robert Schad, le plasticien Felice Varini… et, en 2018, Eva Jospin).

Un événement familial enchanteur

Tirant profit de ce que le domaine se ternit à mesure que les arbres dépouillent et de ce que la nuit avance, le domaine de Trévarez propose pour six semaines un événement de féerie nocturne jusqu’à 19h30. Pour la même période l’an dernier, l’événement avait accueilli pas moins de 55 000 visiteurs, avec des queues de plus d’une demi-heure. Cette année, une affluence supérieure est espérée et les réservations scolaires sont déjà quasi complètes depuis des semaines, apprend-on lors de la visite de presse.
Le programme commence dans les anciennes écuries, avec l’exposition Alice à Trévarez et ses décors de fantaisie, basée sur cette fantaisie narrative qui voudrait que la célèbre Alice de Lewis Carroll… ait en fait passé des vacances à Trévarez, à la fin du XIXe siècle. Une idée amusante avec à la clé, surtout, une réalisation remarquable de Dominique Richard, le créateur de l’histoire qui y a passé plusieurs mois et pour qui « toute l’exposition est conçue pour donner envie de se replonger dans le livre ». Le parcours retrace quelques scènes marquantes de l’immortel conte surréaliste avant l’heure : la chute dans le creux de l’arbre vue d’en-bas, le « thé extravagant », le procès and so on. En marge du parcours, un atelier créatif de pop-up (scènes surgissant en 3D à l’ouverture de pages d’un livre, reprenant le motif) pour les parents et les enfants, conçu par Julien Laparade, spécialiste français de cet art. Une animation d’immersion dans la fiction imaginée sera aussi proposée aux enfants.
La suite du programme est une déambulation pour un parcours lumineux par les jardins de Trévarez, une scénographie réalisée par le Kolektif Alambik, dont le CV affiche de prestigieuses réalisations (Mont-Saint-Michel, Francofolies, Sharjah Light Festival aux Émirats Arabes Unis, Nuit blanche à Paris, etc.).

Une première étape, proche, conduit à un chapiteau. Là, sont exposés les réalisations de quelque 600 personnes, de deux à 80 ans, qui, en Ehpad, en centre social, en classe, ont conçu, encadrées par les plasticiens des Éditions Ultra, ont prolongé la thématique « Alice ». Une exposition participative chamarrée et joyeusement foutraque, basée sur un extrait du chapitre 7.
Puis la parcours lumineux reprend, débouche sur une descente de marche bordée de néons de part et d’autre, dont les couleurs sont reprises par intermittence dans les fenêtres du bâtiment qui fait face. Plus bas, dans l’ancien potager clos, c’est dans deux serres, espaces inattendus, que se déploient des fantaisies de lumière pleines de poésie. Dans la première, jouant des effets de boules à facettes, un semblant de neige flotte dans une lumière bleue avec délicatesse, tandis que dans la très longue seconde serre, qui court tout le long du mur au fond de l’espace clos, la lumière fraie dans un brouillard artificiel, contrastant avec la verticalité de quelques arbres illuminés en vert, derrière. Au milieu du jardin, dans le bassin, de faux joncs se balancent lentement, au gré du vent. Le parcours n’en est qu’au milieu.

Nous remontons les marches, puis prenons par un chemin au milieu des arbres. Éclairé de quelques néons, le parcours réserve quelques surprises : quelques arbres et plantes, simplement éclairés, soudain isolés des autres, rejetés dans la nuit, sont mis en évidence ; çà et là, quelques installations ponctuent la marche de surprises : une ligne serpentine de cubes espacés qui changent lentement de couleur, quelques horloges folles, reprenant le motif d’Alice, et quelques psychédélismes qui annoncent déjà le clou du spectacle, sur la façade du château. Sur l’immense bâtiment, sont projetés alternativement des vignettes abstraites aux motifs tantôt végétalisants, tantôt géométiques, beautés abstraites et volontiers psychédéliques qui défilent en quelque 35 tableaux successifs de 30 secondes. Si les artistes avaient voulu rendre hommage aux cinquante ans du Summer of Love, ils n’auraient pas fait autrement.
En tenant avec rigueur un cahier des charges exigeant (faire tout public, inclusif, surprenant), les créateurs retenus et les Chemins du patrimoine en Finistère témoignent de ce que le service public de la culture peut apporter de meilleur, sans verser ni dans l’élitisme ni dans la démagogie. Chapeau bas !

visuels et texte : Mikaël Faujour

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