Théâtre

Une formidable reprise de La Vie de Galilée au Monfort

Une formidable reprise de La Vie de Galilée au Monfort

30 mai 2015 | PAR Christophe Candoni

Jean-François Sivadier et sa formidable troupe d’acteurs, Nicolas Bouchaud en tête, reprennent, plus d’une décennie après sa création, leur Vie de Galilée de Brecht avec la même ferveur et la même invention.

Galilée, c’est ce physicien qui, au XVIIe siècle en Italie, pointe sa lunette télescopique vers le ciel pour faire la découverte majeure que la terre n’est pas le centre de l’univers, comme le défend le vénéré système de Ptolémée, mais qu’elle tourne autour du soleil. Au nom de la raison et du savoir, de sa croyance en l’être humain et en le progrès, il se bat pour imposer sa vérité contre des siècles d’astronomie tronquée et de dogmatisme asséné par les soi-disant savants de son époque : l’Eglise, le Pape, l’Inquisition, qui brûlèrent autrefois Copernic et lui demandent d’abjurer sa trouvaille jugée hérétique au regard de la foi.

Brecht, parti sur le chemin de l’exil, au Danemark avant les Etats-Unis, pour fuir le nazisme grimpant, se saisit dans sa pièce testamentaire de la figure du célèbre mathématicien pour raconter l’extrême difficulté à appréhender le changement dans une société bouffie de certitudes béates, alors même qu’elle court à sa destruction par son aveuglement borné. « L’Ancien temps est passé. Voici un temps nouveau » fait dire le dramaturge allemand à son personnage éponyme, célébrant, à travers lui, le mouvement et la révolution.

Le mouvement, c’est justement le moteur de la mise en scène particulièrement dynamique de Jean-François Sivadier. Le monde décrit comme chavirant et éclaté par Brecht est matérialisé par un plancher en pente douce pour tout décor dont les lattes de bois, plates et froides, offrent un instrument de jeu modulable aux mille ressources.

Pleins de souffle et d’élan, la mise en scène et le jeu d’acteurs (ces derniers passent d’un rôle à l’autre avec aisance et dextérité) font un spectacle vif et haletant, mené tambour battant par Nicolas Bouchaud. Infatigable, il campe un Galilée clownesque, jouisseur, illuminé, électrique, entier. La troupe entière réussit une représentation de la pièce tout à fait dans l’esprit brechtien, drôle, grave, profonde, ludique, foutraque, très ironique, qui tient autant du théâtre de foire, du cirque, que de la grande forme opératique, avec quand même quelques passages trop grandiloquents dans la deuxième partie. On y entend toute la violence et la nécessité du propos mais dans une forme jubilatoire. Tout concourt à faire de cette reprise du grand théâtre pour l’esprit.

Photo © DR

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