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Jean-Christophe Russier nous parle de Keetiz, le cash-back appliqué aux secteurs culturels

Jean-Christophe Russier nous parle de Keetiz, le cash-back appliqué aux secteurs culturels

20 avril 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jean-Christophe Russier est le fondateur de Keetiz, une application de cash-back, ce système de bon cadeau par de l’affiliation qui s’applique désormais au monde de la culture, sans distinction entre le public et le privé.

Que signifie le mot Keetiz, que veut-il dire?

Keetiz part du mot anglais kitty, c’est à dire la petit tirelire ou le chaton ; Kitty n’était pas disponible donc on a cherché un dérivé et à partir de là on a abouti à Keetiz, seul nom de domaine disponible en « .com » et en plusieurs autres extensions.

Avant le nom, vous aviez une idée de projet ; comment s’est-elle formée?

Pendant que j’étais en école d’ingénieur, j’ai réalisé mon stage au sein d’une petite entreprise, que j’ai fini par reprendre pour en faire un leader français dans les logiciels de gestion et d’encaissement, spécialisé en software (système tactile pour les restaurants et commerces) ; j’ai par la suite créé Keetiz, toujours dans cette problématique de mes clients qui souhaitaient conquérir, fidéliser les leurs et gérer leur data ; et puis j’ai fini par revendre la première entreprise.

J’ai la sensation qu’il y a un côté assez militant dans Keetiz. Est-ce que je me trompe ?

Militant pour les commerces, oui ; c’est une vraie quête. Il y a toujours la démarche de pratique d’une entreprise pour survivre et faire du profit ; quand j’ai créé Keetiz, j’aurais pu m’arrêter et revendre mon affaire mais j’ai continué, pour mes clients et le soutien que je pouvais leur apporter. En particulier dans cette situation de Covid, notre acte est vraiment solidaire ; on re-dynamise les commerces, notamment pour cette culture qui souffre.

Pouvez-vous nous expliquer comment marche Keetiz?

C’est très simple ; il faut télécharger l’application, et connecter son compte bancaire. Quand vous ferez vos achats, vous allez « cagnotter » automatiquement, sans rien faire. Le commerçant n’a rien à faire non plus. Vos achats, en carte bleue, sont remboursés en partie par Keetiz. En fait, Keetiz est une plateforme sur laquelle les commerçant s’inscrivent ; ce sont des offres de cash-back — si on consomme, en reconnaissance et pour donner envie de revenir, on se fait rembourser une partie. Ces fonds sont payés par le commerçant en temps normal ; mais dans le cadre de la Covid19, on a sollicité les collectivités pour négocier avec eux des fonds importants (de 100 000 à 500 000, voire 1 millions d’euros) ; et c’est la collectivité qui rembourse 20% des achats qui sont faits dans tous les commerces du territoire.

Vous êtes en lien très direct avec les collectivités, en négociant des fonds de subvention. Du coup Keetiz devient une sorte de service public?

On négocie plutôt avec les Communautés de communes, les agglomérations qui ont la délégation commerce et qui peuvent mobiliser des fonds. C’est très intéressant pour eux car ça s’intègre dans leur mission de re-dynamisation des commerces et ils redistribuent en même temps du pouvoir d’achat ; tout le monde est content dans l’histoire. On va utiliser des fonds publics non pas pour faire des simples publicités mais plutôt pour inciter à l’achat par une dynamique de consommation nouvelle grâce au remboursement. Le consommateur se l’approprie, on touche leur envie de plaisir, la dopamine, le plaisir de « cagnotter », de le montrer aux amis… Après, quand on tombe dedans, c’est addictif ; nous même nous consommons notre produit, on s’est approprié vraiment la solution.

Vous allez dans quelques jours intégrer la culture à Keetiz. Évidemment, la culture est également un commerce, mais comment arrivez-vous à l’intégrer à votre projet? D’autant plus que la plupart des lieux culturels sont fermés.

Nous allons lancer un système de bons cadeaux solidaires ; c’est du cash-back aussi. Le principe c’est que, même si les collectivités financent, on sollicite aussi les entreprises pour venir en aide au monde de la culture.

Donc c’est plus du mécénat?

C’est du mécénat d’une certaine façon, mais c’est aussi comme les bons cadeaux de fin d’année ; ce sont en effet les comités d’entreprise qui se saisissent de la question. Les bons cadeaux solidaires sont distribués à leurs employés, leurs clients ou autour d’eux ; le consommateur particulier peut aussi en acheter un et l’offrir à un ami. Ce bon cadeau est porteur d’un numéro, avec un montant ; saisi dans l’application, il pourra être utilisé dans 15 000 lieux culturels et remboursé à hauteur de 25€. Par exemple, si je vais au théâtre et que je paye mon billet 13 euros : je paye en carte-bleu, Keetiz m’identifie, et me rembourse 13euros.

Vous êtes partenaires avec 15 000 lieux publics?

Non, ce sont 15000 lieux tout court, publics et privés, sans distinction. En fait, nous n’avons pas besoin de contractualiser avec les commerces (théâtres, cinémas, librairies, etc.), ni même de contractualiser avec la Fnac ou autre ; simplement, nous allons identifier que vous avez acheté un billet, et nous allons vous le rembourser. Nous avons pour ce faire référencé 15 000 lieux culturels ; soit quasiment tous en France. Visuellement, cela donne une carte de France pleine et à mon sens inédite.

Donc, si on achète un billet sur place, comment ça fonctionne?

Le seul prérequis est de payer son billet en carte bleue. Le fait de connecter son compte bancaire à Keetiz (sécurisé) permet d’identifier tous vos achats en carte bleue (et de vous rembourser à hauteur de 20%, ou entièrement jusqu’à 25€ si vous avez un bon solidaire).

C’est incroyable de l’appliquer au monde la culture dans une vision décloisonnée du secteur, c’est une petite révolution!

Oui, nous sommes vraiment les premiers à faire ça. On le déclinera sûrement dans d’autres domaines ; le bio, le responsable, la mobilité… Mon rêve est de convaincre le gouvernement de faire des titres culture et que les entreprises les redistribuent à leurs collaborateurs. D’ailleurs, je voudrais que ce ne soit pas forcément l’État qui les finance mais les entreprises. La culture nous nourrit, nous fait grandir ; nous souhaitons donc inciter les entreprises à offrir à leurs collaborateurs de la culture, à leur donner accès à la culture, pour permettre d’une part au secteur de rebondir mais aussi de permettre à nous tous de revivre.

Quelle est la limite de l’exercice de votre activité? Qu’est ce qui vous empêche de vous déployer sur tous les secteurs où le paiement en carte bleue est possible?

La limite est celle de l’imagination (rires) ; ou peut-être notre équipe de vingt personnes. En 2021, on se prive de nos commissions pour les lieux de culture. Notre démarche est dorénavant de chercher davantage d’acteurs de la culture qui pourraient nous faire confiance grâce à la technologie qu’on met à leur disposition. Nous avons en effet redistribué 3,3 millions d’euros en 2020 aux Français qui ont généré eux 15 à 18 millions de chiffre d’affaire dans les commerces ; si on peut aider alors à ce que la culture rebondisse, on espère avoir un soutien équivalent. Même si les lieux culturels sont aujourd’hui fermés, la démarche peut commencer dès maintenant ; on peut commencer à commander les bons cadeaux solidaires (en ligne ou en collectivité), à sensibiliser les gens à ces possibilités.

Quand vous parlez de culture fermée, vous ne parlez que de culture vivante ?

Oui et non car nous incluons les librairies et les disquaires ; et cela peut débuter par ailleurs dès maintenant. On peut aussi réserver un billet de théâtre pour le mois de septembre, voire d’août.

Par exemple, l’Opéra de Paris met en vente ses billets pour des spectacles en ligne. Est-ce que cette offre de streaming est inclue dans Keetiz?

Oui, tout à fait.

Keetiz s’inclut selon moi dans le mouvement des « smart-cities ». Pour autant, vous n’avez pas l’air d’un « geek », vous ne cherchez pas l’appli à tout prix. Vous êtes un commerçant ! Est-ce que vous envisagez finalement cette idée de dépassement de la ville, de ville connectée? De rendre vivante une ville confinée ou contrainte par un couvre-feu?

Nous sommes en effet très axés sur le monde d’aujourd’hui, de la souffrance des lieux, des commerçants, des difficultés que rencontrent les consommateurs ; nos valeurs sont très proches de l’humain. Même si notre rentabilité et notre déploiement sont des impératifs, notre solution consiste déjà à récompenser, ce qui est noble et vertueux ; de faire revenir, de créer du lien. La relation client n’est plus aujourd’hui celle d’avant ; la priorité n’est plus l’entreprise. Si le client n’est pas séduit, satisfait ou convaincu, ou si on ne le fait pas collaborer, on ne crée pas de liens avec lui.  Aujourd’hui on ne s’attache plus à une marque mais à une expérience. Notre priorité c’est l’humain.

Visuel : ©JCR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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