Théâtre
Un soixante-septième festival d’Avignon tourné vers l’altérité

Un soixante-septième festival d’Avignon tourné vers l’altérité

19 mars 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La conférence de presse du 67e Festival d’Avignon s’est tenue au T2G le 19 mars, un programme placé sous les auspices des deux artistes associés, Stanislas Nordey et Dieudonné Niangouna qui donnent un message clair : c’est de l’altérité que vient la richesse.

Hortense Archambault commence avec un aveu concernant le festival : c’est le « 10ème dont nous assurons avec Vincent Baudriller la direction ». Elle omet, et ni elle, ni Vincent Baudriller ne réparera l’erreur, de dire que cette dixième édition est leur dernière.

Et pourtant, toute la présentation du programme aura le gout d’un bilan.

Il aura d’abord fallu poser des murs.

Les deux directeurs insistent très longuement, détails sur la loge du gardien compris, sur le nouveau lieu de résidence et de création pensé à et pour Avignon, « La Fabrica », monumental, situé dans les quartiers sensibles de la ville, entre Monclar et Champfleury. Dès 2004 «la volonté fut nette d’inscrire la création et l’expérimentation toute l’année», c’est ainsi que dans une triple inspiration : la cour d’honneur, les cloîtres et le gymnase Aubanel, le lieu permettra la création de spectacles de A à Z aux dimensions réelles de la cour sous un gril vertigineux. Les artistes pourront y loger et pendant le Festival, des spectacles s’y donneront. Il sera inauguré le 5 juillet par la troupe de spectacles pyrotechniques, le groupe F.

« Le festival ne doit pas s’enfermer dans les certitudes »

C’est le second point fort de cette présentation. C’est « l’ailleurs » qui sera à l’honneur : la banlieue si proche et l’Afrique. Le fil du programme sera celui d’une interrogation face à une amnésie de l’histoire, face à un constat d’impuissance à abattre. « L’art peut être l’arme qui permet l’ouverture vers l’autre».

Dixième édition, dernière édition, le festival se place naturellement entre filiation et transmission, en témoigne l’image qui orne le programme, celle d’un enfant se reflétant dans l’eau. La photographie est d’un artiste venant de Kinshasa, Kiripi Kalembo Siku. La jeunesse est à l’honneur, la majorité des artistes a moins de 40 ans, on note la présence d’un coup de coeur 2012, la trentenaire Sandra Iché qui reprendra ses Wagons Libres.

Dieudonné Niangouna se raconte et raconte «C’est important d’entendre la démocratie du théâtre, c’est une grande richesse, ce n’est pas partout cela». Lui qui est né au Congo sait de quoi il parle. Il dit sa fierté d’être dans l’héritage de Jean Vilar, il dit aussi la nécessité de dépasser l’héritage et de le faire sien. «Je ne connais que Hortense et Vincent, je ne connais pas le festival». Il a la volonté de ne pas se tourner vers le passé et se dit heureux du compagnonnage avec Stanislas Nordey qui lui aura permis de repousser « la mort de la vie ». Il est d’accord pour affronter le danger, il trouve cela courageux de choisir un artiste venant du Congo, d’aller vers un ailleurs, un petit pays, pour un grand festival, la grandeur est là. Il emprunte aux contes : « Comme disait ma grand mère, conteuse et sorcière, la plus belle façon d’aller à une commissure de lèvre à une autre commissure de lèvre c’est de contourner la tête en passant par la nuque » : voir ce qui est caché, rentrer dans le cœur de la bête pour la voir en 3D : ne pas avoir peur d’affronter la fragilité.

De son côté Stanislas Nordey revient sur son statut d’artiste associé et du confort de partager le titre à deux, il félicite Hortense Archambault et Vincent Baudriller d’avoir permis aux artistes de s’associer au Festival. Il insiste sur le fait que le théâtre ne peut être que de textes, cela devrait ravir tous les performeurs qui ont fait les belles heures du festival, Roméo Castellucci en tête…

Un festival de textes

Dans la cour d’honneur, Stanislas Nordey montera Par les villages un texte de Peter Handke où il est écrit « Nous les exploités, les offensés, les humiliés, peut-être sommes nous le sel de la terre». Nordey dit : « J’avais envie de dire cela à 2000 personnes ». Sur scène Jeanne Balibar partagera le plateau, entre autres, avec Emmanuelle Béart

Dieudonné Niangouna lui dit vouloir « prendre le risque de l’ouverture, les possibles viennent de l’étrangeté », alors, dans la carrière Boulbon il rassemblera quatorze comédiens pour un spectacle-poème Shéda. Dans la deuxième partie du festival, il sera acteur pour Jean-Paul Delore, dans Sans doute au cloître des Carmes.

Le Festival d’Avignon aime regarder son histoire et le public raffole de cela. Il sera servi avec la tant attendue création de Jérôme Bel, intitulée avec toute la passion du monde «Cour d’honneur». Sur scène, des spectateurs viendront raconter leur cour et leur souvenir sera réactivé sur scène.

Le troisième spectacle de la cour sera un duo qui s’annonce magnifique entre Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersmaeker, Partita 2, Sei Solo, sur une musique de Johann Sebastian Bach.

Le festival regarde du côté de l’Afrique avec plusieurs spectacles, notamment le travail de Brett Bailley sur les violences de la colonisation ou celui de Qudus Onikeku qui interroge la solitude, la mémoire. Il crée Qaddish sur la mort et la filiation tandis que Milo Rau présentera Hate Radio, son spectacle sur le génocide Tutsi déjà présenté au feu théâtre Paris Villette.

Qui dit festival dit évènements insolites. Après le lever de soleil de Cesena en 2011, cette année, la surprise viendra de Sophie Calle qui performera dans la chambre 20 du chicissime Hôtel La Mirande.

Qui dit dernier festival dit rendez-vous. C’est ainsi que viendront les fidèles, chacun pour un soir seulement au Théâtre Municipal. On sait déjà que Jan Fabre ou Roméo Castellucci seront de la partie.

Il y aura aussi des habitués. Ludovic Lagarde revisitera le roi Lear dans Lear is in Town, avec Laurent Poitrenaux et Clothilde Hesme, Nicolas Stemann s’attaquera à Faust pour 8 heures de théâtre. Il y aura des heureux retours, notamment avec Anne Tismer, qui était la charismatique Nora dans la Maison de poupée de Thomas Ostermeier, met en scène Non-Tutta, un spectacle sur la figure de l’histrion. Warlikowski présentera un Cabaret varsovien, mixant celui de Shortbus et les cabarets berlinois. Christian Rizzo naviguera en Méditerranée et Jan Lauwers reviendra avec la Needcompagny, au Cloître des Carmes évidement.

Et toujours, des Sujets à vif avec la SACD, on sait que Nicolas Maury se prêtera au jeu de la mise en scène, des lectures au Musée Calvet et des émissions de France Inter et France Culture en direct.

 Toute la programmation est désormais en ligne

Voir tout les articles de notre dossier Festival d’Avignon ici

Infos pratiques

Festival en Othe
Urbaka
festival_davignon

One thought on “Un soixante-septième festival d’Avignon tourné vers l’altérité”

Commentaire(s)

  • ALLAG

    Bonjour,

    belle démarche que d’inclure les autres.

    Les producteurs et comédiens des autres pays ainsi que les Français qui ne connaissent pas encore les accès, les portes ouvertes vers les productions théâtrales en France (théâtres amateurs et de compagnies de théâtre méconnues).

    Quelle riche idée d’échange se profile derrière l’altérité !
    J’entrevois déjà les contacts d’égal à égal de l’amateur et du professionnel, du Français et de non-Français, du « cultureux » et du « non-cultureux », du citadin et du campagnard …

    Le 21 juin, c’est la fête de la musique ; en instiutant ce jour, Jack Lang a continué le travail de démocratisation, de partage et d’échange des cultures musicales produites par tous et pour tous, le temps d’une nuit, dans les rues de France.

    Si le festival d’Avignon s’ouvre aux autres productions théâtrales du monde et d’en France, c’est encore une pierre apportée à l’édifice que projetait Jean Vilar.

    L’altérité en termes de théâtre en France, je la comprends comme la production et la transmission d’émotion sur scène par les Autres (ceux qui ne produisent pas les mêmes sons,images, couleurs, mots, objets etc.) vers les Uns (ceux -comme moi- percevant à travers nos a-priori, nos grilles de lectures spécifiques et nos schèmes habituels de la Culture française). Jusqu’à présent, j’ai perçu le théâtre comme une transmission d’émotions -chère à Malraux -des Uns vers les Autres, comme une toile, un objet culturel présenté et qui transformerait l’Autre ; du Sachant aux Autres.
    Si festival d’Avignon donnait enfin dans l’audace en invitant sur scène une autre forme de spectacle connu des Autres mondes mais méconnu encore en France (Afrique, Asie, Amérique), des Autres gens (banlieusards ou vivant hors-la-ville : habitants de hameaux ou lieu-dit d’en France) vers les Uns (friands d’altérité).

    Cet article suggère que le mois de Juillet en Avignon sera une continuité du 21 juin : les banlieusards et les campagnards de France s’inviteront dans les lieux dévolus habituellement aux « professionnels de la Culture ».

    Gageons pour toute l’équipe(techniciens et intermittents du spectacle, gestionnaires adminstratifs etc.) qui s’attèle à la tâche que ce projet se réalise, que les spectacles soient riches.
    Comme M. Niangouna, je pense que « c’est de l’altérité que vient la richesse. »

    Bien cordialement.

    mars 20, 2013 at 14 h 04 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *