Théâtre
Une bonne âme aux ateliers Berthier, théâtre de l’Odéon

Une bonne âme aux ateliers Berthier, théâtre de l’Odéon

09 novembre 2013 | PAR La Rédaction

Bertolt Brecht a écrit La bonne âme du Se-Tchouan à la fin des années 30 entre le Danemark et la Suède – le régime nazi l’a alors chassé de son pays et l’a même déchu de sa nationalité. Cette pièce semble immuable, comme le malheur des hommes et leur incapacité à faire de ce monde un endroit meilleur. En représentation aux ateliers Berthier jusqu’au 15 décembre, la compagnie Air de Lune s’empare du texte et l’habille d’une mise en scène belle et efficace.

[rating=4]

labonneame-pologarat-odessa-2Un dieu voyage pour trouver une seule bonne âme qui puisse lui faire garder espoir en l’humanité. Cette quête l’amène dans le Se-Tchouan où il rencontre le marchand d’eau Wang, âme faible qui lui trouvera néanmoins un gîte pour la nuit et par là même une bonne âme en la personne de Shen Té, une prostituée. Pour la remercier de son hospitalité, le dieu offre de l’argent à Shen Té, ce sera le début de son malheur : les bonnes âmes ne sont pas là pour avoir des vies heureuses. Comme tous lui réclament de l’aide, Shen Té inventera le personnage de Shui Ta, son cousin lui capable de dire non.

C’est l’absurdité du monde que nous dépeint Brecht qu’il faille choisir entre la bonté et le bonheur. Et il est encore plus absurde que les dieux soient à la recherche d’une bonne âme s’ils ne peuvent rien pour elle. Mais au-delà de ces considérations métaphysiques, la pièce parle aussi de travail ou de Justice et du comportement des hommes envers leurs semblables. Au début de la pièce, le dieu constate que plus personne ne le craint, et que c’est là le début du malheur des hommes qui ainsi se pensent libres. Mais ne voit-on pas au fur et à mesure de la pièce le travail remplacer dieu ?

En effet, Shen Té, l’ange du faubourg, celle qui représente la bonté s’efface progressivement sous les traits de son cousin, l’homme d’affaires. Si la première leur donnait l’espoir que leur rêve puisse se réaliser, le deuxième leur donne maintenant du travail et un toit. Yang Sun, pilote sans emploi, abandonnera ainsi ses rêves de vol pour devenir ouvrier puis contremaître dans une usine. Frotté à la réalité, ses rêves changent, il n’est pas heureux pour autant et il n’a pas même l’amour de Shan Té pour se consoler. Shan Té, quant à elle, porte un enfant et pleure de donner à ce monde une âme de plus.

La compagnie Air de lune est devenue l’une des plus populaires de France et Jean Bellorini, le metteur en scène aimait déjà poser des instruments sur scène. Sur celle des ateliers Berthier, un piano, des percussions et une basse dominent la scène, depuis une estrade sur laquelle montent et descendent les comédiens qui sont musiciens. Tous chantent aussi et les pauses musicales, parfois inégales, offrent toujours une certaine jouissance à être devant un spectacle complet et maîtrisé. D’un plafond de lumières aux néons d’une usine en passant par une guirlande de bal musette, le jeu des lumières est aussi remarquable.

La pièce de Brecht est définitivement contemporaine et sûrement la compagnie Air de Lune y est pour beaucoup avec sa manière d’en faire un spectacle riche et vivant, vraiment.

Claire Teysserre-Orion

La bonne âme du Se-Tchouan de Bertholt Brecht, mise en scène Jean Bellorini, compagnie Air de Lune. Jusqu’au 15 décembre aux ateliers Berthier Paris 17ème, et tournée jusqu’en avril 2014. Détail sur le site du Théâtre de l’Odéon.

photo : © Polo Garat – Odessa et © Thierry Depagne

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