Théâtre

Une adaptation très réussie de « L’Oncle Vania » de Tchekhov au Théâtre de Belllevile

Une adaptation très réussie de « L’Oncle Vania » de Tchekhov au Théâtre de Belllevile

11 octobre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Tchekhov voulait en faire une comédie et une tragédie tout à la fois. La troupe du By COLLECTIF  adapte au Théâtre de Belleville Oncle Vania . Elle restitue pour notre joie de spectateur autant la comédie de mœurs que la tragédie mélancolique.

La pièce raconte la fin du séjour d’été mouvementé du professeur Sérébriakov et de sa trop jeune épouse Elena chez leur beau-frère Ivan, désigné oncle Vania.  Assise à une table en  désordre, le vieille nourrice de la maison prépare une salade de fruits. Le naturalisme est trompeur, le désordre est le biais. Les personnages apparaîtront, surgissant de la salle  ou  des travées.

Le collectif nous avait déjà bluffés avec Yvonne présentée à Avignon en 2016. Nous avions alors découvert un travail d’équipe atypique qui voulait s’exonérer du metteur en scène ou du moins de sa lecture et de sa pensée.  La scénographie désossée inaugurée avec Yvonne est reprise. Ce motif de mise en scène est d’autant contributif, et admirable,  qu’il cherche à s’annuler lui-même. Il coupe l’effet de construction. Il nous semble que chaque comédien intègre la pièce après l’avoir personnellement décidé. Ce théâtre est un  théâtre en construction, un théâtre de troupe et non de metteur en scène. La représentation  semble s’inventer devant nous à la façon d’un atelier théâtre.

Ce dispositif se prête avec bonheur au texte de Tchekhov. Dans Oncle Vania, Tchekhov s’emploie dans une écriture linéaire sans rupture de scènes, à briser nos illusions sur l’amour, sur l’argent ou sur le bonheur. La pièce est une succession d’instants de vie. Elle est surtout une succession de ratages, de déconvenues et de déceptions. L’édifice tient sur la force des personnages et sur l’empathie ambiguë du public. Par cette ambiguïté justement, la troupe impressionne. Lucile Barbier (Marina) est absolument bouleversante,  Delphine Bentolila (Sonia) est irradiante, Stéphane Brel (le professeur Astrov) incarne un émouvant salaud, Nicolas Dandine (Sérébriakhov) un élégant barbon, Magaly Godenaire (Elena) menace de se briser tandis que Lionel Latapie (Vania) fait oublier qu’il n’a pas l’âge du rôle. Laurence Roy (Maria) incarne sa terrifiante mère dans un magnifique rôle quasi muet et Julien Sabatié Ancora un médecin parfois chef d’orchestre. Ces comédiens talentueux constituent la richesse de la pièce. Ils déplient notre expérience de spectateur.  Ils inventent du très bon théâtre, rare. 

 

Vania, une même nuit nous attend tous , Théâtre de Belleville. Du 3 au 27 octobre 2019

Crédits Photos ©Adrien Raybaud

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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