Théâtre
Un Hamlet disco à la Comédie Française

Un Hamlet disco à la Comédie Française

28 novembre 2013 | PAR La Rédaction

Le metteur en scène britannique Dan Jemmett désacralise Hamlet sur les planches de la Comédie Française. Décalée et insolente, la mise en scène seventies noie le texte dans une excessive exubérance.

[rating=2]

Comment un metteur en scène pourrait-il ne pas s’attirer les foudres des amoureux du drame shakespearien dès lors qu’il s’attaque à un classique tel que Hamlet ? Quitte à faire parler de lui, Dan Jemmett est allé jusqu’au bout de la provocation : transformer la célèbre tragédie en comédie.

Dans cette adaptation, le metteur en scène anglais s’amuse à titiller les puristes. Les planches de la Comédie française deviennent un bar ringard des années 70 : jukebox, jeu de fléchettes et match de foot sur petite lucarne… Côté jardin, une pissotière ; côté cour, les toilettes pour dames. Tout y est. Le réalisateur, familier de l’œuvre de Shakespeare, fait ici un pied de nez osé, au risque d’agacer les aficionados du drame.

Très scénarisée, cette version fait écho au Roméo + Juliette de Baz Lurhman. Dan Jemmett prend un malin plaisir à démystifier le mythe en toute impunité, et l’effet de surprise semble fonctionner (du moins au début). Adieu couronnes dorées et mises en scènes pompeuses : le metteur en scène insuffle originalité et légèreté au texte de Shakespeare. Mais jusqu’à quel point est-il possible de vulgariser un classique ? That is the question. Car le danger dans la quête perpétuelle d’originalité est de passer à côté du sujet. Si l’adaptation de Dan Jemmett fait voir le texte sous un autre jour, il n’est pas certain qu’il le soit sous son meilleur.

Déjà très perturbé par la mort de son père, Hamlet se retrouve propulsé dans les seventies, au milieu d’une bande de fêtards en pattes d’éph’ et rouflaquettes – le pauvre garçon a vraiment de quoi devenir dingue. Oubliés mysticisme, vibrations poétiques et autres interrogations profondes sur les comportements humains : Hamlet est descendu sans vergogne de son piédestal. « To be or not to be », question d’ailleurs tellement existentielle qu’elle est griffonnée dans les toilettes, juste à côté d’un distributeur de préservatifs.

Si cette mise en scène apporte au texte une couleur nouvelle et renforce son intemporalité, elle le noie dans les frasques et l’exubérance superficielles des seventies. Insolent et décalé, le Hamlet de Dan Jemmett est néanmoins porté par le jeu des comédiens qui ne cachent pas leur plaisir sur scène.

Adèle Humbert

La Tragédie d’Hamlet, de William Shakespeare (traduit de l’anglais par Yves Bonnefoy, éd. Gallimard, collection Folio). Mise en scène : Dan Jemmett. Comédie-Française, salle Richelieu, place Colette, Paris 1er. Métro Palais-Royal. Tél. : 08 25 10 16 80. À 14 heures ou à 20h30 en alternance, jusqu’au 12 janvier 2014. De 5 euros à 41 euros. Durée : 3 heures.

Visuel © photo de la Comédie Française

Infos pratiques

Ville de Valence
Le Bellovidère
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

2 thoughts on “Un Hamlet disco à la Comédie Française”

Commentaire(s)

  • Bjr, J’ai vu ce Hamlet. Ce n’est pas parce que l’on rit que c’est une comédie. Dans le texte de Shakespeare il y a aussi matière à rire, et la fin n’en est pas moins tragique.
    Ce que l’on peut reprocher à celui de Jemmett le Dan, c’est que les raisons de la violence finale nous échappent. A force de coupes dans le texte, on finit par ne plus rien y comprendre. Et la transposition du texte d’Yves Bonnefoy dans un contexte seventies créait un gros anachronisme, ce qui est loin d’être le cas avec le Roméo et Juliette de Baz Luhrmann – dont le langage précieux devient savoureux transposé au 20ème siècle.
    Cependant, voir Hamlet, quand bien même il serait à chier, c’est toujours une bonne occasion de remuer la merde (Dan Jemmett fait le choix de faire mourir Ophélie dans les pissotières). Je vous invite donc à aller voir aussi le Hamlet de Hugues-Serge Limbvani qui se joue à Rosny-sous-bois le 10 décembre 2013. C’est une adaptation à la culture africaine. Avant d’y aller, je vous invite à lire ma critique sur mon blog dédié à Hamlet
    http://horatio.hautetfort.com/limbviani/
    Il m’affirme que son Hamlet a évolué depuis.
    On s’y retrouve!
    Sylvain

    novembre 30, 2013 at 15 h 40 min
  • Adèle H

    Merci pour votre commentaire Sylvain, il est toujours intéressant de lire des avis divergents ou complémentaires. Je tâcherai d’aller voir le Hamlet de Hugues-Serge Limbvani. D’ici là, j’irai faire un tour sur votre blog. Bonne journée. Adèle H

    décembre 1, 2013 at 17 h 37 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *